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Critique du film Shokuzai

SHOKUZAI

Titre original : Shokuzai
Réalisé par Kiyoshi Kurosawa
Année : 2012
Pays : Japan
Durée : 270 min
Note du rédacteur : 6.5 / 10

L'HISTOIRE

Dans la cour d'école d'un paisible village japonais, quatre fillettes sont témoins du meurtre d'Emili, leur camarade de classe. Sous le choc, aucune n'est capable de se souvenir de l'assassin. Asako, la mère d'Emili, désespérée de savoir le coupable en liberté, convie les quatre enfants chez elle pour les mettre en garde : si elles ne se rappellent pas du visage du tueur, elles devront faire pénitence toute leur vie. Quinze ans après, que sont-elles devenues ? Sae et Maki veulent se souvenir, Akiko et Yuka veulent oublier. Et la mère d'Emili, que cherche-t-elle encore après tout ce temps ?

LA CRITIQUE

A l'origine de "SHOKUZAI", un roman, celui de Minato Kanae, auteure japonaise à qui l'on doit déjà "CONFESSIONS" de Tetsuya Nakashima, adapté de l'un de ses ouvrages. Kiyoshi Kurosawa, quant à lui, a fait du best-seller "Shokuzai" une série télévisée en cinq épisodes diffusée au Japon en 2012, puis devenue un film en deux parties qui sortent sur les écrans français à une semaine d'intervalle, chacune dressant le portrait des différentes protagonistes féminines du récit : les anciennes camarades d'Emili 15 ans après le drame ainsi que la mère de la victime, toutes gérant leur traumatisme de manière très personnelle.

Dans le premier volet "Celles qui voulaient se souvenir", il est donc question de Sae et de Maki, deux des fillettes ayant autrefois vu le visage du tueur d'Emili sans parvenir à l'époque à fournir le moindre indice à la police, réduisant ainsi à néant toute avancée de l'enquête. Quinze années plus tard, toutes deux n'ont pas oublié les paroles impitoyables d'Asako, qui planent depuis sur leur existence.
L'une, rattrapée par son passé, s'engage dans une relation conjugale étrange avec un homme habité par d'inquiétants fantasmes, qui la renvoient irrémédiablement à ses propres démons. L'autre, devenue institutrice, joue les justicières à coup de bâton de kendo dans l'espoir inconscient de venger la mort de son amie et d'honorer sa promesse faite à Asako.

"Celles qui voulaient oublier" s'intéresse par conséquent à Akiko et Yuka, les deux autres camarades d'Emili, tout aussi affectée par la tragédie, mais qui, à l'inverse de Sae et Maki ont refoulé cet évènement au plus profond de leur être. Pour la première qui s'est totalement repliée sur elle-même, cela se traduit par un rejet de sa féminité (faisant échos au cas de Sae, dont le corps refuse de grandir), intimement lié au regard des hommes. La seconde en revanche, a délibérément choisi de s'affranchir de l'expiation de ses fautes passées, guidée par un besoin maladif de disposer de tout ce que sa sœur possède et par le fantasme de se mettre en ménage avec un policier, stigmate du jour du crime où elle trouva refuge auprès de l'un d'eux.
Le film consacre également un long segment au personnage phare de "SHOKUZAI", Asako, la mère endeuillée interprétée par l'impériale Kyôko Koizumi, d'une froideur inébranlable et d'une élégance folle, dont la sentence conditionnera la vie des quatre fillettes.
Dans cet épilogue qui dévoilera toute la complexité de l'intrigue, d'ultimes révélations feront basculer le récit dans l'horreur la plus complète, donnant littéralement tout son sens au titre du roman/drama/dytique "Shokuzai", ou "Pénitence", un châtiment que l'ensemble des personnages subira à plus ou moins juste titre.

Devant la densité de la saga (environ 5h pour la série et 4h30 pour les longs-métrages) et le parti pris surprenant d'en faire deux films distincts, on ne peut que regretter la structure initiale de cinq épisodes, bien plus appropriée à l'histoire. Car en effet, alors que chacun des chapitres se concentre sur un seul personnage, chaque film en réunit plusieurs en les catégorisant de manière un peu hasardeuse. Seul le passage sur Yuka (et bien évidemment celui sur Asako, la mère d'Emili) se démarque vraiment de ceux consacrés à ses trois autres camarades, davantage hantées par le drame dans leur quotidien d'adulte, comme en témoignent leurs obsessions et leurs troubles psychologiques ainsi que leurs conséquences.
Le point commun – et presque le fil conducteur – entre toutes ces femmes, reste leur perception de la gent masculine et leur rapport aux hommes, synonymes de menace, de perversité mais aussi figures protectrices et objets de convoitise... Elles partagent également toutes – ou presque – le même sentiment de culpabilité, à des degrés différents, et ce même espoir de rédemption, ce besoin vital de se libérer du poids du passé.

Au final, "SHOKUZAI", bien que plus efficace sous forme de série, maintient un suspens constant malgré quelques longueurs (exacerbée dans sa version cinéma). Et bien que certaines zones restent un peu floues ou tirées par les cheveux, l'atmosphère glaçante de cette histoire et l'envie d'en connaitre le dénouement suffisent à tenir le spectateur en haleine.
Note de : 6.5 sur 10
Publiée le
Shokuzai
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