Maniak @ 22.09.2004 à 16:28 a écrit: probablement le meilleur film de De Palma, le meilleur film de Pacino aussi
N'importe quoi !

Le meilleur film de De Palma, c'est
L'Impasse, et le meilleur film avec Pacino, c'est
Heat.
Sinon, bah voilà, vu que j'avais rien à faire hier soir, j'ai pris la peine de revoir
Scarface, que je considérais comme génial autrefois. Il faut dire que c'est plus ce que c'était et que dans le genre, je trouve à présent qu'il y a beaucoup mieux.
Ma ch'tite review:
Remake d'un chef-d'uvre d'Howard Hawks, grand classique du « Mob Movie » (film de gangsters) et référence cinématographique ultime auprès de la génération hip-hop,
Scarface est fréquemment sujet à de nombreuses controverses de la part des cinéphiles. Les uns y voient un authentique opéra de sang et de fureur sur la quête de puissance alors que les autres déplorent le fait que le métrage soit trop ancré dans son époque ce qui sous-entend donc qu'il accuse mal le nombre des années et cette caricature de truand incarnée par un Al Pacino pour le moins cabotin. Mais au bout du compte, le film en soi justifiait-il tout ce remue-ménage ? Sans doute non. Il faut interpréter
Scarface tel qu'il est véritablement, à savoir une grande série B souffrant un chouia de son allure eighties obsolète à la manière de la série
Deux Flics à Miami mais qui détient suffisamment de qualités pour susciter un intérêt considérable et dont l'un des gros mérites revient au fait de divertir en diable.
Force est de le supposer, nous n'aurions eu probablement droit qu'à une uvre insignifiante et racoleuse, au mieux un quelconque polar guns, sex & drugs, si les exceptionnels talents de metteur en scène caractérisant Brian De Palma devaient subir une remise en question. Scope somptueux, photographie flamboyante, mouvements de caméra parfaits d'avance, découpage judicieux contribuant à la fluidité du récit, il n'y a pas à dire,
Scarface brille par une réalisation à la fois sophistiquée et exemplaire, encore qu'elle ne vaille pas la virtuosité de
L'Impasse ou
Carrie dans leurs hallucinants plans-séquences. Al Pacino a beau surjouer constamment dans son rôle de gangster cubain péteux à l'esprit mercantile, il n'en offre pas moins là un mémorable numéro d'acteur. Du reste, la plupart des autres protagonistes demeurent convaincants, en particulier Steven Bauer dont le personnage de Manny, jeune comparse de Tony Montana, convient à merveille. Outre cette direction d'acteurs de bonne facture, l'intrigue, avantagée par un sens du rythme indéniable et une certaine absence de prolixité, se suit avec beaucoup d'attrait.
Là où le bât blesse, c'est dans la manière dont le script traite de l'ascension de Tony Montana. Une grande gueule et quelques répliques bien placées peuvent-elles réellement suffire à faire grimper les échelons aussi facilement ? Rien n'est moins sûr. Si encore il y avait une once de second degré là-dedans, la pilule passerait, mais De Palma se borne à filmer cette invraisemblable montée en puissance dans le milieu de la pègre avec la plus grande solennité, ce qui rend le tout quelque peu pompeux, voire prétentieux. En contrepartie, la chute du personnage s'avère intelligemment amenée et démontre qu'un seul faux-pas peut réduire un empire en cendres en un rien de temps. Autre inconvénient de
Scarface: sa musique, que l'on doit à un Giorgio Moroder guère au meilleur de sa forme (
Midnight Express). Les chansons présentes dans la bande-son paraissent terriblement ringardes et indigentes, quant au thème principal, malgré son excellente structure mélodique, il pâtit d'une instrumentation fort datée. Ce qui pouvait sembler sympathique dans les années 80 tend plutôt aujourd'hui à nous faire tirer la grimace kitsch dans le mauvais sens du terme. Ce syndrome de l'effet de mode révolu se retrouve dans les décors du film et les costumes des comédiens, mais ici, contrairement au score musical, le charme opère toujours et la chose nous offre un bel aperçu de la tendance chic et toc caractéristique de ces temps-là. Et puis mine de rien, Miami, ses belles plages, ses charmantes jeunes filles en bikini, ses Cadillac ornées de sièges en peau de fauve et ses chemises hawaïennes, ça fait toujours rêver !
Film exubérant, un tantinet superficiel et pas aussi tonitruant que sa réputation le laisse entendre (les quelques séquences de fusillades paraissent bien anecdotiques à l'aune d'un John Woo ou d'un Sam Peckinpah),
Scarface impressionne et séduit davantage par l'environnement clinquant qu'il illustre que par sa peinture relativement grossière d'un gangster aux dents longues issu de la mauvaise société. Cette uvre brillamment mise en scène et fort plaisante à regarder, mais limitée dans son propos et sa substance dramatique, ne possède en aucun cas l'étoffe de crus du même genre tels qu'
Il était une fois en Amérique,
Le Parrain ou encore
L'Impasse du même De Palma, n'en déplaise à ses nombreux aficionados. De bonne cuvée, mais guère indispensable.
7/10
