Navigator

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Messagepar BRUNO MATEI » 23 Mars 2011, 07:46

NAVIGATOR
Titre Original: The Navigator: A Mediaeval Odyssey
Réalisateur: Vincent Ward.
Année: 1988.
Origine: Australie/Nouvelle Zélande.
Durée: 1h31.
Distribution: Bruce Lyons, Chris Haywood, Hamish McFarlane, Marshall Napier, Noel Appleby, Paul Livingston, Sarah Peirse, Mark Wheatley, Tony Herbert, Jessica Cardiff-Smith...

Date de sortie: U.S.A: Décembre 1988.

FILMOGRAPHIE: Vincent Ward est un réalisateur, scénariste, acteur et producteur néo-zélandais né en 1956 à Greytown (Nouvelle-Zélande).
1984 : Vigil
1988 : The Navigator: A Mediaeval Odyssey
1993 : Map of the Human Heart
1998 : Au-delà de nos rêves
2005 : River Queen

Une décennie avant la guimauve Au delà de nos rêves dominée par un mielleux Robin Williams, le méconnu Vincent Ward réalise en 1988 un chef-d'oeuvre du film d'aventures hors normes, inexplicablement condamné à errer dans l'oubli le plus éhonté depuis sa sortie en salles.

En 1348, dans un village anglais, la peste noire fait rage et créé l'affolement chez les habitants de la région.
Un groupe de villageois mené par un enfant doué de prescience décide de partir à la quête d'une cathédrale située à l'autre bout du monde pour entreprendre d'y déposer une croix. C'est à travers la vision précise d'un rêve prémonitoire que le jeune Griffin décide de convaincre ses camarades que seule une icone religieuse pourrait les protéger de la maladie mortellement contagieuse.
En creusant un profond tunnel, ils se retrouvent projetés quelques siècles plus tard, en 1988, dans l'agglomération urbaine du pays de la Nouvelle Zélande !


Attention ovni filmique venu de Nouvelle Zélande destiné à nous embarquer dans une aventure singulière proprement immersive et étrangement prégnante, à situer quelque part entre Bandits, bandits de Terry Gillian et le tristement célèbre Les Visiteurs de Jean Marie Poiret (avec son exécrable Okkkaaayyyy !).
L'oeuvre insolite est d'autant plus évasive et captivante qu'elle est interprétée par de formidables comédiens méconnus sortis tout droit de l'époque médiévale dans lequel ils tentent de nous convaincre.
Comme le sous-titre originel l'indique, cette odyssée médiévale conduite avec entrain par deux frères et leur quatre valeureux compagnons nous transporte dans un récit fantastique baroque et délirant retranscrit avec un souci de véracité qui laisse songeur.
En effet, de manière récurrente, nombre de séquences impromptues vont interférer pour nos héros envenimés par l'ambition héroïque comme le fait de devoir traverser la peur au ventre une autoroute bondée de circulation intensive, s'opposer contre les grues industrielles d'un chantier en plein travaux ou affronter à bord d'une barque, accompagné d'un cheval blanc, un sous-marin s'évacuant brusquement de la mer déchaînée. Sans compter qu'un peu plus tard, l'un des deux frères se verra plaquer contre la devanture d'un train en marche circulant à une allure effrénée ou le fait d'escalader en clef de voûte une gigantesque cathédrale pour y déposer une croix spirituelle.
Nombre de ces situations saugrenues et débridées transposées dans notre environnement contemporain auraient pu sombrer dans le ridicule (remember les pitreries bas de plafond des Visiteurs et d'un insupportable Clavier gesticulant comme un aliéné des répliques pétaradantes !) s'ils n'étaient pas mis en exergue dans une volonté drastique de nous convaincre avec sobriété face à l'exubérance d'un voyage temporel.
Une expédition semée d'embûches rationnelles, rendues extraordinaires par la faculté qu'ont nos héros à vouloir s'y mesurer et s'extasier de stupeur devant des éléments anodins de notre monde dit civilisé. Comme l'illumination féerique d'une métropole nocturne, l'apparence académique de nos véhicules routiers motorisés, la structure démesurée d'un navire submersible ou celle rectiligne d'un convoi à chemin de fer roulant à grande vitesse.

La force du récit alloué à un contexte historique médiéval illustrant une période noire de pandémie via la transmission mortelle de la peste est de nous relater avec frugalité, humour pittoresque et plages de poésie suggérée une allégorie sur la peur de la maladie et la mort qui s'ensuit octroyée au sens du sacrifice.
Car à travers les songes d'un enfant doué de pouvoirs divinatoires, Navigator entreprend par l'entremise du composant fantastique de nous conter avant tout le voyage initiatique d'une poignée de héros engagés dans leur solidarité et l'union de l'amitié avec une candeur humaine qui force l'admiration.

Doté d'une superbe photographie alternant le noir et blanc et les chaudes couleurs ocres et soutenu par une musique occidentale, religieuse et profane variant les chants courtois, Navigator est un chef-d'oeuvre atypique au pouvoir chimérique et de fascination qui laisse en état d'apesanteur sitôt le final mortifère achevé. Ultime point d'orgue d'un conte noir et fantasque clôturant un humble hommage pour un héros infantile voué au sacrifice pour l'honneur de sa famille.

Note: Le film aurait été couronné de 21 récompenses à travers le monde dont le Meilleur Film à Sitges, au Fantafestival, au New Zealeand Film and TV Awards et à l'Australian Film Institute.
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BRUNO MATEI
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