La Piel que Habito

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Messagepar BRUNO MATEI » 14 Décembre 2011, 17:05

LA PIEL QUE HABITO (la peau qui m'habite)
Réalisateur: Pedro Almodovar.
Année: 2011.
Origine: Espagne.
Durée: 1h57.
Distribution: Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes, Jan Cornet, Roberto Alamo, Eduard Fernandez, Blanca Suarez, Susi Sanchez, Barbara Lennie, Fernando Cayo.

Sortie en salles en France le 17 Août 2011. Espagne: 2 Septembre 2011. U.S: 14 Octobre 2011

FILMOGRAPHIE: Pedro Almodovar Caballero est un réalisateur espagnol né le 24 Septembre 1949 à Calzada de Calatrava dans la province de Ciudad Real et la communauté autonome de Castille-La-Manche, en Espagne.
1980: Pepi, Luci, Bom et autres filles du quartier. 1982: Le Labyrinthe des passions. 1983: Dans les Ténèbres. 1984: Qu'est ce que j'ai fait pour mériter ça ? 1985: Matador. 1986: La Loi du Désir. 1988: Femmes au bord de la crise de nerfs. 1989: Attache moi. 1991: Talons Aiguilles. 1993: Kika. 1995: La Fleur de mon secret. 1997: En chair et en os. 1999: Tout sur ma mère. 2002: Parle avec elle. 2004: La Mauvaise Education. 2006: Volver. 2009: Etreintes Brisées. 2009: La Conseillère anthropophage. 2011: La piel que Habito.

D'après le roman Mygale de Thierry Joncquet, le nouveau Almodovar est une pièce rare, un dédale ténébreux inversant les chronologies pour mieux nous surprendre dans une énigme tortueuse illustrant deux familles au passé galvaudé. Déroutant, âpre, vertigineux, d'une richesse formelle épurée transcendant la sculpture du corps érotique, ce drame d'amour fou est un hypnotique jeu de miroir dans la relation prohibée entre le monstre et son créateur.

Robert Ledgard est un chirurgien esthétique notoire ayant réussi à créer un épiderme artificiel pour préserver les êtres humains de maladies telle que la malaria. Avec l'aide d'un cobaye féminin du nom de Vera, ce médecin gravement éprouvé par la mort de sa femme et de sa fille élabore en secret une vengeance punitive mais aussi un nouvel espoir à renouer avec l'amour de sa chère défunte.

Extravagant dans sa mise en scène singulière et le profil établi envers ces personnages interlopes, La Piel que Habito ne cesse de jouer avec nos sentiments déroutés. Il titille notre curiosité fébrile fréquemment ébranlée par une intrigue vénéneuse multipliant les allers-retours du passé et du présent. Proprement inracontable, le script savamment mis en place par Almodovar et Joncquet se réapproprie des genres pour les distordre et amplifie sa dramaturgie au fil des révélations familiales dissociées.
C'est l'ambition démesurée d'un médecin torturé, surmené par les deuils d'une épouse infidèle et du suicide de sa fille qui nous est illustré d'une manière subjective par un réalisateur au sommet de son inspiration. En l'occurrence, Robert a réussi à ravir une ravissante jeune femme gracile, prise comme cobaye pour ses expériences chirurgicales afin de mieux préserver notre épiderme contre certaines maladies. Ou plus exactement sauver la mise de victimes de brasier d'un incendie criminel. Car depuis la mort de son épouse retenue prisonnière dans sa voiture carbonisée et celle de sa fille violentée par un styliste drogué, Robert décide d'accomplir une vengeance implacable contre son tortionnaire. Mais également concocter depuis des années une créature parfaite afin de renouer avec l'amour déchu d'une femme antécédemment coupable d'adultère.
Les personnages équivoques dépeints dans cette énigme à tiroirs ont tous un passé tortueux et des secrets inavoués tandis que la filiation parentale va les confronter dans leur psyché étroitement lié.

Dans la peau limpide et pastel d'une femme asservie aux expérimentations organiques d'un savant sans vergogne, Elena Anaya redouble de lascivité érotique dans son corps perfectible voué à un véritable simulacre d'une perte identitaire. Elle réussit viscéralement dans sa dernière ligne droite à retranscrire au spectateur ses états d'âme sévèrement commutés sitôt la révélation énoncée. Dans celui de son créateur damné, Antonio Banderas réussit avec sobriété et austérité à affilier ressentiments vindicatifs teintés de cynisme et compassion attendrie par l'influence perfide de sa divine créature. Ils forment à eux deux un tandem incongru dans leur relation en demi-teinte inscrite sur la rancoeur et la tendresse acculée.

D'une maîtrise virtuose impressionnante d'inventivité formelle dans sa beauté esthétique glacée, La Piel que Habito est un drame hermétique d'une puissance psychologique davantage contraignante assénée aux personnages sévèrement fustigés. Emporté par la grâce infortunée de ces deux protagonistes répréhensibles, l'oeuvre empoisonnée d'Almodovar réinvente l'art de narrer une histoire d'une richesse thématique contemporaine. C'est à dire notre rapport instinctif face à la fascination érotisée du corps charnel et notre perte de repère face à une identité fraudulée. Cette oeuvre épurée et funèbre bouscule les marques du spectateurs jusqu'à bouleverser notre morale dans son épineux épilogue aussi chétif que désarmant.
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BRUNO MATEI
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