Qui a tué Laura Hunt, une ravissante jeune femme qui doit une partie de sa notoriété au chroniqueur Waldo Lydecker ? L'inspecteur Mark McPherson mène l'enquête et interroge notamment Lydecker, qui considère Laura non seulement comme sa création, mais aussi comme un être lui appartenant.
Premier film majeur et reconnu d'Otto Preminger, Laura demeure également réputé comme étant la quintessence de son uvre, le point d'orgue d'une riche et exemplaire filmographie. Le temps ne semble avoir aucune emprise sur cet éblouissant polar réalisé en pleine apogée du film noir hollywoodien, fort d'un ensemble d'une perfection absolue.
Un casting magnifique
Le casting de Laura, à commencer par l'interprétation de la sublime Gene Tierney dans le rôle-titre, s'avère des plus judicieux. Clifton Webb est parfait dans son rôle de journaliste vieillissant rongé par la jalousie sentimentale, alors que le personnage de jeune dandy séducteur sied à merveille à Vincent Price; mais c'est sans compter sur l'excellente performance de Dana Andrews, en policier dont le sang-froid et les méthodes rationnelles permettent de ne pas se faire dépasser par les événements, qui finit par tomber amoureux de celle dont il enquête sur le meurtre. Ce quatuor de comédiens au diapason transcendent le film par la maestria de leur jeu, parvenant à susciter en nous bon nombre de sentiments: admiration, mépris, inquiétude, mystère ou passion.
Un scénario formidablement riche
Clairement un film de genre, Laura étincelle par l'ampleur de son scénario, inspiré d'une nouvelle de Vera Caspary, qui réserve maints rebondissements et retournements de situation pour le moins surprenants. La mécanique narrative est quant à elle huilée à la perfection, de telle sorte que l'on ne parvient à s'ennuyer la moindre seconde, chaque instant, chaque scène, chaque plan manifestant ainsi en nous une passion indescriptible. Lorsque l'enquête policière s'interrompt, elle le fait au profit de dialogues aux petits oignons, oscillant entre poésie glamour, humour à la fois piquant et léger et noirceur mélancolique. Malgré la courte durée du métrage, le récit de Laura apparaît comme foisonnant, captivant de bout en bout, supplantant sans problème quantité de pavés cinématographiques de plus de deux heures trente à ce niveau-là.
Une réalisation hors pair
Laura remportait en 1945 l'Oscar de la meilleure photographie, signée Joseph LaShelle. Il est vrai que rarement noir/blanc n'aura semblé aussi envoûtant, somptueux et tout simplement resplendissant, à l'époque de la sortie du film comme aujourd'hui encore. Le jeu des éclairages et les contrastes de luminosité, soignés tel un travail d'orfèvre, assurent une rivalité de taille face à l'étourdissante mise en scène d'Otto Preminger; le cinéaste privilégie la sobriété rigoureuse des cadres et des mouvements de caméra à l'esbroufe fumeuse, et ce sans jamais sombrer dans l'académisme pour autant, grâce à un montage brillant et énergique qui nest pas sans s'apparenter à celui d'uvres d'Orson Welles comme le génial Mr Arkadin (Dossier Secret). Cette maîtrise technique prodigieuse met en valeur la beauté des décors, principalement intérieurs, parfois symboliques (le portrait pictural de Laura, les mystérieuses horloges) ou alors plus discrets et effacés lors du déroulement de l'intrigue et des scènes de dialogues.
Une bande-son remarquable
Composée par David Raksin, la musique de Laura regorge de thèmes classiques, inhérents au cinéma hollywoodien de la grande époque, ce qui ne l'empêche pas d'avoir joui d'un véritable culte à elle seule par la suite; elle nous replonge par ailleurs non sans nostalgie dans une certaine période du septième art désormais révolue, mais dont le style et la portée restent intemporels.
La splendeur de Gene Tierney, la fantastique mise en scène de Preminger et le scénario ambitieux ont fait de Laura un cador du cinéma américain du siècle passé, qui se regarde à l'heure actuelle avec toujours autant de passion et d'admiration. Chef-d'uvre du film noir, sommet incontesté de la carrière d'un cinéaste immense, il fait partie de ces objets artistiques dont le nombre des années n'a en rien terni la puissance et la magie.
10/10
- Laura figure désormais dans mon top 5 cinématographique.
- Source résumé: allocine.fr

