Take Shelter

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Messagepar BRUNO MATEI » 31 Janvier 2012, 12:45

TAKE SHELTER
Réalisateur: Jeff Nichols.
Année: 2011.
Origine: U.S.A.
Durée: 2h00.
Distribution: Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart, Shea Whigham, Katy Mixon, Kathy Baker, Ray McKinnon, Lisa Gray Hamilton, Robert Longstreet, Guy Van Swearingen.

Récompenses: Grand Prix, Prix de la SACD au Festival de Cannes en 2011
Grand Prix au Festival de Deauville.
Prix de la Meilleure Actrice à Jessica Chastain au Festival du film d'Hollywood.

Sortie salles France: 4 Janvier 2012. U.S: 30 Septembre 2011.

FILMOGRAPHIE: Jeff Nichols est un réalisateur et scénariste américain né le 7 Décembre 1978 à Little Rock, Arkansas (Etats-Unis).
2007: Shotgun Stories
2011: Take Shelter.

Un traumatisme viscéral aussi cuisant et fortuit que Faux Semblants de David Cronenberg.

Pour son second long, Jeff Nichols reprend son acteur fétiche Michael Shannon pour nous décrire avec parcimonie le cas d'une dégénérescence mentale. Un père de famille, prêt à protéger sa famille contre la perplexité de son entourage, car finalement persuadé que l'apocalypse est pour demain.

Curtis est un ouvrier de chantier ayant une vie rangée par la faveur harmonieuse du bonheur conjugal. Une nuit, sujet à un terrible cauchemar, son comportement avec son entourage devient particulièrement irritant, voir inquiétant. Souffrant d'insomnie depuis qu'il est persécuté par ses rêves récurrents, Curtis décide de contacter son médecin pour connaitre les raisons de sa pathologie. Mais convaincu de ses visions spirituelles, ce père de famille semble déterminé à protéger les siens pour se prémenir contre une éventuelle apocalypse. Il décide d'agrandir son abri anti-tornade au péril de ses finances budgétaires et de sa profession préjudiciable.

Après Melancholia de Lars Von Trier, Jeff Nichols aborde le thème catastrophiste en vogue de l'apocalypse depuis que l'oracle Nostradamus ou encore les mayas avaient prédit la fin de notre monde en cette année 2012. Sous la forme prude d'un drame introspectif auscultant les tourments d'un père de famille torturé par des cauchemars récurrents, Take Shelter nous décrit avec une empathie sensitive son désarroi psychologique face à la perplexité de son entourage.
Depuis que Curtis est en proie à des rêves cinglants mais aussi des hallucinations portant atteintes à l'existence de sa fille, sa rationalité s'amenuise par ses insomnies répétées et ses contrariétés d'éventuelle apocalypse climatique. Sa peur envahissante de présager le danger alarmiste envers sa famille le contraint de prime abord de consulter son médecin pour lui évoquer son désarroi psychologique face à ses songes nocturnes. Il reprend même contact avec sa mère pour peut-être connaitre l'origine de ses troubles neurotiques, sachant que celle-ci avait été placée en centre psychiatrique à l'âge de 30 ans pour une schizophrénie mineure. Mais sa paranoïa grandissante va inévitablement le mener jusqu'au bout de sa déraison. A savoir dénigrer contre son gré son compagnon canin, certains amis de longue date et surtout entreprendre d'agrandir un abri de jardin afin de prémunir sa famille d'un évènement climatique d'une ampleur démesurée.

Avec une structure narrative extrêmement assidue, Jeff Nichols nous illustre avec une attention acérée le profil d'un schizophrène en chute libre. Ce père de famille attentionné et épanoui d'appartenir à une famille déférente inscrite dans le catholicisme inspire énormément d'empathie pour le spectateur, scrupuleusement attentif à la pathologie envahissante d'un individu gagné par sa paranoïa. Dans un climat diaphane prédominant le psyché éprouvé d'un homme gagné par l'affre de l'angoisse et d'une nature bucolique à la météorologie fluctuante, sa fuite en avant dans la démence lattente nous éprouve toujours un peu plus par sa frêle délibération à daigner coûte que coûte sauvegarder les membres de sa famille.

Pour interpréter ce rôle névrosé d'un schizophrène sur le déclin, Michael Shannon se révèle proprement bouleversant dans sa posture de paternel contraint de bafouer sa propre profession mais aussi à trahir un de ses acolytes pour accomplir sa devise. Avec sa physiologie terne et évasive, l'acteur nous transmet une compassion sensitive d'une rare acuité pour le spectateur fortement ébranlé par son humanité désespérée. Jessica Chastain, dans celle de l'épouse démunie mais combative et pleine d'aspiration accorde autant de crédit et n'a pas volé son prix d'interprétation féminine à Hollywood. Sa prestance toute aussi frêle axée sur l'empathie amoureuse et sa fidélité loyale à ne jamais abdiquer son conjoint nous bouleverse avec une vérité naturelle ténue.

Apocalypse Now
Rigoureusement structuré dans une narration limpide entièrement dédiée à transcender l'humanité fléchissante de ses deux protagonistes majeurs, Take Shelter est leur tragédie contemplative d'une noirceur désespérée. Un poème funèbre transcendant le portrait cruel d'une cellule familiale en crise et de notre appréhension face à une société insécuritaire. Leur trajectoire rédemptrice culmine son apothéose dans un point d'orgue drastique où la désillusion apparaît sous sa forme la plus défaitiste. Obsessionnel et anxiogène, miroir de notre époque contemporaine rongée par l'amertume et le nihilisme désenchanté, ce chef-d'oeuvre gracile nous hante d'une manière viscérale en faisant appel à la mélancolie de la survivance. ATTENTION SPOILER !!! L'épilogue anthologique enfonce le clou et nous place au sein d'un vertige émotionnel où son tourbillon nous relaxe les larmes élégiaques. En somme, l'une des plus belles mélodies nihilistes de l'histoire du cinéma. FIN DU SPOILER.
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BRUNO MATEI
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