>>> Outrance et transgression
Comme on la brièvement souligné dans ce tread, ainsi que celui consacré à la similitude entre gore et porno, le gore sappuie à mon sens sur deux types de démarche : dune part une culture de lexcès, dautre part une volonté constante de transgresser les tabous. Les deux me semble dailleurs, sous certains aspects, liés.
Le premier visage de lexcès, cest le gore « quantitatif », mise en application de la déclaration de
William Schoell («
La seule chose qui vaille mieux qu'une jolie fille atrocement assassinée, c'est toute une série de jolies filles atrocement assassinées. »). Il ny a par ailleurs aucune dimension transgressive là dedans, à mon sens uniquement une volonté de dépassement (de soi, de la technique, de ce qui a été fait auparavant). Exemple célèbre, la scène de la tondeuse dans
Braindead, dans laquelle le héros, non content davoir traversé le hall encombré de zombies en tranchant dans tous les sens, fait demi-tour et recommence. Dans cette scène, tout est affaire de plaisir et dadrénaline ; dune manière assez similaire à celle quont les speakers de ces manèges qui vous tournent et retournent dans tous les sens : « Vous en voulez encore ? Accrochez-vous ! ». Cela ne marche que parce que le film de
Peter Jackson se positionne clairement sur le terrain du grotesque et du jeu (rares sont les films plus ludiques), un tel effet ferait tache dans un film plus sérieux. Disons que si ce genre de surenchère est possible dans un film sérieux, elle se doit à mon avis de se faire de manière graduelle (même rapide), et ne pas verser dans linconcevable. Auquel cas le spectateur se trouverait totalement déconnecté du film (distancié ?) et il y a de bonne chances quil se mette à rire de ce qui selon la volonté du réalisateur ne sy prête pas.
Le second visage de lexcès, cest celui qui justement est lié à la notion de transgression et de peurs « viscérales ». Pour illustrer ce second visage de l'excès, on peut paraphraser
William Schoell en : «
La seule chose qui vaille mieux qu'un bébé dans une poubelle, c'est un bébé dans deux poubelles ». On va trouver là tout ce qui va toucher aux mutilations, en particulier les atteintes aux organes sexuels (castration) ou connotés sexuellement (la fameuse suspension par les seins de
Cannibal Ferox) ou aux organes sensitifs (énucléation bien entendu, mais aussi blessures à la langue par exemple à ce propos, je suis surpris que la blessure au tympan ait peu de succès). Selon cette (modeste ^^) classification, on touche aussi là à la fameuse « sale mort », en premier lieu la putréfaction et le dégoût quelle inspire. Le support de cette putréfaction peut bien entendu être inanimé (un cadavre, un vrai, ou simplement une atmosphère putride), mais leffet est bien plus efficace lorsquil se trouve animé. Il devient là une menace, de mort ou (pire) de contagion, au titre du zombie ; ou bien (lorsquil touche un personnage « incarné ») il joue plus profondément avec les peurs viscérales en se posant comme miroir/symbole dune déviance mentale (la « lèpre » du docteur fou de
Organ) ou de la maladie (la sirène de
Mermaid in the manhole). Dans ces derniers cas, on retombe dans loptique de représentation de la « sale mort » (mais jai dis que je déraperai pas).
Dernier point, la transgression tout court, sans pour autant verser dans un excès de gore. Cest plutôt là le registre de films « sérieux », parfois à la limite du « gore » dans son acceptation la plus restreinte (en gros, « gerbe de sang » ^^). Mais le gore, ou plus largement le cinéma dit « extrême » me semble à mon sens, de part son « absence » de limites, un des plus aptes à accueillir ce genre de transgressions : cannibalisme (pas besoin dune liste ^^), nécrophilie (
Aftermath), inseste,...
to be continued
(prochaine épisode :
La fin du hors-champ et de l'ellipse ?)