pixel
Retour à l'accueil > Critiques >

Critique du film Bug

BUG

FICHE | CRITIQUE(S) | PHOTOS (24) | NEWS | DVDS | VIDEOS
Titre original : Bug
Réalisé par William Friedkin
Ecrit par Tracy Letts
Année : 2006
Pays : USA
Durée : 102 min
Note du rédacteur : 8.5 / 10

L'HISTOIRE

Agnès vit seule dans un motel désert. Elle est hantée par le souvenir de son enfant, kidnappé plusieurs années auparavant, et redoute la visite de son ex-mari, Jerry, un homme violent récemment sorti de prison. Dans cet univers coupé du monde, Agnès s'attache peu à peu à un vagabond excentrique, Peter. Leur relation tourne au cauchemar lorsqu'ils découvrent de mystérieux insectes capables de s'introduire sous la peau. Ensemble, ils vont devoir découvrir s'il s'agit d'une folie partagée ou d'un secret d'Etat...

LA CRITIQUE

L'œuvre entière de William Friedkin est hantée par la figure du Mal, parfois même jusqu'à prendre l'apparence du Diable en personne ("L'EXORCISTE", "LA NURSE"...). Or ce qui déplaît souvent chez ce cinéaste, c'est la manière qu'il a de circonscrire cette figure dans une altérité radicale et son incapacité à analyser ce « Mal » si ce n'est sous l'angle de la morale la plus étriquée. Friedkin est un cinéaste au style manichéen, adoptant sans arrêt le regard surplombant du juge lorsqu'il s'agit de filmer ce qui franchit les frontières de la Loi (les truands de "FRENCH CONNECTION") ou de la Morale (le milieu homo de "CRUISING"). Avec "BUG", les choses se compliquent et l'œuvre du cinéaste y gagne en ambiguïté. Sans crier au génie comme certains critiques enthousiastes, son nouveau film, "BUG", est à ranger sur la liste des meilleurs films que le cinéaste ait pu signer.

Dans un motel miteux paumé au milieu de nulle part va se jouer un drame à trois personnages. Agnès (Ashley Judd) est barmaid et craint de voir rappliquer chez elle son mari qui vient de sortir de prison (est-ce lui qui téléphone sans cesse, sans répondre lorsqu'elle décroche ?). Un soir, une de ses amies lui présente un type étrange qui finira par passer la nuit chez elle. Une relation va naître entre ces deux paumés et c'est ici que les choses deviennent inquiétantes : notre bonhomme est persuadé d'être la proie de minuscules insectes et commence à évoquer de sombres théories paranoïaques...

Ce qui séduit d'abord dans "BUG", c'est son côté mal élevé. A rebours de toutes les modes, Friedkin filme comme dans les années 70, troussant une petite série B remarquablement efficace en se concentrant sur quelques personnages et un lieu clos. Sobriété des moyens (un épisode de la vie d'Agnès, qui aurait donné lieu dans un film médiocre à un flash-back larmoyant est traité ici en deux plans impeccables), découpage sec et inventif (l'espace du motel est parfaitement utilisé et toujours signifiant), et brutalité qui tranche avec l'aseptisation d'une grosse partie de la production cinématographique actuelle...

C'est dans le cadre de ce huit-clos que va ressurgir la figure du Mal chère à Friedkin. Dans un premier temps, c'est l'ex-mari d'Agnès (Harry Connick Jr.) qui endosse ce rôle (sa première apparition, lorsqu'il sort tout fumant de la douche, est symptomatique). A cette brute sans cervelle qui n'hésite pas à battre sa femme, le cinéaste oppose la figure d'Evans, l'homme taciturne et prévenant. Mais le manichéisme n'opérera pas puisque c'est ce dernier qui va sombrer de plus en plus rapidement dans la folie schizophrène et entraîner Agnès dans son voyage sans retour. Après avoir détaillé une vaste théorie du complot, il prétend être resté le dernier individu lucide avec le grand Unabomber. La comparaison n'est pas innocente et l'on pourrait y voir les vieux démons de William Friedkin : ceux qui dénoncent les agissements américains sont des fous dangereux, des terroristes et délirent sur des dangers imaginaires. Sauf que cette fois, les frontières sont brouillées et que le cinéaste fait dire aussi des vérités à son personnage délirant (sont évoqués, par exemple, les expérimentations sur les soldats au Vietnam et en Irak).

La force de "BUG", c'est justement d'accompagner le personnage dans sa folie et de ne pas se retrancher derrière la frontière de la normalité pour le juger. L'ambiguïté culmine lors des scènes finales où le couple se retrouve dans des pièces aux murs recouverts de papier d'aluminium. Projection physique d'un espace mental perturbé. C'est assez impressionnant ! On songe un peu au très beau film de Lodge Kerrigan "CLEAN SHAVEN", portrait glaçant d'un tueur schizophrène.

La réussite de ce film inclassable tient également dans l'incroyable jeu des acteurs, Ashley Judd et Michael Shannon en tête. Shannon parvient à conférer une apparente innocence à son personnage, et imposer à son corps une transformation progressive, ses automutilations (scarifications et arrachage de dents sans anesthésie) impressionnant par leur soudaineté et leur violence, tandis que la comédienne s'autorise le luxe de flirter avec le cabotinage, dans les vingt dernières minutes, ce qui ne dessert nullement l'œuvre, puisque ces excès de jeu interviennent lorsque sa folie atteint son acmé, quand plus rien ne semble réel, quand la raison a quitté définitivement les esprits : ceux des protagonistes, reclus dans leur cocon d'amour fou, voire celui du spectateur, pris à la gorge (déployée) par la tension poussée à l'extrême, le décor surréaliste, la logorrhée délirante et la violence des derniers plans.

"BUG" est loin de laisser indifférent. Par ses excès, son outrance stylistique et la radicalité de son propos, il se place parmi les œuvres les plus abouties de Friedkin. Jouissif.
Note de : 8.5 sur 10
Publiée le
Bug
BugBugBugBugBugBug

- VOS COMMENTAIRES (ancienne version pour ceux qui n'ont pas de compte Facebook) -

Attention, vous laissez des commentaires sur le film et non sur la critique ou le site.
Tout commentaire injurieux, raciste ou déplacé sera supprimé par la rédaction.
Nic la niqueNic la nique - 11/09/2011 à 21:06
# 4

L'idée est géniale, le résultat très satisfaisant, j'ai halluciné!

Sa note: 8/10
CannibalorCannibalor - 08/07/2010 à 20:46
# 3

Je me suis rarement senti aussi mal devant le final d'un film... Sur France 2 à 2h du mat' (ouais c'est bizarre que France 2 passe des films comme ça), franchement, c'était glauque... Et atroce...

Sa note: 8/10
fredy - 23/05/2009 à 20:35
# 2

exelents efets specieaux,mais degeulasse comme film a eviter de voir

Sa note: 5/10
mme.jeanemme.jeane - 14/08/2008 à 12:24
# 1

Je voulais absolument voir ce film.
J'en ai entendu plein de bonnes choses et je m'attendais a 1 bombe ! Et ... j'ai été déçue en fait !
Le scénario est bien ( c'est original et tout ! ) mais le film est lent et il se passe pas grand choses finalement . Et c'est dommage !!!
Bug : original , mais sans plus !

Laissez votre commentaire
Nom / Pseudo :
Email :
Site Web :
Commentaire :
5 + 3 = ?

Cette page a été vue 2290 fois.