par SUSPIRIA » 24 Mai 2010, 08:41
Juste avant d'entamer la quadrilogie des "Armes fatales" et après avoir réalisé le superbe "Ladyhawke, le femme de la nuit", Richard Donner s'associe avec Steven Spielberg (meneur de barque en tant que producteur) et enchaine un film d'aventures familial dans la lignée du "Club des 5" matiné d'un soupçon d'"Aventuriers de l'arche perdue" alors dans l'air du temps.
Revoir aujourd'hui "Les Goonies" pour les trentenaires ayant été bercés durant leur adolescence par ces métrages euphorisants au haut pouvoir d'attraction comme "Explorers", "Stand by Me" ou "E.T", c'est comme retourner plaisament un bond en arrière, redécouvrir ses personnages favoris après nous avoir fait rêver du haut de nos 14 ans et se baigner avec nostalgie dans cette même aventure à la bonne humeur communicative, aux scènes comiques enlevés et à l'action bon enfant menée sans aucun temps morts et sans jamais se complaire dans la surenchère et l'outrance.
Un subtile dosage habilement entretenu ici qui ne sera malheureusement plus de la partie dans les années 90 et 2000 dans ces productions familiales incessantes pré-fabriquées, aseptisées de charme complice et vide d'émotion.
Ce qui surprend aussi quand on revoit le film, c'est justement cette association réussie d'enfants turbulents et mesquins jamais agaçants ou énervants. Au contraire, le fameux plaisir enfantin que l'on éprouve devant ces Goonies viendra en priorité dans la façon de dessiner leur portrait attachant, humain, drôle et sans prétention aucune de gamins rêveurs surmenés, excités par l'appât d'un fabuleux trésor concocté et enfoui quelque part depuis des siècles par le pirate Willy le borgne.
On sent que les comédiens en culotte courte s'en donnent à coeur joie dans cette chasse au trésor mouvementée semée d'embuches et ils retransmettent avec beaucoup de charme et de tempérament risible leur course effrenée à travers des terrains rocailleux, caverneux et aquatiques jonchés de pièges indociles.
Et pour pimenter l'aventure, nos goonies vont être pris à partie avec une bande de malfrats pieds nickelés décervellés décidés eux aussi à suivre la piste endiablée du trésor caché. Là aussi, les comédiens adultes expressifs se prennent la peine de participer mutuellement dans leurs exactions toutes plus bêtes et niaises les unes que les autres. Cette réunion de trognes loufoques est menée par une mama italienne autoritaire superbement campée par Anne Ramsey au physique patibulaire pour rire de mamie grognante. Il y a aussi le sympathique attardé "cynoque" monstre défiguré innofensif réduit en esclave enchainé, fils ignoré de mama Fratelli auquel l'un des enfants (le bedonnant et maladroit "choco") emprisonné avec lui va rapidement se prendre de sympathie et d'affection. Surtout quand Cynoque se décidera à se rebeller contre la mauvaise autorité et s'enfuir avec les enfants pour tenter de les sauver.
Toute cette aventure mouvementée, plaisante et loufoque nous conduira vers un final trépidant avec l'apparition surprise d'un gigantesque bateau pirate, vaisseau de navigation dantesque où l'action se situera à l'intérieur même de cette embarcation dans un flot de gags burlesques et d'action revancharde.
"Les Goonies" reste un excellent spectacle richement établi et définitivement un classique du cinéma d'aventure loufoque conçu pour toute la famille auquel les années n'ont eu aucune prise sur son pouvoir charmeur et attachant. Un plaisir évasif de nous laisser embarquer avec entrain dans une chasse au trésor pour rire commanditée à travers l'équipée de 7 adolescents débrouillards, propre reflet de notre riche adolescence rebelle, insousciante et innocente, éprise de rêve et de liberté.