Tyler (Nicholas Tse) est un agent de sécurité débutant, espérant faire rapidement de l'argent pour aider une ex-inspecteur de police, Jo (Cathy Tsui), qui est tombée enceinte suite à une nuit avec lui. Il rencontre Jack et sa femme (Wu Bai et Candy Lo) lors de son travail et tous sympathisent. Jack est un ex-mercenaire venant d'Amérique du sud, et son ancien patron tente de le forcer à retravailler pour leur groupe. L'affaire devient plus sanglante après que Jack a éliminé son patron et que les mercenaires le pourchassent. Tyler est accidentellement impliqué dans l'histoire et doit protéger la femme de Jack, elle aussi enceinte.

De retour à Hong Kong, Tsui Hark répare sa réputation entachée à la suite de quelques bourdes hollywoodiennes commises avec Jean-Claude Van Damme en réalisant cet explosif Time and Tide, qui restera dans les annales du cinéma asiatique contemporain pour une simple et bonne raison: il est transcendé par une mise en scène de malade, un enchaînement de travellings tourbillonnants et de plans révolutionnaires propres à vous filer des évanouissements, un peu de la même manière avec laquelle l'on s'embarquerait dans une grosse attraction mécanique virevoltante, sauf qu'ici, cela dure près de deux heures. Cette incommensurable virtuosité dans la manipulation de la caméra, ces prodiges techniques dignes d'un génie, permettent de fermer complètement les yeux sur une narration foutraque et une intrigue décousue, nous rappelant que Tsui semble avoir fort souvent du mal à tenir une ligne dramatique. La distribution, principalement constituée de starlettes pop locales, n'a rien d'exceptionnel, hormis la présence de l'immense Anthony Wong dans un rôle toutefois très sobre et secondaire, celui du chef d'une agence de sécurité quelque peu marginale où travaillent d'ailleurs les deux personnages principaux du film, un jeune lascar paumé et un ancien mercenaire d'origine sud-américaine; le premier va être accidentellement impliqué dans la chasse à l'homme dont est victime le second après le meurtre de son ex-patron. Bon prétexte pour aligner les séquences d'action survoltées à un rythme de fou, sous une mise en images furibonde et ruisselant de détails expérimentaux d'une innovation peu commune, de quoi combler vos pulsions de sensations fortes pour un sacré bout de temps. Au second plan, Time and Tide se parfume d'une romance un peu kitsch et naïve, typiquement hongkongaise, qui n'est finalement pas pour déplaire entre les hallucinants morceaux de bravoure et gunfights dans les sous-sols de restaurants, sur les façades d'immeubles ou dans les dépôts à l'intérieur des gares. Un bon dieu de polar d'action comme on en voit trop rarement par ici, mais surtout, une impressionnante leçon de mise en scène de la part de Tsui Hark, quelque chose de démentiel, décoiffant et littéralement éblouissant, qui masque les faiblesses d'un récit très embrouillé.
8/10






