Fred Madison se produit chaque soir dans une boîte de nuit et mène apparemment une vie paisible avec sa femme Renee. Un matin, Renee découvre dans son courrier une cassette vidéo contenant des vues de sa maison, d'abord extérieure puis intérieure. Fred commence alors à cauchemarder jusqu'à ne plus faire de différence entre une réalité paniquée et un irréel onirique. Par ailleurs, son existence est menacée par l'apparition d'un homme à l'identité mystérieuse. Un soir, il rêve qu'il découpe sa femme en morceaux et finit condamné à mort. Il réussit à disparaître de sa cellule et un autre jeune homme prend sa place. Mais est-ce vraiment un songe ?
Psychotique, surréaliste, baroque et esthétisant, Lost Highway est l'uvre d'un malade. David Lynch noie le spectateur dans les abysses d'un univers noir et onirique, au risque de le laisser sur le carreau. Les vingt premières minutes ont l'allure d'un thriller horrifique à la terreur déstabilisante, puis subitement, après un premier meurtre, le cinéaste s'amuse à sauter du coq à l'âne en chamboulant l'histoire, les personnages et le lieu de l'action, mais l'on constatera lors d'une folle issue qu'à l'arrivée, les deux intrigues s'imbriquent l'une et l'autre. C'est Lynch et lui seul. Avec sa magnifique réalisation (limpide, précise et subtile), son atmosphère incroyablement envoûtante, sa fascinante galerie de caractères torturés, manipulateurs, singuliers, schizophrènes ou détraqués, sans omettre la bande-son crépusculaire qui rythme son récit déconstruit, Lost Highway est un film labyrinthique dans lequel il faut se laisser piéger, car si l'on s'obstine à y voir de plus près, notre excitation risque d'en pâtir.
9/10






