Intouchables

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Messagepar BRUNO MATEI » 20 Décembre 2011, 17:02

INTOUCHABLES
Réalisateurs: Eric Toledano et Olivier Nakache.
Année: 2011.
Origine: France.
Durée: 1h52.
Distribution: François Cluzet, Omar Sy, Anne Le Ny, Audrey Fleurot, Clothilde Mollet, Alba Gaia Bellugi, Cyril Mendy, Christian Ameri, Marie-Laure Descoureaux.

Sortie en salle en France le 2 Novembre 2011.

FILMOGRAPHIE: Olivier Nakache est un réalisateur, scénariste et acteur français, né à Suresnes le 14 Avril 1973. Il travaille souvent en coréalisation avec Eric Toledano. Il est le frère de l'actrice Géraldine Nakache.
Eric Tolédano est un réalisateur, scénariste, acteur et dialoguiste français né le 3 juillet 1971 à Paris. Il travaille régulièrement avec Olivier Nakache sur l'écriture et la réalisation de longs-métrages.
2005: Je préfère qu'on reste amis...
2006: Nos jours heureux
2009: Tellement proches
2011: Intouchables

D'après l'histoire vraie d'une étonnante amitié entre un tétraplégique (Philippe Pozzo di Borgo) et un jeune black de banlieue, Intouchables est le succès surprise de cette fin d'année 2011. Une bouffée d'air frais sur la confrontation du choc des cultures et des générations opposées sans excès de sensiblerie ni raillerie racoleuse pour la caractérisation d'un handicapé démoralisé. Une oeuvre sensible tenant du miracle qui rassemble sans préjugé les classes sociales contradictoires.

Pour continuer de toucher les assedics, un jeune de banlieue repris de justice décide de postuler pour l'aide à domicile d'un tétraplégique aristocrate. Leur relation au départ intempestive va aboutir à une complicité amicale indétrônable.

Conçu dans le moule de la comédie familiale tous publics, Intouchables avait de quoi laisser perplexe les allergiques aux produits franchouillards pullulant systématiquement sur nos écrans dociles chaque mercredi de l'année. D'autant plus que cet énorme succès surprise que personne n'attendait concoure pour transcender les chiffres d'affaires démesurés d'un autre succès antinomique assez contredit (à tort ?), Bienvenu chez les Ch'tis.
Si je peux me permettre de rassurer les réfractaires à la comédie nordiste de Danny Boon, le film du duo indissociable Eric Toledano et Olivier Nakache n'est en rien un vulgaire succédané bêtifiant et impersonnel comme on en voit trop régulièrement dans notre paysage hexagonal.
Cette histoire d'amitié entre un tétraplégique nanti et un banlieusard marginal réussit sans peine à provoquer les éclats de rire incontrôlés et leur tendresse affectée dans un subtil alliage de situations jamais redondantes et de réparties verbales foisonnantes de vigueur. Si Omar Sy doit énormément au potentiel comique de ces facéties dans sa spontanéité désinvolte, nos deux réalisateurs n'oublient pas pour autant de nous conter une poignante histoire d'amitié d'une riche dimension humaine. En effet, en confrontant le choc des cultures aux générations distinctes, leur complicité impromptue tend à unifier, rassembler les mentalités scindées par leur classe financière. Avec l'aisance naturelle d'un banlieusard flâneur dénué d'ambition mais soudainement compromis à épauler le quotidien d'un tétrapleugique nanti, Intouchables démontre sous l'alibi humoristique notre frêle manière d'appréhender le malade voué à une grave déficience physique. Mais avec l'indifférence de Driss, jeune délinquant issue d'une famille difficile et vivant dans un climat insécuritaire déprimant, sa précarité imposée depuis l'enfance va le ramener à une raison morale légitime sous la condition bourgeoise d'un aristocrate collectionneur de peinture abstraite. Par l'échange des loisirs (la musique classique épurée affiliée à la funk et au disco), la communication désinhibée de driss et le respect d'autrui par l'éducation parentale (le jeune frère de Driss et un rouleur de mécanique sur la corde raide tandis que la fille de Philippe est une potiche capricieuse et impertinente), leurs péripéties insolentes vont favorablement s'engager vers un épanouissement existentiel. Un équilibre mental leur sera donc octroyé pour mieux affronter une société rigoureuse adepte du politiquement correcte et des doctrines conservatrices.

Si l'interprétation perfectible d'Omar Sy manque parfois d'une once de justesse dans ses tribulations délurées, l'acteur ne manque pas de potentiel à nous insuffler sa bonhomie et sa soif de survie sans excès rébarbatif ni vulgarité verbale. Son show de taquineries et pitreries assénées à son compère Philippe réussit lestement à provoquer le rire sans verser dans la gaudriole ou l'esbroufe. François Cluzet réussit admirablement à éluder la complaisance dans sa condition austère de victimisation renouant avec la vivacité existentielle (l'envolée lyrique en delta plane et une bouffée d'air frais incroyablement tangible et exaltée !). L'empathie que l'on éprouve envers son lourd handicap n'est jamais outrancière car elle nous inculque avec une sobre simplicité l'intelligence de ne jamais s'apitoyer sur le sort d'une pathologie drastique.

Mené à un rythme effréné et emmené par un duo irrésistible et inopiné, Intouchables est LA comédie surprise de l'année ! Un antidépresseur radical dans son intelligence à nous rappeler que la vie est une denrée précieuse qu'il faut savoir pleinement savourer quelque soit nos contraintes imposées par les infortunes de l'existence. L'abatage d'Omar Sy en pleine reconnaissance prometteuse et la prestance flegmatique de l'excellent François Cluzet réussissent à nous séduire et attendrir sans misérabilisme ni mièvrerie poussive. Hymne au miracle de la vie, ode aux valeurs de l'amitié sempiternelle, Intouchables scande l'euphorie hilarante sans modération avant de nous bouleverser dans un épilogue humble, transcendant l'amitié cordiale entre deux hommes inséparables.
Son succès déraisonné n'est cette fois-ci en rien prohibé et mérite sincèrement toutes les louanges dithyrambiques (en dehors d'une Amérique orgueilleuse, puritaine et rétrograde). Un futur classique de la comédie populaire transcendée par sa riche dignité humaine et sa tolérance confrontée aux mentalités antinomiques.
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BRUNO MATEI
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