par BRUNO MATEI » 15 Septembre 2012, 06:13
J'aime beaucoup ton discours selena ! ^^
Licorne d'Or au Festival du Rex à Paris, The Wicker Man est devenu au fil du temps un authentique film culte dont la réputation n'a jamais cessé de grandir à tel point qu'un remake aseptisé vit le jour quelques décennies plus tard. Véritable chef-d'oeuvre atypique traitant avec éthique des thèmes religieux du christianisme et du polythéisme, le premier film du peu prolifique Robin Hardy est une descente aux enfers d'un éden sur terre. En effet, sur l'île écossaise de Summerisle, les habitants vouent un culte à leur doctrine paganisme. En cas de mauvaise récolte de fruits, ils sont parfois contraints d'offrir en sacrifice un être humain au dieu du soleil afin que la prochaine saison soit plus florissante. Après avoir reçu une lettre lui indiquant qu'une petite fille aurait disparu sur l'archipel, l'inspecteur Neil Howie décide d'embarquer en avion pour rejoindre les habitants de Summerisle. Sur place, il découvre l'étrange rite de villageois dévergondés s'adonnant à une philosophie érigée sur la divinité de plusieurs dieux.
Film fantastique à l'imagerie fantasmagorique expansive, traversé de romances musicales chantonnés par certains habitants, Wicker Man est un fascinant voyage métaphysique en interne d'une nature épanouissante. A travers l'investigation drastique d'un flic conservateur en quête d'une disparition infantile, le film nous enseigne une véritable leçon de tolérance (l'éducation parentale en est un modèle d'enseignement !) et de respect d'autrui par l'entremise de païens adorateurs d'une écologie divine. Si leur foi rattachée à plusieurs dieux et leur célébration est vouée à endosser des déguisements d'animaux pour glorifier l'univers terrestre, c'est un véritable hymne à la nature et à l'harmonie de la vie que Robin Hardy nous véhicule avec un sens poétique fastueux ! Un florilège d'images graciles, érotiques et charnelles nous ait illustré parmi la volupté de danseuses nues pratiquant des rituels autour d'un feu. Ce spectacle extatique est familièrement conçu pour honorer et remercier la biologie des êtres vivants (humains, animaux, insectes) étroitement liés à la flore végétale (comme les arbres plantés sur les tombes symbolisant une nouvelle naissance pour les défunts). Les pratiques spirituelles invoquées dans le film sont une coutume afin de sublimer la chimère de la réalité et sa magie qui en émane, extériorisée par une croyance spéculative. Réflexion sur la foi et le besoin inhérent de se raccrocher à une religion pour se prouver l'intérêt de l'existence, le film oppose les thèmes de la réincarnation (pour le polythéisme) et la résurrection (pour le catholicisme) afin de nous interroger sur la destinée de l'être humain. Si son point d'orgue, douloureux par la cruauté des faits tolérés, peut dérouter et déranger le spectateur impliqué dans un terrifiant subterfuge de grande ampleur, il pose à réfléchir sur les dangers des croyances et des pratiques culturelles. Mais également l'emprise qu'elles peuvent générer chez les adorateurs quand ils sont vouées à l'allégeance d'un culte divin.
Fascinant voyage hypnotique dans une contrée reculée d'une île écossaise, The Wicker Man est une expédition introspective afin de questionner notre rapport existentiel à une idéologie religieuse. Réquisitoire contre l'intolérance et le droit à la différence par l'entremise d'une culture célébrant la vie, l'amour et la mort, ce bad trip réversible est une envoûtante expérience mystique avec nos peurs les plus indécises. Sans oublier de dénoncer les dérives sectaires sous couvert de dénouement horrifique.
Dédicace à Selena de Sade et Jean Pierre Dionnet
