par BRUNO MATEI » 04 Janvier 2012, 07:25
La vengeance est un plat qui se mange froid
Six ans après son hommage à la Blaxploitation de Jacky Brown, Quentin Tarantino s'approprie de l'univers nippon du Wu Xia Pian (film de sabre ou de chevalier-errant) et du film de samourai pour illustrer avec Kill-Bill un concentré d'action orgasmique enchaînant les moments d'anthologie en crescendo. Ce revenge movie flamboyant est également privilégié par le profil subversif d'un "mamba noir" personnifié par la prestance virile d'Uma Therman.
L'histoire d'une vengeance implacable et méthodique d'une jeune mariée sauvée in extremis d'une mort certaine. Par ordre chronologique, elle décide de supprimer les importants membres d'une organisation nommée Détachement International des Vipères Assassines. Un réseau mafieux commandité par leur chef Bill qui avait décidé de massacrer la famille de son ancienne tueuse à gage repentie, Mamba Noire.
Quentin Tarantino, plus motivé que jamais à se réapproprier instinctivement de ces références cinématographiques, nous concocte une fois de plus un jubilatoire jeu de massacre transcendé par le cheminement d'une mariée ensanglantée, unique survivante d'un massacre planifié.
Après avoir sombré dans un coma durant plus de quatre années, l'épouse préalablement enceinte décide d'accomplir une vengeance impitoyable envers les responsables de la mort de son mari et de sa fille. Cette ancienne tueuse à gage, experte en maniement du sabre et du kung-fu va amorcer un parcours du combattant pour affronter un à un des membres mafieux tout aussi robustes et pugnaces.
Pour ce premier opus impeccablement structuré avec un soin technique d'une inventivité virtuose, Tarantino mise l'accent sur l'action jouissive dans des chorégraphies d'art martial d'une beauté épurée. S'il soigne de manière assidue chaque ébauche spectaculaire confrontée aux combats de sabre ou aux armes blanches, il ne dénigre pas pour autant la caractérisation délétère de certains personnages. Comme ce mystérieux leader sans visage répondant au nom de Bill ou encore cette reine de la pègre de Tokyo, O-Ren Ishii, au passé galvaudé. Une matriarche insidieuse (Lucy Liu, impériale de noirceur raffinée) auquel son enfance avilie va nous être remémorée sous la forme d'un mini court d'animation pour illustrer la mort inéquitable de ses parents, perpétrée sous ses yeux par des assassins sans vergogne. Un somptueux conte laconique dépeint à la manière d'un manga ultra gore et violemment stylisé pour mieux décupler la souffrance morale d'une fillette prochainement livrée à l'errance meurtrière.
Mais c'est bien évidemment le jeu épidermique d'Uma Thurman dans un rôle physique rigoureux qui va transcender cette rancune vindicative si intense et haletante. Vêtue d'une combinaison jaune criarde et exacerbé par son regard de louve imperturbable, sa hargne inflexible, son tempérament flegme et son agilité vigoureuse à combattre toute une armée de Yakusa éclabousse l'écran de la première à la dernière seconde. A la manière de Bruce Lee dans le Jeu de la Mort, notre Mamba Noir va être contrainte d'achever sa besogne dans une succession d'épreuves physiques toujours plus ardentes afin d'éradiquer en point d'orgue final la baronne de la pègre, O-Ren Ishii.
La caractère insolite de nos personnages excentriques (les alliés masqués à la manière de Zorro, la collégienne en jupe écossaise accoutré d'une guillotine volante en forme de sphère, l'infirmière borgne au bandeau noir), physiquement accoutrés d'une tenue distinguée et empoignant des sabres aussi aiguisés qu'un rasoir acéré contribue à moderniser dans la forme une quête vindicative inspirée d'une culture asiatique ancestrale.
La recette hétéroclite fonctionne à plein régime, les couleurs sont fastes, la musique exalte l'ouïe, les péripéties bondissantes s'enchaînent nécessairement au service de l'histoire et leurs chorégraphies (supervisées par Yuen Woo-Ping, spécialiste des Wu Xia Pian) nous donnent le vertige.
La mariée était en jaune
Mené sans une once de répit avec l'accord musical de tubes fluctuants ancrés dans le lyrisme, visuellement splendide et émaillé de personnages mécréants savoureux, Kill Bill est un jubilatoire concentré d'action bourré de références toutes azimuts. En dehors de son spectacle généreux mis en exergue dans le défouloir décomplexé, Tarantino n'oublie pas pour autant de nous narrer une solide histoire de vengeance transcendée par le portrait d'une femme déchue en quête de justice expéditive. Avant de contempler dans un deuxième opus beaucoup plus dense et substantiel l'achèvement d'un criminel obscur répondant au nom de Bill, un ultime coup de théâtre nous est lestement maintenu dans l'expectative !
Récompenses:
Prix du Public au festival du film de Catalogne en 2003.
Award du Meilleur Montage au San Diego Film Critics Society
Saturn award du meilleur film d'action et de la meilleur actrice (Uma Thurman) en 2004
MTV Movie Awards de la meilleur actrice (Uma Thurman), du meilleur combat (la mariée contre Gogo Yubari) et du meilleur méchant (Lucy Liu) en 2004
Meilleur Réalisateur et Meilleure Actrice (Uma Thurman) au Empire Awards en 2004
Sierra Award du meilleur montage au Las Vegas Film Critics Society en 2004
