Vice Squad (Descente aux enfers)
Réalisateur: Gary Sherman.
Année: 1982.
Origine: U.S.A.
Durée: 1H37.
Distribution: Gary Swanson, Wings Hauser, Season Hubley, Pepe Serna, Nina Blackwood, Beverly Todd, Lydia Lei, Joseph DiGiroloma.
FILMOGRAPHIE: Gary A. Sherman est un réalisateur, scénariste et producteur américain né en 1943 à Chicago dans l'Illinois.
1972: Le Métro de la mort, 1981: Réincarnations, 1982: Descente aux enfers, Mystérious Two (TV film), 1984: The Streets (TV film), 1987: Mort ou Vif, 1988: Poltergeist 3, 1990: Lisa, After the Shock, 1991: Murderous Vision (TV film).
Un an après le secouant Réincarnations, série B mythique à l'ambiance macabre aux p'tits oignons qui voyait un embaumeur réanimer des cadavres tués par mort violente afin de pouvoir les ressusciter sous le mode opératoire du vaudou, Gary Sherman réalise en 1982 une nouvelle réussite cinglante à l'impact implacable pour un polar urbain glauque et poisseux, véritable descente aux enfers dans les bas-fonds new-yorkais !
A la suite d'un meurtre crapuleux commis sur une jeune prostituée par son propre mac, l'inspecteur Walsh souhaite délibérément appréhender ce pervers psychopathe avec l'aide d'une des amies de la victime surnommée "princesse". Cette maman d'une petite fille est en faite une racoleuse noctambule autonome aguichant la faune new-yorkaise durant chaque nuit compromise.
Après avoir découvert l'horrible visage tuméfiée de sa collègue décédée, princesse décide de collaborer avec l'inspecteur et réussit fugacement à prendre au piège le tueur proxénète. Mais à la suite de sa violente altercation, l'homme réussit in extremis à s'évader.
Déterminé à se venger de celle qui l'aura fait tomber, une course contre la mort parmi les forces de l'ordre est engagée à l'appréhender pour tenter de retrouver vivante leur collaboratrice.
Deux années après l'immuable Cruising de William friedkin, Gary Sherman s'engage sur le même mode putride pour un polar d'exploitation brutal dépeignant ici le milieu de la prostitution mis en exergue dans un réalisme austère, rugueux et tangible.
La force indéniable du métrage qui permet de l'élever au dessus de la moyenne du genre orthodoxe s'accapare facilement d'une atmosphère malsaine vertigineuse et prégnante, proche d'un marasme tant le sentiment de folie et d'insécurité omniprésent se noue à la gorge du spectateur pour ne plus le lâcher jusqu'à l'ultime point d'orgue vindicatif.
La trame policière nerveusement conduite s'attribue à une traque inlassable, une chasse à l'homme entre un flic obstiné et sa clique d'acolytes malhabiles contre un tueur sans pitié qui a juré d'assassiner celle qui lui aura causé sa perte durant sa vaine arrestation.
Efficacement mené, spectaculaire et haletant, ce modeste scénario aura sans doute influencé deux ans plus tard un certain Abel Ferrarra avec son célèbre New-York, 2h du matin qui décrivait de manière aussi cauchemardesque et réaliste l'introspection d'un club de strip-tease, via l'entremise d'une cité urbaine enracinée dans la violence et le vice alors qu'un ancien boxeur était déterminé à annihiler un tueur méthodique sévissant dans la région. On peut d'ailleurs également y déceler de troublantes similitudes via le physique enjôleur et le caractère tourmenté du personnage composé par Melannie grifith qui jouait une strip-teaseuse racoleuse et faillible contrastant avec celle de Season Hubley (Hardcore, New-York 1997) incarnant pour Vice Squad une jeune blonde prostituée paumée et chétive mais révoltée et irascible, épaulée par un flic robuste et empathique.
On retrouve donc dans le film de Sherman cette même aura malsaine, cette moiteur d'un climat suffocant suintant la puanteur et la crasse à travers les ruelles malfamées éclairées par des néons flashys polychromes. Ce qui permet ainsi de mieux mettre en relief sa foule bigarrée de travellos, péquenos, quidams pervertis ou psychopathes les plus frénétiques et aliénés qui soient (ne pas rater la séquence atypique du mariage mortifère, sommet de noirceur sardonique et incongrue !).
De ce constat esthétiquement blafard et flamboyant constamment soutenu d'un score musical électro au tempo saccadé et exacerbé par un langage ordurier déféqué par nos protagonistes marginaux, le scénario sommaire, régi sans temps mort, est dédié à représenter de prime abord la décadence de cette jungle urbaine corrompue par le vice, le crime et le sexe batifolant avec leur précarité sur fond de misère sociale.
C'est cette peinture sordide d'une société noctambule galvaudée que nous adresse de plein fouet Gary Sherman avec une forme technique brute et authentique, de manière à mieux nous interpeller et déstabiliser face à un monde inculte d'aliénés en pleine déliquescence. Et cela sans jamais recourir à la surenchère d'une violence outrancière ou complaisante, les séquences chocs demeurant souvent obstruées par le hors champs.
Wings Hauser qui interprétait à l'époque son 3è rôle à l'écran nous livre sa meilleure performance pour cet acteur de seconde zone habitué aux productions fauchées ou lucratives. Doté d'un sens de la provocation innée dans sa nature putassière et sordide, il exècre avec une fougue véhémente sa prestation de tueur pervers totalement voué à la quête du plaisir masochiste dans une sexualité déviante et immorale.
Vice Squad est paradoxalement une de ces pépites de polar urbain malmené, oublié, mis à l'écart dans notre pays hexagonal sans comprendre pour quelle raison véritablement répréhensible il a pu sombrer dans l'indifférence générale après les décennies révolues.
En résulte un film choc éprouvant, furieux et frénétique dont l'atmosphère malsaine probante insuffle de façon acerbe, voire parfois caustique (comme cette scène Bis du commerçant asiatique barbon adepte du kung-fu) l'un des plus fascinants et sordides portraits d'une amérique destroy agonisante suintant la débauche putanesque et sa gangrène d'une violence décadente, addicte de la déchéance humaine.




