par konsstrukt » 17 Juillet 2008, 14:57
merci camarade, et ne t'inquiète pas, je me sens le bienvenu par ici. une atmosphère douillette jamais démentie par les amateurs de démembrements et de sang peu coagulé.
évidemment que vu ce que tu écris, baroque te va bien. moi, évidemment, j'écris en totale opposition à ça. c'est ça qui est chouette (je me répète, trois fois le mot chouette en deux post, je vais devenir papa, c'est peut-être ça qui me ramollit ?) dans l'art : tout le monde s'oppose et personne ne s'affronte. si la vie était comme ça on se ferait moins chier, moi je te le dis.
si on continue à parler chiffon, je dirais que le plus gros problème technique que je vois dans ce texte, c'est pas tellement l'usage des métaphores (encore qu'à mon sens, ce qui fait la forme d'une métaphore, c'est sa cohérence, c'est à dire choisi un champs d'action et ne pas en dévier ; toi tu serais plutôt partisan de tirer sur tout ce qui bouge. ça marche bien pour lautréamont, mais qu'à lautréamont de plus que toi ? le talent ? non, on s'en fout de ça. de plus que toi, il a deux cent cinquante pages là ou toi t'en as une demi. pour tirer dans tous les sens, il faut avoir de la place. sinon, ça rebondit contre les murs et ça pique un peu les yeux), c'est plutôt la rythmique des vers. ça boitille un peu aux césures, et, enfin c'est une impression, tu ne maîtrise pas bien les montées et les descentes, ou alors tu t'en tapes, et du coup ça fait des vers impossible à lire, parce que soit tout plat, soit en telles sinusoïdales qu'ils ne veulent plus rien dire.
et un autre truc, quand même, c'est les rimes. quand on fout du marasme décharné à toutes les phrases (et, disons, qu'on hurle à chaque vers qu'hors beaudelaire, mallarmé et nerval, point de salut), on peut pas se permettre des rimes en é/é ou en a/a un fois sur deux.
t'as l'ambition, camarade. mais ensuite, faut y aller au bout du truc. l'écriture que tu as choisi ne tolère pas l'approximation rythmique, ni la pauvreté de la rime. il y a beaucoup d'artisanat dans l'écriture que tu poursuis, et c'est comme tout : ça s'apprend.
quand tu joues du punk, le solfège, tu t'en tapes. mais si tu veux écrire un truc inspiré de satie, va quand falloir y passer. on n'y coupe pas.
voilà, c'était le sermon du jour.
et, de fait, je suis certain que ce que tu n'aimes pas dans mes textes, c'est pas du tout les thèmes, mais bien la nonchalance technique. techniquement, c'est très pauvre. en fait, y'a juste assez d'artisanat pour que mes textes soient impossible à écrire par un autre que moi. j'ai élagué, élagué, viré tout ce qui m'emmerdait, tout ce que j'avais pas envie d'apprendre à faire (de la rime riche, tiens, au hasard), tout ce qui me paraissait superflu (un vocabulaire flamboyant, par exemple), et avec ce qui me restait, j'ai fabriqué un modèle et un ensemble de règles simples et efficaces.
on n'écrit jamais sans règle, mais y'a deux camps. ceux qui entrent dans un carcan éprouvé par d'autres auteurs, et ceux qui fabriquent leur petit carcans eux-même. aucun ne vaut mieux que l'autre, ça dépend de ce qu'on a à dire, au fond.
voilà.
à bientôt !