la Tour Infernale

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Messagepar BRUNO MATEI » 21 Décembre 2010, 08:18

LA TOUR INFERNALE.
Titre Original: The Towering Inferno.
Réalisateur: John Guillermin et Irwin Allen.
Année: 1974.
Durée: 2H45.
Origine: U.S.A.
Distribution: Steve McQueen, Paul Newman, William Holden, Faye Dunaway, Fred Astaire, Susan Blakely, Richard Chamberlain, Jennifer Jones, O.J. Simpson, Robert Vaughn... 

Date de sortie U.S: Décembre 1974. France: 12 Mars 1975.

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: John Guillermin est un réalisateur, producteur et scénariste britannique, né le 11 novembre 1925 à Londres (Royaume-Uni).
1959 : La Plus Grande Aventure de Tarzan , 1962 : Tarzan Goes to India, 1964 : Les Canons de Batasi, 1966 : Le Crépuscule des aigles , 1969 : Le Pont de Remagen, 1972 : Alerte à la bombe, 1973 : Shaft contre les trafiquants d'hommes , 1974 : La Tour infernale , 1976 : King Kong, 1978 : Mort sur le Nil, 1980 : Mr. Patman, 1984 : Sheena, reine de la jungle , 1986 : King Kong 2 , 1988 : Poursuite en Arizona (TV).

Irwin Allen est un réalisateur, producteur et scénariste américain, né le 12 juin 1916 à New York, et décédé le 2 novembre 1991 à Santa Monica, en Californie (États-Unis). Il est connu pour ses films catastrophe.
1960 : Le Monde perdu (The Lost World) 1961 : Le Sous-marin de l'apocalypse (Voyage to the Bottom of the Sea) 1962 : Cinq semaines en ballon (Five Weeks in a Balloon),1978 : L'Inévitable Catastrophe 1979 : Le Dernier Secret du Poseidon.

RAPPEL DES FAITS.
En 1972, l'énorme succès de l'Aventure du Poséidon motive le producteur Irwin Allen à rempiler deux ans plus tard dans le nouveau genre adulé du film catastrophe avec un projet encore plus ambitieux et spectaculaire.
Il demande au scénariste Stirling Silliphant de s'approprier les droits de deux romans inspirés de la construction du World Trade Center (The Tower de Richard Martin et The glass inferno de Thomas N. Scortia et Frank M. Robinson) pour les fusionner afin de permettre un script en cohésion.
Pour s'allouer d’un budget exorbitant, Irwin Allen réussit à avoir l'accord du studio Fox mais aussi celui de la Warner pour accéder à la coquette somme de 14 millions de dollars. Alors que les deux studios ne souhaitent pas qu'il réalise seul ce projet démesuré, il confie donc la co-réalisation à un metteur en scène anglais expérimenté, John Guillermin qui aura la tache de travailler avec les acteurs tandis qu'Allen s'impliquera personnellement vers les scènes d'action.
John Guillermin aurait alors réalisé 55% des plans de la Tour Infernale.

AIRPORT AND CO.
C'est en 1970 qu'est apparu l'âge d'or du genre catastrophe avec le film Airport de George Seaton.
Deux ans plus tard, cette nouvelle mode dont l'intrigue se base sur la destruction et la mort confinées à une catastrophe naturelle ou technologique va sérieusement s'affiner avec l'impressionnante Aventure du Poséidon de Ronald Neame. Un film phare resté un classique pour un genre qui allait s'imposer durant toute la décennie 70 et ainsi entrainer une ribambelle de longs-métrages exploitant ce fameux filon tape à l'oeil.
C'est alors qu'en 1974 naquit la Tour Infernale, au moment où sort un autre projet tout aussi extravagant, complimenté lui aussi de la traditionnelle tête d'affiche starisée, Tremblement de Terre de Mark Robson.

A San Francisco, pendant l'inauguration du plus grand gratte-ciel du monde, de nombreux invités vont se retrouver piégés au 135è étage alors qu'un incendie déclaré au niveau 81 va lentement se propager et investir chaque gradin de la tour de verre.

PIEGE DE CRISTAL.
Avec l'audace peu coutumière de vouloir imposer au spectateur une durée avoisinante 2H45 de projection, La Tour Infernale est un vertigineux spectacle implacable qui ne va pas lâcher d'une seconde la pression exercée sur notre psyché, tour à tour fasciné et impressionné par tant de prouesses techniques d'un réalisme bluffant !
Dans un savant dosage de suspense sournois furtivement établi (la menace du feu s'octroie de l'environnement compromis dès les cinq premières minutes) et d'action haletante incessante, John Guillermin ne s'éternise pas dès le départ à nous présenter ces personnages clef, souvent stéréotypés dans ce genre spécifié. Il rentre immédiatement dans le vif du sujet avec l'entrée en scène de sa star pernicieuse, omniprésente durant tout le récit éprouvé: le feu !

Avec des trucages exemplaires qui n'ont pas pris une ride dans leur terrifiant impact spectaculaire et émotionnel, le récit tendu et dramatique tire également sa force et son pouvoir de fascination attractif dans la dimension humaine représentée par la sobriété de nos stars. D'illustres comédiens totalement impliqués dans la grandissante menace insinueuse d'un incendie dantesque fustigeant une gigantesque tour de verre haute de 550 mètres. Avec en leaders chevronnés, réunis pour la première fois à l'écran dans le même projet, deux acteurs téméraires à la trogne confirmée et vigoureuse qui iront jusqu'à réaliser eux même leurs propres cascades fébriles. Ce sont Paul Newman dans un rôle physique particulièrement héroïque, dépité par la fiabilité écornée de ses travaux d'architecte et Steve Mc Queen dans celui du capitaine des pompiers, baroudeur inflexible militant avec sang-froid pour la survie des autres.
Leur prestance charismatique, infaillible empoigne le récit dans une lutte acharnée où le feu peut se profiler à n'importe quel cloison des pièces avoisinantes de l'immeuble (les escaliers, portes et ascenseurs sont un perpétuel ennemi meurtrier pour ceux qui tenteraient un ultime recours en guise d'échappatoire). Un combat belliqueux haletant qui prend une dimension humaine désenchantée dans ces derniers retranchements cathartiques. Un potentiel suicide collectif où nos derniers survivants iront se réfugier au dernier étage du bulding en attendant une violente explosion commanditée de manière volontaire par la brigade des pompiers. Un dynamitage à haut risque ayant pour cible d'immenses réservoirs renfermant des hectolitres d'eau qui devraient vraisemblablement se déverser en abondance sur la totalité du haut de la tour.

Ce qui frappe et surprend aujourd'hui en revoyant ce maitre étalon du genre, c'est l'âpreté et la caractère dramatique de l'horreur des situations. Comme ce couple d'amants partagés dans l'amertume, embrigadés dans leur appartement, totalement impuissants face à l'embrasement de leur environnement (alors que le mari tentera en vain un ultime sacrifice pour sauver la mise) ou celle tout aussi radicale et inopinée d'une soixantenaire coincée dans la cage d'un ascenseur extérieur prêt à se détacher pour sombrer dans le vide (alors qu'un hélicoptère devrait tenter de les récupérer à l'aide d'un câble suspendu dans une séquence hallucinée !).
Toute la narration est dédiée à l'angoisse perceptible de nos personnages désabusés face à une situation cauchemardesque consolidée avec un élément destructeur épouvantablement insidieux. Une menace incandescente si essentielle à la survie de l'homme quand elle est utilisé à bon escient mais ici totalement fondée à annihiler l'environnement d'une gigantesque prison de verre et tous ceux qui s'y sont malencontreusement laissés piéger.
Cet embrasement naturel compromis par la faute de l'homme appâté par son pouvoir capital et ses ambitions pharaoniques indécentes effraie d'autant plus le spectateur que le feu se révèle dans la vie de tous les jours si coutumier, indispensable à notre vie quotidienne, véritable fardeau contre le froid et la famine. Avant que les macabres faits-divers de source accidentelle ou volontaire ne nous reviennent en mémoire de manière subconsciente pour rappeler son caractère terriblement indocile et exsangue.

Le scénario intense et captivant ne sombre jamais dans la gratuité outrancière dédiée au spectaculaire ou la surenchère convenue pour épater la galerie du spectateur en mal de séquences-chocs (alors que la jeune génération se contentera de se pâmer de bonheur devant une baudruche faisandée, hyper racoleuse façon 2012 de gaston Emmerich).
Chaque séquence d'action remarquablement structurée, accomplie par des FX prodigieux au service de la narration (et non l'inverse, remember 2012 !) est essentiellement investie dans les exactions de nos protagonistes tentant de survivre dans un endroit clos, de leur résultante des maladresses commises par orgueil dédaigneux ou effet compulsif d'une panique incontrôlée. Tout en démontrant de manière crédible, épaulé de moyens techniques adéquats le pouvoir insidieux d'un incendie jamais avare en incidents impromptus davantage dévastateurs.
La Tour Infernale se permet également de rendre un hommage sincère pour livrer un véritable témoignage envers ses soldats de l'ordre qui combattent le feu avec un sens de bravoure et de courage digne de respect et d'humilité. C'est d'ailleurs envers ce métier préjudiciable que le métrage leur sera dédié.

INFERNO.
Doté d'une puissante partition musicale cinglante de John Williams, La Tour Infernale reste 40 ans après sa sortie un chef-d'oeuvre probant et le meilleur film jamais réalisé pour ce genre si avare en réussites incontestées.
Il faut saluer l'exemplarité de la prestation de nos stars confirmées au caractère bien trempée, jusque dans les seconds rôles (William Holden dans le rôle contrarié du constructeur borné, l'émouvant Fred Astaire en dandy vétuste amoureux et le détestable Richard Chamberlain dans celui du gendre orgueilleux par qui l'erreur humaine fut irréversible).
Tandis que le scénario implacable voué à l'angoisse et la peur des survivants se compromet dans un déchainement de scènes d'action époustouflantes (l'ascenseur extérieur risquant de tomber dans le vide, les explosions intempestives de n'importe quel pièce ardente de l'immeuble, les tentatives d'évasion avec le siège surmonté d'une poulie pour accéder au gratte-ciel voisin et le mémorable final explosif). Des séquences anthologiques qui donnent le vertige pour nous plaquer sur notre siège durant 2H45 sans altérer d'une seconde notre intérêt accordé à cet improbable catastrophe.
Alors que les attentats du 11 septembre 2001 évoqueront chez certains spectateurs un lointain écho dans l'inconscient collectif...

NOTE: Avec plus de 116 millions de dollars glanés aux States (pour une mise de départ de 14 millions) et une première place annuelle au box-office français de 1975 (avec 4 466 376 entrées), La tour infernale a confirmé les espoirs placés dans un genre appelé à sombrer rapidement dans les abysses de la médiocrité.
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Messagepar aede » 19 Février 2011, 18:53

Super critique !
Oui, ce film est génial ! Et puis le tandem MacQueen et Newman, c'est une tuerie !
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