Rejeton rejeté du festival de Cannes, mais gros succès public et critique, In the Mood for Love nous narre, dans le Hong Kong des années 60, les relations sentimentales tout en retenue de deux voisins de palier dont la femme et le mari respectifs se sont absentés durant un important laps de temps. Ils tisseront un lien d'abord fait de regards furtifs, puis de discussions plus ou moins intimes et de petites sorties, enfin, de répétitions de séparation en vue du retour de la moitié appartenant à chacun des deux.
In the Mood for Love a beau demeurer un mélodrame traité avec pudeur et élégance, à l'image du couple formé par Tony Leung Chiu-Wai et Maggie Cheung, il souffre cependant d'une approche légèrement trop auteurisante. Sans remettre un seul instant en question le grand talent plastique de Wong Kar-Wai - la mise en scène rivalise de perfection, chaque plan et cadrage se veut travaillé à la manière d'un ouvrage d'orfèvre et la photographie pastel s'accommode merveilleusement à l'époque ainsi quaux endroits retranscrits par le film -, ni d'ailleurs cette superbe musique où se mêlent thèmes au violon majestueux et chansons aux couleurs cubaines d'une légèreté pondérée, l'ensemble manque d'impétuosité et même de personnalité, tout semble avoir été formaté le mieux possible pour séduire un public embourgeoisé. Et, on y arrive, le film paraît peut-être trop simple pour captiver, à défaut d'ennuyer.
Toutefois, In the Mood for Love contourne admirablement les écueils liés à un sentimentalisme taillé à la machette et si cher au cinéma hollywoodien, au point que l'on serait vraiment dans nos torts d'avouer que la chose ne représente rien ou peu. Nos deux êtres n'échangeront aucun contact sexuel, pas même l'once d'un baiser. Ceci permet de recouvrir toute une forme de pudeur, de respect et de sensibilité au sein des rapports humains, et si la démarche en question se serait avérée pour le moins bancale auprès de nombreux cinéastes, l'auteur de Chungking Express fait lui au contraire preuve d'une délicatesse forçant le respect. Dommage à ce moment-là que l'ensemble manque d'une réelle identité globale et que le récit ne soit pas suffisamment nuancé afin de nous immerger complètement dans l'atmosphère du film. Après, il est clair que la lenteur du tempo ne s'impose forcément pas pour aider.
Pas tout à fait la hauteur de sa si glorieuse réputation, In the Mood for Love souffre d'un caractère trop lisse et se retrouve parfois aux confins du rébarbatif de par ce fait. Reste Tony Leung Chiu-Wai, classe, digne et idéal, reste Maggie Cheung, pleine de grâce et de charme, reste Wong Kar-Wai et son art de magnifier les images comme personne.
7/10




