Sang pour sang - Blood Simple

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Messagepar Maniak » 19 Août 2007, 11:55

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Sang pour sang

Blood Simple
Genre: Polar
Pays: Etats Unis
Année: 19845
Réalisateurs : Joel & Ethan Coen
Avec John Getz, Frances McDormand, Dan Hedaya, M. Emmet Walsh...


Au Texas, par une nuit pluvieuse, Ray, employé dans un bar, déclare sa flamme à Abby, la femme de Marty, propriétaire du bar et patron de Marty. Les amants passent la nuit dans un motel, sans se douter que dehors, Visser, le détective privé engagé par le mari soupçonneux, les prends en photos… Fou de jalousie et de rage, Marty décide de payer Visser pour qu’il tue les amants, mais le détective a une bien meilleure idée…

Comme ce bref synopsis nous le laisse deviner, les frères Coen suivent une intrigue très classique pour leur premier film. Le trio mari trompé, femme infidèle, amant, ajouté du détective privé véreux est une constante vue et revue du film noir. On pourrait ainsi croire que l’on est en terrain connu et que Sang pour sang ne sera qu’un nouvel et tardif avatar du film noir classique (en 1985, l’âge d’or de ce genre est finit depuis longtemps), mais c’est sans compter le talent et la créativité des deux frères !

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En effet, dans ce premier film, ils s’appliquent à dynamiter la structure et l’univers du film noir classique à la fois dans le scénario et dans la mise en scène. Tout d’abord via cette idée géniallissime de transposer l’action dans le Texas profond, loin des grandes métropoles corrompues (qui servent de cadre habituel au film noir). Le lieu de l’action n’est pas anodin, et l’atmosphère lourde et moite du Texas, ses immenses étendues désertes servent magnifiquement l’histoire. De même il règne dans le film cette impression qu’aucun personnage n’aura d’avenir dans ce coin de campagne boueux. Tous les personnages du film sont des loosers, qui mènent une vie banale, sans intérêt et à qui le futur n’offre aucun espoir de changement. Quelque part, Sang pour sang est l’antithèse de films comme le parrain. Il n’y a pas de mafieux charismatiques et maniérés dans l’univers des frères Coen, que des petites crapules, qui ratent la plus part du temps leurs coups. Des loosers, qui commettent des erreurs, qui ne voient pas les failles de leurs plans… Ces personnages nous sont cependant immédiatement sympathiques. Les deux cinéastes portent un regard à la fois cynique et incroyablement tendre sur ces humains qui tentent de se débattre dans les conséquences de leurs crimes. Et c’est finalement tout ça qui fait la spécificité de leur cinéma, la modestie des personnages, le cynisme de l’intrigue et la tendresse qu’ils éprouvent pour les loosers. Ainsi on trouve déjà dans Sang pour sang tous les éléments qui définiront la première partie de la carrière des frères Coen (c’est à dire jusqu’à Fargoen 1995). On y trouve une histoire très habile à l’humour macabre, des scènes qui deviendront référentielles (la tentative de meurtre compromise par l’arrivée de voitures sur une route) ainsi que l’apparition de membres de la « famille Coen » comme Frances McDormand ou M. Emmet Walsh qui feront d’autres apparitions dans les films des deux frères.
Le scénario est également représentatif de la filmographie des réalisateurs. Sans temps morts, il enchaîne ses multiples rebondissements sans redondance ni surenchère. Le film brasse donc dans la plus parfaite harmonie des passages humoristiques, grinçants, sanglants, référentiels etc. Sans que jamais la cohérence de la narration en souffre. Le film ne s’embarrasse pas de prétention, et n’a d’autre objectif que de faire passer un bon moment au spectateur, ce que cette histoire novatrice et rythmée arrive à faire sans aucuns problèmes.

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Le talent de Joel et Ethan se situe dans leur maîtrise déjà parfaite du langage cinématographique et de la narration, qu’ils cachent derrière cette histoire simple en apparence. Jamais la mise en scène, d’une rare limpidité, ne perd le spectateur, et ce malgré l’utilisation abondante de travellings au ras du sol, de jeu avec la géométrie des décors et la profondeur de champs. Sans doute doit-on voir dans ces éléments la fréquentation de Sam Raimi ami et collaborateur des jeunes cinéastes (Joel a fait le montage de Evil Dead, et signe avec son frère le scénario de Mort sur le gril de Raimi, Tandis que ce dernier signe celui du Grand saut).

Bref, Sang pour sang est un petit film auquel on a du mal à ne pas vouer une sympathie proche de l’adoration tant il regorge de personnages attachants et de scènes d’anthologies (le nettoyage du lieu du crime ! Le duel final !).
Une très grande réussite, assurément.
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Messagepar Sir Gore » 19 Août 2007, 12:53

Une première oeuvre très réussie, sous forme de détonnante caricature du film noir. Un mélange de suspense, d'hémoglobine et d'humour macabre absolument génial. Un des meilleurs Coen brothers pour moi.
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Messagepar BRUNO MATEI » 15 Août 2012, 06:53

Tuer quelqu'un est très dur, très douloureux, et très... très long (Alfred Hitchcock)

Cette illustre citation caractérisée par le maître du suspense, Alfred Hitchcock, représente la partie centrale de Sang pour Sang, première réalisation des frères Cohen multi récompensée dans divers festivals. Hommage au film noir sur le déclin au début des années 80, cette farce sardonique est un concentré de suspense au vitriol jalonné de déconvenues impromptues !

Marty, un tenancier de bar décide de payer un détective véreux pour se débarrasser de sa femme infidèle ainsi que son amant. Mais rien ne va se dérouler comme prévu.

Pour une première réalisation au budget minimaliste, les frères Cohen entreprennent un véritable coup de maître dans leur dextérité à renouveler des codes traditionnels du genre. A partir d'un canevas éculé mainte fois exploité dans divers classiques du genre, nos deux réalisateurs complices se réapproprient du concept criminel agencé à l'adultère par un savant dosage d'humour noir et de réalisme acerbe. Un couple d'amants indécis de leur romance naissante va se retrouver confronté au subterfuge meurtrier d'un détective véreux payé par le mari jaloux. Déterminé à faire liquider les amants infidèles, Marty va se retrouver pris au piège d'un tueur à gage trop cupide et sans vergogne pour duper un à un le trio corrompu. Superbement photographié dans la contrée bucolique d'un Texas crépusculaire et transcendé par le score envoûtant de Carter Burwell, Sang pour Sang est un inépuisable jeu de massacre récursif. Une farce macabre à la limite de la parodie (la rancune du mari imbécile n'en finit plus d'être raillée jusqu'au point de non retour) où chaque adversaire antipathique exprime une austérité sournoise à contrecarrer son allié. En effet, les réalisateurs se prêtent un malin plaisir à nous caractériser le profil peu recommandable de personnages autonomistes, lâches et inconfiants dans leur désir de se dépêtrer d'un cadavre encombrant. La preuve éloquente d'un briquet à feu et la complicité indirecte de l'amant couard vont être les éléments déclencheurs de vicissitudes interminables entre le détective avide de retrouver son objet, et ce prétendant, persuadé que sa maîtresse est l'unique responsable du meurtre de l'époux.

S'ensuit une multitude de déconvenues à hauts risques pour le trio maudit alors que le premier responsable de cette machination criminelle va se retrouver sévèrement châtié pour trépasser d'une manière apathique et insupportable (d'où le leitmotiv publicitaire du film emprunté à Hitchcock!). Ce retournement de situation abrupt va relancer l'intrigue sur une série de situations grotesques où chacun des antagonistes ne saura plus où donner de la tête à savoir qui tire les ficelles de ce traquenard criminel. Avec cette rupture de ton alternant humour noir corrosif et réalisme macabre qui ébranlent toujours plus le spectateur déconcerté, les frères Cohen cristallisent un bijou de film noir à la diabolique inventivité. A titre d'exemple, un simulacre va nous être illustré pour le piège mortel intenté à l'un des antagonistes. En effet, celui-ci va être contraint de cribler de balle un mur étroit (jusqu'à le mettre en pièces par la seule force de son poignée !) pour tenter d'extirper sa main poignardée dans la pièce d'à côté, encastrée sur la palissade d'une fenêtre ! Au préalable, le spectateur à cru bon d'imaginer que les balles traversant la façade murale étaient logiquement adressées à la victime démunie, isolée dans l'appartement adjacent !

Superbement incarné par des trognes gouailleuses ou taciturnes, baignant dans une atmosphère opaque et superbement éclairé par son environnement naturel clairsemé, Sang pour Sang est une farce macabre à la dérision insolente. Un modèle de film noir, brutal et sanglant, mais d'une cocasserie incongrue dans cette suite de déboires imparties à l'hypocrisie humaine de personnages fourbes.
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