LE SANG DU CHATIMENT
Titre d'origine: Rampage
Réalisateur: William Friedkin.
Année: 1987.
Origine: U.S.A.
Durée: 1h37 (montage 1987). 1h31 (montage 1992).
Distribution: Michael Biehn, Alex McArthur, Nicholas Campbell, Art LaFleur, Billy Green Bush, Deborah Van Valkenburgh, Grace Zabriskie, John Harkins, Royce D. Applegate.
Sortie en salles en France le 23 Novembre 1988.
FILMOGRAPHIE: William Friedkin est un réalisateur, scénariste et producteur de film américain, né le 29 août 1935 à Chicago (Illinois, États-Unis). Il débute sa carrière en 1967 avec une comédie musicale, Good Times.
C'est en 1971 et 1973 qu'il connaitra la consécration du public et de la critique avec French Connection et L'Exorciste, tous deux récompensés à la cérémonie des Oscars d'Hollywood. A ce jour, il est l'auteur de 18 longs-métrages dont certaines oeuvres restent d'incontestables réussites que les défaveurs du temps n'ont pas pu usurper. (French connection, Cruising, l'Exorciste, Police federale Los Angeles, le Convoi de la peur, le Sang du chatiment, Bug).
Définition:
La peine de mort ou peine capitale est une peine prévue par la loi consistant à exécuter une personne ayant été reconnue coupable d'une faute qualifiée de « crime capital ». La sentence est prononcée par l'institution judiciaire à l'issue d'un procès. ...
La peine de mort aux États-Unis est appliquée au niveau fédéral et dans trente-cinq États fédérés sur cinquante que comptent le pays. Aujourd'hui, les États-Unis font partie du cercle restreint des démocraties libérales qui appliquent la peine de mort.
La peine de mort est diversement considérée selon les époques et les régions géographiques. A l'origine, peine très fortement développée à travers le monde, elle a été déconsidérée à l'époque des Lumières. Fortement en recul dans la deuxième moitié du XXe siècle, elle est actuellement dans une situation incertaine.
Deux ans après Police Fédérale, Los Angeles, polar high-tech transcendant la ville californienne et jonglant sans cesse autour des valeurs du Mien et du Mal, le pourfendeur William Friedkin lance un nouveau pavé dans la mare avec Le Sang du Châtiment. Un pamphlet à double tranchant sur l'épineux débat du problème de la peine de morte suggéré chez un accusé capable de commettre les plus abominables des crimes au nom de la folie ou sa raison.
Au hasard d'une demeure familiale, un inconnu accoutré de lunette noire et d'une veste rouge sonne à la porte et tire sans sommation sur sa logeuse âgée médusée. A l'intérieur de la maison, il continue son massacre en mutilant les parents de la propriétaire. Un peu plus tard, il continue sa virée meurtrière en assassinant une mère de famille retrouvée découpée en morceau et de son fils mystérieusement disparu. Appréhendé par les forces de l'ordre, le tortionnaire semble totalement dénué d'un quelconque remord et possède même un mobile sur ses exactions sanguinaires.
Oeuvre maudite sujette à dérangeante controverse et devenue depuis introuvable en support numérique, Le Sang des Châtiments est le genre de film antipathique que l'on n'ose à peine aborder, faute de son sujet scabreux beaucoup trop complexe et abstrait mais si essentiel et capital. D'après le roman "Rampage" de William P. Wood, (ancien avocat de la défense et co-scénariste du film), le Sang du châtiment s'inspire en partie d'un fait divers réel vis à vis du "Vampire de Sacramento". Un tueur en série américain, de son vrai nom, Richard Case, ayant sévit durant les années 70 pour se repaître du sang de ses victimes.
Dans un climat glaçant et malsain renforcé par une photographie blafarde et d'un score musical aigri, le prologue de cette éprouvante descente aux enfers tétanise d'effroi le spectateur avec l'estocade d'un inconnu agressant de manière aléatoire d'innocentes victimes confortablement installées dans leur cocon familial. Sans jamais verser dans une quelconque débauche outrancière, le caractère ultra réaliste des meurtres abjectes mis en exergue dans une âpre verdeur nous terrifie au plus haut point. Car elle touche de plein fouet dans l'inconscient collectif l'image chétive du citoyen lambda paisiblement réuni dans sa demeure alors qu'un étranger d'apparence docile décide de faire brutalement irruption pour faire voler en éclat leur fragile existence épanouie. Après un second massacre perpétré auprès d'une famille sans histoires, la narration va entrer de plein gré dans le vif du sujet en appréhendant furtivement le tueur qui n'oppose aucune résistance face aux forces de l'ordre. S'ensuit une expertise médicale et psychiatrique avant que l'accusé ne se retrouve assigné derrière les barreaux devant un tribunal mené par un procureur pro-peine de mort. En effet, il faut rappeler que ce jeune avocat est douloureusement affecté par la perte chère de sa fille décédée 6 mois auparavant d'une brutale pneumonie. Ce lourd sentiment intrinsèque d'injustice va inévitablement l'influencer à condamner sévèrement son accusé en prouvant qu'il était sain d'esprit au moment de ces exactions. Mais le tueur prénommé Charlie Reece aura su préalablement démontrer aux experts en psychiatrie que ses ambitions meurtrières étaient pleinement justifiées par son besoin vital de se repaître du sang de ses victimes afin de purifier son enveloppe corporelle avilie.
Paradoxalement, la rupture conjugale inopinée de l'épouse de l'avocat va le remettre finalement en question, à savoir s'il faut véritablement envoyer l'accusé à la chambre à gaz. Mais un revirement fortuit va empêcher la décision capitale à trancher si oui on non, ce tueur atypique méritait la peine judiciable d'une mort inquisitrice.
Mis en scène de manière brute et traversé par la hantise d'images cauchemardesques titillant l'esprit du spectateur, Le Sang du châtiment est un terrifiant constat sur le délicat parti-pris d'envoyer ou réfuter au bûcher un tortionnaire responsable d'ignobles crimes perpétrés envers des quidams candides. Si le film dérange aussi viscéralement, nous place dans un sentiment déstabilisant d'inconfort et ne nous laisse pas indemne à la fin de la projo, c'est dans notre éthique déterminante à approuver ou non la peine de mort chez le prévenu condamné. Si cet homme considéré comme dérangé mental par nos psychiatres notoires est apte à être soigné dans un institut spécialisé durant un laps de temps indéterminé pour peut-être un jour prochain retrouver sa liberté. Alors que ses victimes immolées auront péri dans d'abominables souffrances. Se pose évidemment la question toute aussi rigoureuse de la récidive si ce tueur lavé de ses pêchers décide en dernier recours à renouer avec l'homicide purement gratuit et licencieux.
Dans le rôle impassible et implicitement cynique du tueur au visage angélique sans vergogne, Alex McArthur est proprement sidérant de froideur, d'ambiguïté et de flegme monolithique. Il peut sans conteste être estampillé dans les portraits les plus terrifiants et réalistes de l'histoire des serial-killers au cinéma. Michael Biehn dans le personnage en demi-teinte de l'avocat (mi-ange, mi-démon) permet de saisir au spectateur, à travers son profil écorné, l'aubaine de remettre en question notre conviction sur le fait d'approuver ou non la peine de mort afin de tolérer la vie d'un meurtrier apte à se soigner et potentiellement guérir de sa maladie mentale.
Imprégné d'une ambiance malsaine tangible infectant la pellicule de Friedkin dans son portrait établi envers un tueur en série équivoque et glaçant de naturel, Le Sang des Châtiments est une oeuvre choc substantielle dont il est insoluble de ne pouvoir remettre en question nos valeurs d'éthique. La force de son brûlot pro-peine de mort pour finalement se reconvertir en désespoir de cause préjudiciable est de n'apporter aucune solution rédemptrice afin de laisser au spectateur sa théorie en suspens. En résulte un psycho drame à la terreur moite perturbante dans sa quête de nous brusquer viscéralement sur l'enjeu humain d'un abominable meurtrier victime de son existence anonyme.

