par Killjoy » 05 Mai 2012, 20:04
GRAN TORINO
De et avec Clint Eastwood
Etats Unis
2008
Drame social
Synopsis :
Walt Kowalski, un américain dont les ascendants étaient dorigine polonaise, vient de perdre son épouse
Le film commence par lenterrement de cette dernière
Walt mène une vie paisible et taciturne, ponctuée entre visites chez son ami barbier et sirotant des canettes de bières installé devant chez lui avec sa chienne, fidèle animal de compagnie
Mais bientôt son petit quotidien sans histoires va se retrouver perturbé avec ses voisins asiatiques
Le jeune fils de cette famille étant agressé, Kowalski (excédé) prend parti pour lui et le défend face à ses agresseurs, ceux-ci prennent la fuite !
Le lendemain, toute la famille apporte des offrandes à Kowalski quils considèrent comme un héros
Dans un premier temps Kowalski va refuser ces cadeaux
Puis il va se prendre daffection pour la jeune fille et son frère issus de cette famille asiatique et tenter de réinsérer le jeune en laidant à rentrer sur un chantier tenu par un de ses amis
Jusquau jour où tout bascule !
Mon avis :
Dune noirceur extrême proche des plus grandes tragédies modernes, « Gran Torino » est un film superbe et implacable, Eastwood arrive à émouvoir et entrelacer le spectateur face à une intrigue humaniste mais au final très amer, proche du mythe du « martyr » et de lange repenti et salvateur, déchu de sa vie et de la signification quil essayait de donner à son existence
Magistralement interprété et exempt du moindre voyeurisme, « Gran Torino » est dune justesse de propos sidérante, bien interprété avec une galerie de personnages cosmopolite et parfois désorientée, le personnage dEastwood servant de régulateur dans tout ce melting pot, du moins essayant de ramener de lordre à tout ce chaos ambiant (certains y ont vu un parallèle amoindri avec Dirty Harry, personnage antérieur mythique de Clint)
Un sacré coup de vieux tout de même ! car en plus de la vieillesse, Kowalski est malade (probablement un cancer des poumons) et crache du sang, fumant clopes sur clopes
Dénigré par son propre fils, Walt reporte (in)consciemment son affection sur les jeunes asiatiques, nhésitant pas à sintégrer/intégrer leur domicile lors dun repas pantagruélique, ceci entérinant le côté fusionnel quil a pour ces derniers, les considérant un peu comme ses propres enfants, par un côté empathique appuyé subtilement
Le final nen est que plus bouleversant et déstabilisant, transcendant le sauveur en martyr (certains y ont vu la mort du Christ, tombant du ciel à la terre les bras en croix, le sang coulant sur les mains) mais je crois quEastwood a voulu par là amener une dimension mystique au métrage, amenant presquun aspect nihiliste à son uvre, ôtant le côté banal de lhistoire pour en faire un authentique chef duvre du genre, lyrique et dramaturgique
On en sort bouleversés et hagards !
« Gran Torino » est lun des témoignages sincères et émouvants dun dinosaure du cinéma américain, dernier des mythes hollywoodiens encore en activité à lissue implacable et inoubliable !
Par un torrent de spiritualité et démotivité, Eastwood déverse une leçon de tolérance et de vie par le biais du film, particulièrement abouti dans sa démarche et le propos de « Gran Torino » est à mille lieues du cinéma contemporain habituel, codifié par des grandiloquences et des exubérances.
Une grande intelligence et une pudeur absolues lamène au rang de mythe cinématographique, érigeant Eastwood au panthéon des réalisateurs/acteurs doutre Atlantique.
Sans concession mais à la mise en scène effilée, « Gran Torino » restera gravé dans lesprit de tous ceux qui lauront vu
Note : 9.5/10