Spring Breakers de Harmony Korine, 2012

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Spring Breakers de Harmony Korine, 2012

Messagepar BRUNO MATEI » 04 Juillet 2013, 06:41

Réalisateur: Harmony Korine
Année: 2012
Durée: 1h32
Origine: US.A.
Distribution: James Franco, Vanessa Hudgens, Selena Gomez, Ashley Benson, Rachel Korine, Heather Morris.

Sortie salles France: 6 Mars 2013. U.S: 22 Mars 2013

FILMOGRAPHIE: Harmony Korine est un réalisateur et scénariste américain, né le 4 Janvier 1973 à Bolinas, Californie.
1997: Gummo. 1999: Julien Donkey-Boy. 2007: Mister Lonely. 2009: Trash Humpers. 2013: Spring Breakers.

Déjà responsable d'un authentique film culte indépendant (Gummo), Harmony Korine nous projette avec Spring Breakers dans l'univers artificiel d'un congé de printemps auquel une jeunesse insouciante se livre sans modération aux pires excès décadents. Cette semaine printanière originaire d'Amérique du Nord est l'occasion pour des milliers d'étudiants de faire la fête durant leurs vacances avant l'approche des examens. Le phénomène de mode surnommé "Spring Break" a pris une telle ampleur auprès des jeunes que d'autres pays (dont la France) se sont rapidement appropriés le concept estival où sexe, drogue et alcool coulent à flot. Et cela en dépit de tragiques incidents mortels survenus aux quatre coins du monde tels que overdoses de drogue ou comas éthyliques, sans compter certains cas de viols commis sur de jeunes filles.

Avec l'esprit racoleur de son affiche sexy et l'accroche de son trailer explosif, Spring Breakers avait de quoi laisser dubitatif le cinéphile averti, redoutant un nouveau Projet X à grande échelle conçu sur de la vacuité putassière !
Quatre jeunes godiches décident de braquer un fast-food afin de pouvoir se payer des vacances de rêve au spring break de Floride. Sur place, elles font rapidement la rencontre d'un chanteur de rap qui va les mener vers une délivrance suicidaire.
Voilà établi en quelques mots une trame orthodoxe classiquement préconçue pour un public adolescent. Seulement voilà, si les clichés usuels à cette coutume printanière (sea, sexe, sun, alcool and coke !) pullulent dans "Spring Breakers", la réalisation expérimentale de Harmony Korine (au montage ultra efficace !) va totalement se réapproprier des conventions pour nous entraîner dans un bad trip onirique à la lisière de la métaphysique ! Ici, peu importe la consistance de son scénario linéaire, seule compte l'expérience visuelle, l'aura insolite, la réflexion spirituelle et l'atmosphère de plénitude qui émanent des états d'âme de filles rebelles. Avec une force émotionnelle épineuse, Spring Breakers nous relatent d'une manière anticonformiste leur introspection mélancolique. La quête éperdue d'un ultime paradis devant la désillusion d'une vie fastidieuse. La soif de bonheur, l'envie d'épanouissement, la quête absolue d'un avenir insouciant vont les mener vers les racines du mal par l'influence d'un penseur névrosé. Transcender les barrières de la moralité afin de consumer la vie au jour le jour sans avoir à se soucier des conséquences du lendemain. Brûler la vie à grande doses de drogues, de sexe et d'adrénaline pour s'idéaliser son propre paradis artificiel. Cette atmosphère envoûtante chargée de poésie naturaliste et de désillusion imprègne la pellicule et nous immerge de façon insinueuse vers une transe hypnotique où le néant crépusculaire culmine à la déroute. No futur pour l'innocence galvaudée dans un silence en apesanteur !

Spring Break pour la mort !
On ne sort pas radieux d'une expérience comme Spring Breakers, comme si une perte de conscience et de motricité nous avait lourdement endeuillée durant 1h30. Constat d'amertume sur une jeunesse aphone, obnubilée par les paillettes et les plaisirs sensoriels, Spring Breakers est un voyage métaphysique au bout d'une nuit sans horizon. Sa flamboyance formelle, sa réalisation virtuose et la partition d'une bande son aussi enivrante que tonitruante sont autant d'atouts pour nous convoquer malaise, aigreur et poignante empathie.
Beaucoup de spectateurs déroutés ne trouveront pas matière à s'enthousiasmer devant une oeuvre aussi inclassable privilégiant les sens ineffables d'une émotion désabusée. Tandis que d'autres auront sans doute peine à sortir indemnes du cri de révolte asséné à la délivrance autodestructrice d'une jeunesse abdiquée.
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BRUNO MATEI
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