LE SANG DES TEMPLIERS
Titre Original: Ironclad
Réalisateur: Jonathan English.
Année: 2011.
Origine: Angleterre/U.S.A/Allemagne.
Durée: 2h01.
Distribution: James Purefoy, Brian Cox, Derek Jacobi, Kate Mara, Paul Giamatti, Charles Dance, Mackenzie Crook
Sortie en salles France le 20 Juillet 2011. U.S.A le 26 Juillet 2011.
FILMOGRAPHIE: Jonathan English est un réalisateur, scénariste et producteur anglais.
2002: Nailing Vienna
2006: Minotaur
2011: Le Sang des Templiers
Basé sur de véritables faits historiques, Jonathan English nous narre pour son troisième long-métrage la révolte des barons anglais contre le roi Jean sans Terre, héroïquement retranchés dans son château afin de repousser les belligérants toujours plus nombreux.
En 1215, le roi d'Angleterre, Jean sans Terre est contraint de signer la Magna Carta, une charte libertaire rédigée en faveur du peuple. Sévèrement dépité, celui-ci va revenir sur sa décision et tenter de reprendre ses terres et sa souveraineté avec la collaboration draconienne de mercenaires. Sur le point d'atteindre Londres, un obstacle de taille l'empêche de subvenir à ses ambitions égotistes. Son propre château de Rochester est occupé par le baron Albany ainsi qu'une poignée d'insurgés gouvernés par le chevalier templier. La bataille sera rude et sans répit !
A feu et à sang ! C'est ce que l'on retient de prime abord après avoir assisté à ce spectacle de série B d'une barbarie inouïe ! En narrant un fait divers du 13è siècle auquel une poignée de barons anglais affiliés à des rebelles volontaires tenirent tête à toute une armée de mercenaires, Le Sang des Templiers est une heureuse surprise inespérée. Tout l'inverse d'une bisserie déguisée comme justement le Dernier des Templiers avec Nicolas Cage, sorti récemment.
Si le film, humble dans ses intentions historiques, est très loin d'égaler les grands classiques du genre comme Braveheart, le Dernier des Mohicans ou Rob Roy, et qu'il manque une certaine densité dramatique dans le jeu modeste des personnages, la manière dont Jonathan English nous retranscrit l'époque moyenâgeuse privilégie un crédit d'authenticité qui fait plaisir à voir. Epaulé d'une photographie désaturée, les décors naturels pastels et surtout les monuments historiques disloqués par la violence des combats incessants sont mis en valeur dans une facture insalubre et grisante auquel le sang et la poussière se fondent au milieu du fracas des armes. Les uniformes impurs des guerriers intrépides et leurs lourdes armures maculés de sang participent à l'esthétisme rugueux de la mise en scène régie en plein coeur des combats. En prime, nous ne sommes jamais en face de superficiels personnages héroïques combattants pour épater son public avide d'action surenchérée.
Ce qui fait la force primordiale et l'intérêt inhérent de l'intrigue viennent des enjeux dramatiques octroyés aux deux clans opposés pour la préservation d'un château et la liberté individuelle prescrite par la Magna Carta. Les nombreuses séquences d'action qui émaillent le fil du récit sont conçues pour être au service de l'histoire, à l'inverse d'amuser la galerie. Tout comme chacun des protagonistes, qui, sans être transcendants, réussissent malgré tout à convaincre de leur tâche ardente dans une sobriété toute mesurée.
De surcroît, ses scènes guerrières très spectaculaires, nerveuses mais lisibles, se révèlent d'une violence cinglante, parfois même malsaine. Un degré de sauvagerie rarement atteint dans le genre médiéval. Ses péripéties ultra sanglantes se permettent donc d'abondantes giclées de sang aux plaies entaillées, tranchages de membres (dont une langue sectionnée façon La Marque du Diable !), décapitation, viscères étripées et même un corps coupé dans le sens de la longueur (remember Amazonia de Deodato en effet inversé !). Le tout est superbement réalisé sans jamais céder à la débauche purement gratuite et à contrario du sympathique Centurion de Neil Marshall, la présence des CGI ne nuit jamais à la crédibilité des scènes gores exposées.
C'est donc ce cachet authentique de la reconstitution moyenâgeuse décrite, son réalisme acéré sans esbroufe outrancière et la force psychologique de la trame illustrant l'honneur des guerriers valeureux qui rendent Le Sang des Templiers accessible, ludique, et enthousiasmant. Une série B qui diffère de la norme conventionnelle des produits de consommation pour symboliser avec sincérité un bel hommage à cette poignée de militants anglais qui auront réussi à tenir tête et combattre l'antagoniste au péril de leur vie pour le sens du sacrifice !
En tant que série B confectionnée sans prétention, Le Sang des Templiers est une bonne surprise pour l'amateur chevronné d'épopée épique et barbare. Hormis une interprétation dépouillée qui aurait gagné à être plus ambitieuse et étoffée, ce spectacle très sanglant prend son sujet au premier degré, sans fioriture, avec les moyens techniques adéquats mis à disposition. Sans être follement passionnant et intense, le rythme soutenu et le réalisme cru qui ressort de cette oeuvre immersive fait plaisir à voir.

