Malveillance

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Messagepar Lan » 01 Février 2012, 13:23

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Ecrit par Alberto Marini
Avec Luis Tosar, Marta Etura, Alberto San Juan

Année : 2011
Pays : Espagne
Durée : 102 min

L'HISTOIRE
César est un gardien d'immeuble toujours disponible, efficace et discret. Disponible pour s'immiscer dans la vie des habitants jusqu'à les connaître par cœur ; discret quand il emploie ses nuits à détruire leur bonheur ; efficace quand il s'acharne jusqu'à l'obsession sur Clara, une jeune femme insouciante et heureuse...

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.: LA CRITIQUE
Pendant que son comparse Paco Plaza termine "[REC]³ GENESIS", Jaume Balagueró, lui, s'autorise une escapade dans le registre du thriller avec "MALVEILLANCE", qui, comme dans les deux premiers volets de "[REC]" et "A LOUER", se déroule presque exclusivement à l'intérieur d'un immeuble.
Pourtant, à la différence de la plupart de ses précédents films, celui-ci est débarrassé de toute dimension fantastique, optant pour un réalisme inquiétant, une menace qui vient de l'intérieur...

Et cette menace s'appelle César, un gardien d'immeuble en apparence serviable, dont les activités nocturnes sont d'une toute autre nature...
Devant cette volonté acharnée de nuire aux occupants de l'immeuble, l'hypothèse d'une vengeance parait d'autant plus plausible lorsque l'on découvre sa mère hospitalisée, à qui il confie les détails de ses plans machiavéliques. Mais très vite, les motivations de l'homme apparaissent comme totalement gratuites : César fait le mal pour se sentir exister, pour accéder à un bonheur qu'il ne supporte pas de voir chez les autres.
Pendant que tout le monde le prend pour le gentil concierge au dévouement sans bornes, il s'introduit chez les habitants, abuse de leur confiance et viole leur intimité avec la plus grande délectation, en particulier lorsqu'il s'agit d'effacer le sourire omniprésent de la belle Carla, que rien ne semble atteindre.

Bien sûr, les faits nous étant exposés du point de vue du malfaisant César, le spectateur prend malgré lui une place de voyeur, voire de complice, savourant même les coups tordus imaginés par le gardien d'immeuble, dont la perversité monte crescendo.
On a beau compatir au sort des victimes, l'audace et la détermination de César forcent le respect, et bizarrement c'est la plupart du temps pour lui que l'on a peur. Peur que son secret ne soit découvert, peur qu'il ne parvienne à s'échapper de l'appartement au retour imprévu de ses occupants ou que la petite peste qui le fait chanter ne finisse par lâcher le morceau...

Le postulat de départ a beau être classique, on se prend au jeu de cette intrigue qui se situe entre "LE LOCATAIRE" de Roman Polanski et notre bien-aimé (et sous-estimé) "THE OWNER" de l'argentin Javier Diment. Beaucoup moins frontal et malsain que ce dernier, "MALVEILLANCE" s'illustre sans doute comme la pièce la plus mature de la filmographie de Jaume Balagueró, qui doit beaucoup à la prestation du fabuleux Luis Tosar, incarnant à la perfection ce psychopathe, dont on ne sait finalement pas grand-chose.
C'est peut-être justement ce manque d'information sur son passé, sur ses intentions et ses limites, qui rend le suspens de ce quasi huis-clos aussi haletant.

Note de Lan : 7 sur 10

Critique du film "MALVEILLANCE"
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Messagepar BRUNO MATEI » 01 Mai 2012, 07:20

Après sa quadrilogie satanico-erratique, Rec, Jaume Balaguero revient en solo pour nous convier à un suspense hitchcockien dans la tradition respectueuse du genre. Ambiance angoissante sous-jacente, gestion minutieuse d'un suspense implacable, densité narrative et portrait incisif d'un tueur abordable sont agencés pour nous engendrer un thriller studieux.

Un gardien d'immeuble dépité d'une existence morne comble son ennui en molestant ses locataires par rancoeur vindicative. Secrètement épris d'affection pour la jeune Clara, César décide de planifier une combine machiavélique pour raviver son inhérente aspiration.

Dans le huis-clos accommodant d'un immeuble serein, Malveillance nous illustre la solitude d'un gardien aigri incapable d'accéder au bonheur, faute de l'intransigeance d'un monde déloyal. Pour apporter un sens à la miséricorde de son destin, il occupe son temps à perpétrer des actes frauduleux envers les citadins prospères qu'il côtoie aimablement. Et cela en dépit de l'arrogance d'une gamine effrontée, opérant sur lui le chantage d'une extorsion d'argent sous la menace de révéler au grand jour des infos compromettantes. Mais depuis quelques jours, César se focalise sur l'une de ses folichonnes locataires pour l'asservir durant ses nuits de sommeil. En effet, chaque soir, il s'insinue sous le lit de sa victime, attendant avec un flegme impassible qu'elle puisse s'endormir pour la droguer contre son gré grâce à une drogue anesthésiante. César semble donc délibéré à daigner détruire la vie de cette séduisante célibataire. Mais l'arrogance d'une fillette un peu trop curieuse et la nouvelle idylle de Clara entamée avec un amant circonspect vont compromettre ses ambitions majeures.

Dans une ambiance lourde et subtilement inquiétante, Jaume Balaguero nous concocte un oppressant suspense autour d'un personnage austère bâti sur son caractère particulièrement insidieux. L'habileté du scénario remarquablement élaboré émane de cette attitude couarde d'un tueur infortuné perpétrant des exactions délétères afin de se justifier un but existentiel. Un script efficient tirant sa force par cette confrontation inhabituelle entre la victime, persécutée dans son sommeil par un tortionnaire combinard. C'est ce sentiment d'impuissance pour le spectateur d'assister au calvaire récursif d'une victime immolée contre son gré qui permet d'exacerber un suspense haletant en constante ascension.
En prime, le réalisateur nous dépeint le portrait subversif d'un tueur contestataire. Un gardien d'immeuble dépressif mais lucide d'un monde terni par l'égocentrisme, l'affabulation et la cupidité.
Pour interpréter ce personnage psychologiquement renfrogné, Luis Tosar se révèle parfait de fourberie mesquine dans la peau d'un tueur impassible. Il faut le voir se recueillir dans une chambre d'hôpital auprès de sa mère mourante pour lui débiter sans faillir ses confessions intimes liées à une rancoeur misogyne. ATTENTION POILER ! Profondément dépité d'une civilisation irréductible, sa déroute le mènera par ailleurs jusqu'au suicide rédempteur, avant de pouvoir se raviser in extremis grâce au retour précipité de Clara FIN DU SPOILER. La force du personnage découle donc de ses états d'âme lamentés et de son affliction à ne pouvoir s'accepter soi même. On se surprend alors à éprouver une certaine compassion pour sa solitude meurtrie, cette défaite intrinsèque à n'avoir pu s'insérer dans une société égotiste.

Mis en scène sans esbroufe car privilégiant un climat ombrageux dans la conduite narrative d'un script machiavélique, Malveillance est un thriller à suspense beaucoup plus finaud qu'il n'y parait. Pour s'en convaincre, il faudra attendre l'immoralité d'un épilogue audacieux pour comprendre les tenants et aboutissants d'un tueur miséricordieux, acheminé vers une ultime quête du bonheur salvateur. La sobriété des comédiens, renforcée par le portrait cynique du criminel et les multiples rebondissements qui émaillent l'intrigue sont autant d'atouts solides pour tenir en haleine l'amateur de suspense cérébral.
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