LA PUNITION
Réalisateur: Pierre Alain Jolivet.
Année: 1973.
Origine: France.
Durée: 1h30.
Distribution: Karin Schubert, Georges Géret, Amidou, Marcel Dalio, Claudie Lange, Anne Jolivet, Jean-Pierre Maurin, Jean Lescot.
Interdit au moins de 18 ans
Sortie Salle France: 28 Juin 1973
FILMOGRAPHIE: Pierre Alain Jolivet est un réalisateur et scénariste français né en 1935.
1968: Bérénice.
1969: Le Grand Cérémonial.
1971: Ca.
1973: La Punition.
1981: Haute Surveillance.
Cet ovni filmique introuvable (merci l'Antre !) est l'adaptation du roman autobiographique de Xavière Lafont, une jeune prostituée de luxe préalablement molestée par un proxénète dans la métropole Parisienne. Réalisé par un cinéaste ignoré, co-scénarisé et dialogué par Richard Bohringer, cette oeuvre insolite est rehaussée par la présence de Karin Shubert, actrice allemande discréditée par un destin infortuné.
Britt, une jeune prostituée est livrée de force à l'allégeance d'une clientèle crapuleuse, contrainte de subir divers sévices et humiliations dans une demeure décrépite.
Résumable en une ligne, la trame de La Punition aurait pu sombrer dans le vulgaire produit d'exploitation avec son alliage de sexualité déviante et de scènes de violence mises en exergue avec verdeur. Sauvegardé par la mise en scène expérimentale de Pierre Alain Jolivet, multipliant les angles de vue alambiqués et préconisant un climat malsain érigé autour de son décor restreint, La Punition fascine et dérange irrémédiablement. La galerie cynique de personnages extravagants, tous plus tordus les uns des autres, et son élégie musicale composée par Bookie Binkley nous entraîne dans une lancinante descente aux enfers réfrigérante. Le réalisateur réussit aisément à insuffler une véritable atmosphère atypique en centrant son décor principal dans l'insalubrité d'une salle à manger vide, à l'exception d'un toilette adjacent et d'un matelas à ressort déposé au milieu de la pièce.
Le scénario est souvent condensé à une succession de séquences cinglantes alternant violences physiques, humiliations et viols récursifs perpétrés contre une jeune prostituée par des misogynes putassiers. Mais la réalisation inventive particulièrement agressive distille lestement une atmosphère baroque souvent étouffante et diaphane. La bande-son parfois stridente privilégie également une sonorité hostile afin de renforcer son climat licencieux, surtout quand on perçoit d'une pièce avoisinante les hurlements moribonds assénés par une autre prostituée davantage prostrée.
En prime, la présence lascive de la sublime Karin Schubert accentue ce sentiment de nonchalance d'être témoin voyeuriste d'une allégeance vouée à l'outrage de son corps flagellé. Souvent mutique, hagarde et désorientée par les exactions masochistes de clients dépravés, elle réussit à attendrir et ébranler un spectateur jamais indifférent de son désarroi et sa beauté charnelle. Une comédienne loin d'être la banale potiche de service compromise par un cercle vicieux d'amants pourfendeurs, car épurée par sa dimension humaine lunatique et déchue.
En résulte une oeuvre hermétique, véhémente, glauque et volontairement déstabilisante qui ne peut laisser indifférent dans sa tentative ambitieuse de renouer avec les expériences pragmatiques. Une épreuve de force difficile d'accès qui ne pourra convaincre qu'un public averti. Mais La Punition a le mérite de proposer une expérience abrupte transcendée par sa réalisation fertile et sa thématique féministe sur l'exploitation de la femme réduite à l'asservissement misogyne. Venant de l'hexagone, on aurait tort de se priver d'un ovni aussi clairsemé.

