par L'Ingénieur » 09 Mai 2006, 06:59
Je ne pensais pas que la discussion irait dans ce sens, et pourtant c'est finalement le genre de questions que tu as abordées, EPIKT, qui se rapprochent le plus d'une "Esthétique du Gore", disons : une esthétique pratique (i.e. de la praxis gore, du comment-on-fait-le-gore). Quoiqu'il en soit, tes remarques sont très justes, je pense. Précisons tout de même :
Evidemment, il ne faut pas chipoter à propos de ce que dit Rouyer de l'ellipse , car il se réfère implicitement à toute une mouvance critique qui interprétait le cinéma en termes "d'art de l'ellipse" (ce qui était un peu tiré par les cheveux : on finissait par dire que le plus important au cinéma, c'était ce qu'on ne voyait pas. Ca peut être vrai pour certaines scènes, mais dire cela de façon générale est exagéré.) C'est dans ce contexte que Rouyer dit : bah si l'on veut que les effets gores participent de l'art, il va falloir intégrer le fait qu'ils vont à l'encontre d'un art de l'ellipse.
Je ne connais pas suffisamment la technique des SFX pour renchérir sur ce sujet que tu abordes ; mais concernant les effets numériques, on peut dire que leur problème, c'est qu'ils dématérialisent les objets qu'ils créent, au sens où ceux-ci ne donnent pas autant l'impression de matière compacte, gluante, solide, que le latex ou les tripes de porc. Or le Gore est un cinéma de la matière - et particulièrement : de la matière corporelle. (Je vous passe le rapport avec le porno).
Il "montre tout", cela veut dire : il montre ce qu'il y a derrière la matière, non pas en un sens platonicien, diaphane (qui montrerait l'idée, l'esprit dans les corps ; le cinéma de Cronenberg mis à part), mais il montre que derrière la matière il y a encore de la matière, normalement cachée, mais qu'il nous donne à voir : des tripes, des humeurs poisseuses, etc.
Je parlerai bientôt du thème : le Gore et le Corps, mais je peux déjà dire qu'alors que l'horreur-fantastique est un cinéma du rapport esprit/corps (le cas de Hellraiser est spécial mais éclairant), le gore s'est débarrassé de l'esprit, c'est un cinéma entièrement "matérialiste" (qui d'ailleurs véhicule une image de l'être humain très pessimiste : un homme, c'est tas de viande destinée à pourrir si on ne la charcute pas avant. Je dis ça très vite (j'ai école, LOL) mais il faut revenir dessus.
Amateurs d'abattoirs, bonsoir !
"LE SINGE EST ENCORE TROP BON D'ADMETTRE QUE L'HOMME DESCEND DE LUI." (NIETZSCHE)
