Ce deuxième volume des aventures de Black Mamba, c'est en fait comme le premier: un gros soufflé médiatique et critique qui dégonfle considérablement lorsque l'on a droit au résultat même. Aucun doute n'est permis là-dessus, Tarantino à le sens des mises en scène chiadées, élégantes et énergiques, des partis pris esthétiques fort bien calculés ou encore des répliques marrantes et gouailleuses; il injecte moult références au cinéma bis d'antan dans sa tambouille et recycle les films de sa jeunesse, sans pour autant faire de plagiat mal digéré. Seulement voilà, ceci valait surtout pour ses trois premières uvres, de vraies pépites tout aussi géniales et insurpassables les unes que les autres. Avec
Kill Bill, l'on passe de la frime positive à la prétention gênante. Quentin veut nous en mettre plein la vue avec ses combats au sabre et son hémoglobine jaillissante, il sacralise son héroïne toute de jaune vêtue et se la pète à n'importe quelle occasion, mais l'on demeure loin des modèles d'inspiration et, dans la peau d'une vengeresse de brasserie, Uma Thurman tend à agacer. C'est alors que Quentin change de route: du manga style du pauvre mais frénétique on passe au western chili-con-carne plutôt mollasson et bavard. Peine perdue pour celui qui espérait une resucée à la puissance dix des séquences d'action du premier volet - quand bien même celles-ci pâtissaient de chorégraphies moyennes et d'un montage décevant -, de la bastonnade il n'y en a ici que l'espace d'un sympathique affrontement entre mesdemoiselles Uma Thurman et Darryl Hannah à l'intérieur d'une caravane; concernant les aficionados de faux-Gore et/ou de combats au sabre, ils passeront eux aussi leur chemin avec
Kill Bill: Vol. 2, puisqu'il n'en contient pas le moindre soupçon. Autant le dire de suite, ça cause beaucoup, mais de manière nettement moins classe et intéressante que dans
Jackie Brown,
Reservoir Dogs et
Pulp Fiction; entre deux phrases niaises et sentencieuses de Black Mamba ou trois répliques pseudo-philosophiques de papy Bill, on se console heureusement sur la bonne verve de l'excellent Michael Madsen, le cabotinage hilarant de la borgne ou encore les insultes rabaissantes du vieux Pai Mei, fort jouissives.
Les reproches se multiplient comme des petits pains, la déception est bel et bien de taille, et pourtant, ce
Kill Bill: Vol. 2 reste un spectacle qui tient en haleine et se suit sans problème dans sa globalité. Le soin formel est indéniable, le récit fluide, certains rebondissements tel celui du dénouement (qu'il ne vaut mieux pas révéler, sous prétexte de gâcher quelque effet de surprise) s'avèrent amenés avec tact et habileté, puis la bande-son bénéficie d'une portée non négligeable, d'ersatz morriconiens à de la pop contemporaine et passant par une petite dérive disco/funk. De plus, l'utilisation de nombreux flash-back ne nuit jamais au bon déroulement de l'histoire, Tarantino - et c'est bien connu - maîtrisant les déstructurations narratives à la perfection.
Pour conclure le tout,
Kill Bill dans son ensemble n'a rien de foncièrement mauvais, mais il n'a non plus rien d'exceptionnel, c'est pourquoi le battage médiatique que l'on a fait autour discrédite quelque peu son potentiel. Ce pavé cinématographique divisé en deux volumes peut s'interpréter au pire comme un gros produit boursouflé et sérieusement surestimé, au mieux il peut se voir comme une sympathique fumisterie bien réalisée, une bonne série B un peu prétentieuse mais guère dépourvue d'intérêt, évidemment à des années-lumières du génie de Tarantino au cours des années 90.
6/10
