DEAD MAN'S SHOES de Shane Meadows. 2004. 1H30. Grande Bretagne. Avec Paddy Considine, Gary Strecth, Tony Kebbel, Jo Hartley, Seamus O'Neill.
Le sujet: Richard revient à Midlands, son village natal, à la fin de son service militaire. Il n'a plus qu'une chose à l'esprit : prendre une revanche sur un acte impardonnable.
ATTENTION !!! SPOILER A LA TOUTE DERNIERE PHRASE !!!
Mon avis: 6è réalisation de l'anglais Shane Meadows, "Dead Man's Shoes" est un magnifique drame psychologique et un vigilante movie campagnard d'une belle originalité dans sa réalisation inspirée et déroutante comme si le metteur en scène souhaitait réinventer à sa manière particulière, inhabituelle le thème de la vengeance mainte fois adaptée au cinéma.
C'est l'histoire implacable d'un châtiment aveugle d'un homme déchiré et anéanti par la douleur de la perte d'un être cher: son frère Anthony, attardé mental et souffre douleur à portée de main d'une bande de petites crapules drogués et dealers de came dans une région retirée de l'Angleterre au village de Midlands. Dès le départ nous ferons la connaissance avec ces malfrats de bas étage soigneusement dessinés, tous impeccablement interprétés et criant de vérité dans leur visages familiers d'authentiques gueules de fripouilles à la petite semaine. D'entrée de jeu, Richard (magnifiquement campé par un inquiétant et dérangé Paddy Considine), le frère meurtri revenu de son service militaire posera ses conditions en témoignant dès le début à l'un des membres de la bande qu'il les tuera un à un sans aucune guise d'hésitation. Et il faut voir de quelle manière Richard se comporte en tant qu'être humain et montrer à ces monstres (terme qu'il emploiera vers la fin pour les juger) qu'il sera prêt à tout pour les exterminer. Jusqu'à se déguiser maladroitement d'un masque à gaz sur la tête et vêtu d'une combinaison grise de travail à cause d'une acuité de colère, cette montée envahissante en puissance de la haine, contaminée par une semi folie alimentée par son esprit de vengeance et de justice expéditive individuelle. Son unique but n'est plus qu'alors de faire subir aux tortionnaires la sanction punitive et méritoire.
S'ensuit alors une succession de scènes déconcertantes, entre humour noir gras, rire nerveux et violence consummée comme cette scène hallucinée ou la bande décervellée se retrouve malencontreusement droguée grâce au café que Richard, emmitouflé en fantome masqué aura réussi à trafiquer durant un simple moment d'inadvertance des soulards. Une scène psychédélique malade, désincarnée, fragile et dérangeante, planante et malsaine, d'une incroyable force émotionnelle dans sa folie retranscrite autant visuelle que sensitive, véritable cauchemar réel où l'on décolle de terre pour assister devant ces personnages de marionnettes à une danse transie sous acide quand subviendra un futur déchainement de violence rigoureux surtout quand les victimes s'apercevront à peine qu'elles sont entrain de vivre leur tout dernier instant. Jusqu'à ce qu'une balle mortelle intervienne directement dans la tête de l'un des condamnés. Une scène glaçante qui laisse sans voix !
Durant la première heure "Dead Man's Shoes" est rempli de séquences imprévues dans la forme, dans la banalité et le quotidien de ces dealers journaliers, entre ces flashs-back qui ramènent au spectateur la découverte des supplices d'Anthony et la mission vengeresse de Richard sous un aspect baroque et insolite à cause d'une réalisation adroite constament surprenante et originale, qui, mine de rien finira par nous mener vers une direction déjà tracée ! une cérémonie funèbre à l'impasse fatale tristement tragique !
Dans cette mise en scène si personnelle il y a des instants de situations volontairement maladroits comme si nous nous étions retrouvés entre un film de ken loach pour son hyper réalisme social et ses personnages plus vrais que nature et le cinéma de joel et ethan cohen pour une mise en scène détachée, décalée, entre réalité absurde, inconvenance, humour incontrôlée, causticité et cynisme innatendu.
La dernière demi-heure optera un ton plus grave et opaque, véritable chemin de croix et de rédemption. Un profond chant mortuaire sous un air religieux dans sa quête désespérée de la demande du pardon que ce soit du côté des victimes ou du bourreau, où les monstres ne feront plus qu'un, où la mort sera le seul échappatoire à toute cette triste et pathétique besogne.
Parsemé de superbes morceaux musicaux nonchalants, "Dead Man's Shoes" est une oeuvre puissante qui laisse des traces et un bouleversant réquisitoire contre la vengeance et la rancune qui rend d'autant plus percutant son thème éternel par l'astuce scénaristique que ATTENTION SPOILER !!!!!!!!!!!! le meurtre n'était ici qu'un suicide.
Récompenses:
2004 : Golden Hitchcock au Festival du film britannique de Dinard
2005 : Prix de la meilleure réalisation au Directors Guild of Great Britain
2005 : Empire Award du meilleur acteur dans un film britannique
2005 : Evening Standard British Film Awards du meilleur acteur



