Série Noire

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Messagepar BRUNO MATEI » 23 Septembre 2011, 06:36

SERIE NOIRE
Réalisateur: Alain Corneau.
Année: 1979.
Origine: France.
Durée: 1h55.
Distribution: Patrick Dewaere, Myriam Boyer, Marie Trintignant, Bernard Blier, Jeanne Herviale, Andreas Katsulas, Charlie Farnel, Samuel Mek, Jack Jourdan, Fernand Coquet.

Sortie en salles en France le 25 Avril 1979. U.S. 25 Juin 1982.

FILMOGRAPHIE: Alain Corneau est un réalisateur français né le 7 aout 1943 à Meung sur Loire (Loiret), décédé dans la nuit du Dimanche 29 au Lundi 30 Aout 2010 à Paris.
1974: France société anonyme, 1976: Police Python 357, 1977: La Menace, 1979: Série Noire, 1981: Le Choix des Armes, 1984: Fort Saganne, 1986: Le Môme, 1989: Nocturne Indien, 1991: Tous les Matins du Monde, 1995: Le Nouveau Monde, 1997: Le Cousin, 2000: Le Prince du Pacifique, 2002: Stupeur et tremblements, 2005: Les Mots Bleus, 2007: Le Deuxième Souffle, 2010: Crime d'Amour.

Après deux mémorables polars incarnés coup sur coup par un Yves Montand magistral, Alain Corneau s'entreprend en 1979 de porter à l'écran le roman de l'américain Jim Thompson paru dans la collection "série noire", sous le titre Des Cliques et des Claques.
À sa sortie, Série noire n'a rencontré qu'un demi-succès d'estime (890 578 entrées au compteur). Néanmoins, au fil des années, ce chef-d'oeuvre porté par l'interprétation hallucinée du monstre sacré Patrick Dewaere est devenu un classique impérissable.

Franck Poupart est un maladroit représentant de commerce à la petite semaine incapable de boucler ses fins de mois, faute d'un patron intransigeant peu scrupuleux et tendancieux. Vivant dans un foyer précaire en compagnie d'une femme délaissée, il rencontre en l'occurrence au hasard de sa clientèle une sexagénaire cohabitant avec sa nièce de 16 ans, Mona. Cette jeune fille est une prostituée aigrie contraint de racoler contre l'autorité de sa tante. Frank et la donzelle impassible tombent communément amoureux. Un jour, elle lui dévoile que la mégère camoufle sous son toit les économies d'une grosse somme d'argent. Ensemble, ils décident de comploter un traquenard puéril pour la dérober.

Alain Corneau, plus inspiré que jamais nous entraîne ici dans une sordide descente aux enfers sur fond de misère sociale. Cette histoire névrosée d'un quidam paumé et désoeuvré nous éprouve près de 2 heures durant dans une implacable série noire à l'atmosphère dépressive difficilement respirable.
C'est le portrait pathétique d'un homme au bord de la crise de nerf, un sociopathe au confins de la folie humaine car rongé par l'amertume, la morosité de son environnement insalubre, le désespoir de subir une existence morne toujours plus abrupte. Conscient de sa défaite sociale défavorisée par un patron drastique sans vergogne et son incapacité à redresser une situation conjugale translucide, Franck est sur le point d'exploser les limites de la bienséance jusqu'à y noyer son âme galvaudée par le meurtre en série.
Fantasmant une vie plus autonome et harmonieuse en compagnie futile et fortuite d'une mineur de 16 ans nonchalante et mutique, ils vont préméditer ensemble un double homicide crapuleux afin de soutirer une grosse somme d'argent à la mégère grincheuse.
Avec la fausse complicité d'un pauvre acolyte d'origine étrangère, Franck décide de se servir de son ami inculte pour mieux feindre sa pitoyable combine et ainsi se déculpabiliser de l'achèvement des odieux crimes envisagés.

Baignant dans une ambiance glauque et poisseuse, Serie Noire nous imprègne viscéralement de son environnement en décrépitude, au coin d'une banlieue parisienne engluée par la montée du chômage et de la délinquance. Avec ce portrait jusqu'au-boutiste d'un badaud misérable davantage insidieux et lâche, ce polar rugueux parfois caustique (l'humour ironique provoque parfois l'hilarité neurotique) va transcender la banalité d'un fait divers crapuleux par la prestance d'un acteur de génie, Patrick Dewaere.

Un monstre sacré proprement habité par son personnage marginal délivrant ici le rôle de sa vie dans celui d'un citoyen lambda irascible, perpétuellement accablé et tourmenté par son psyché davantage erratique. Toute la narration est érigée à autopsier sa dimension psychologique lourdement éreintée par une déchéance sociale impitoyable. L'acteur transi par son caractère misanthrope nous dévoile comme jamais auparavant un véritable festival de gestuelle et mimique engagées sur l'insolence et l'impertinence envers sa crise identitaire dépréciée. Sa nouvelle dulcinée au caractère renfrogné incarnée par la chétive Marie Trintignant apporte avec une aisance naturelle un soutien affectif dérisoire dans sa bonhomie naïve de se raccrocher aux épaules d'un névrosé déjà condamné. Myriam Boyer se révèle touchante et empathique dans la peau d'une épouse incapable d'assumer le rôle conjugal d'une femme peu affirmée et érudite. Enfin, Bernard Blier, en patron véreux particulièrement cynique, exacerbe le sentiment d'impuissance, l'iniquité professionnelle d'asservir son employé Franck, endoctriné dans une société instinctivement égocentrique.

Traversé de célèbres tubes pop dans l'air du temps des années 70, mis en scène avec souci d'authenticité et transcendé par la prestance écorchée vive de Patrick Dewaere, Série Noire est un chef-d'oeuvre cafardeux dont il est difficile de sortir indemne. Ce tableau dérisoire et tragique d'un quidam annihilé par le système nous achève fatalement dans un cauchemar radical aussi fascinant que profondément dérangeant. L'un des films noirs les plus durs et cruels que nous ait offert le cinéma français impliqué dans un anticonformisme cinglant.
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BRUNO MATEI
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