Infernal Affairs 2 -
Andrew Lau & Alan Mak (2003)
Réalisé en conséquence du succès commercial d'
Infernal Affairs, ce second volet prend en réalité la forme d'un prologue illustrant les premiers pas dans la police, la pègre et les infiltrations respectives des deux personnages principaux de l'histoire; un bon prétexte pour exploiter de jeunes talents, Edison Chen et Shawn Yue, remplaçant non sans un certain bonheur les deux monstres sacrés Andy Lau et Tony Leung, dont ils représentent la jeunesse. S'il y a une chose que l'on remarque clairement dans
Infernal Affairs 2, c'est cette volonté de contrer l'aspect mainstream du premier opus, d'opérer dans un registre moins accessible tout en évitant la glissade - inutile - dans un ravin trop intimiste ou expérimental. Ainsi, les rebondissements scénaristiques excitants et le rythme mené tambour battant d'autrefois cèdent ici souvent leur place aux séquences plus longues et à des plages de dialogues plus importantes. Rien de cela n'empêche évidemment la manifestation de scènes d'action sèches, dotées d'un visuel moderne (qui a dit qu'il s'agissait forcément des sempiternels excès stylistiques post-matrixiens ?), et même si leur utilisation demeure parcimonieuse, elles gagnent en terme de violence à l'aune du premier film.
Infernal Affairs 2 a dès lors de quoi décevoir ceux qui s'attendaient à une surenchère dans les morceaux de bravoure et les twists scripturaux à sensation, à la manière de la plupart des suites de blockbusters, car il ose plus ou moins le contraire. Et le moins qu'on puisse dire, c'est que ça marche.
Le récit démarre en 1991, où l'on retrouve le génial Anthony Wong dans le rôle d'un inspecteur de police aux méthodes parfois trop ambitieuses pour ne pas franchir les bornes de la légalité, qui s'est mis dans la tête de neutraliser les tenanciers de la pègre locale, non sans l'aide d'un caïd du nom de Sam lui permettant d'obtenir des renseignements pour le moins utiles. Depuis la mort du père, le fils aîné d'une famille de gangsters que l'on pourrait assimiler en quelque sorte à la dynastie Corleone voit rouge, et en l'espace de six ans, Wong mettra tout en uvre pour stopper ses activités. Les débuts de carrière des deux héros de la saga nous sont contés en parallèle, l'un parvenant à s'infiltrer dans la police, l'autre dans le banditisme, respectivement en bon truand et en bon flic. Néanmoins, le personnage le plus fort de cette préquelle demeure incontestablement l'inspecteur Wong, une occasion pour Anthony Wong de livrer là l'une de ses performances les plus époustouflantes, qui démontre par ailleurs une fois de plus ses capacités d'acteur-caméléon (nous sommes ici aux antipodes des rôles de tueur timbré qu'il a joués sous la direction d'Herman Yau), passant du voyou au héros, du traître au brave, du minable à l'influent, et ce avec une facilité et une maestria proprement uniques. Un comédien énorme qui tend toutefois à éclipser les novices Edison Chen et Shawn Yue, ceux-ci se contentant de jouer la carte du - très - sobre, tout en restant fort crédibles.
Pour une certaine tranche du public ainsi que pour le tandem Andrew Lau - Alan Mak lui-même,
Infernal Affairs 2 supplante ni plus ni moins le numéro un en faisant montre d'une approche plus personnelle et en se voulant encore plus racé; l'on n'ira sans doute pas jusque-là, cette préquelle n'en atteignant pas tout à fait la même densité dramatique et le même script en béton armé qui lui permit de figurer dans le nouveau souffle du polar HK au même titre que les meilleures productions Milkyway sorties ces dix dernières années. L'intérêt se trouve ailleurs, pour autant que l'on fût captivé par le prototype de la saga mais également par ses personnages: le fait de replonger dans leur passé tout en développant une nouvelle intrigue policière n'était pas un gage forcément facile à scénariser puis à mettre en scène, mais la brillante plume de Felix Chong et l'efficacité remarquable du duo Lau - Mak ont fait mieux que de l'honorer, ils l'ont transformé en véritable tour de force. En dépit de la volonté de faire tourner à tout prix deux jeunes stars du cinéma hongkongais actuel, ce qui a amené l'élaboration de ce retour aux sources, rien ne paraît avoir été traité de manière contraignante, tout fonctionne comme sur des roulettes et se suit avec un étonnant plaisir. On en vient à repenser au
Parrain 2 qui suivait les mêmes règles dans le sens où il se voulait moins accessible que le premier opus et ne possédait pas la vedette Marlon Brando dans son casting (Al Pacino n'ayant encore pas réellement acquis la renommée d'aujourd'hui); malgré ce que l'on pouvait considérer comme des handicaps, il parvenait à faire presque aussi bien que son prédécesseur, voire l'égaler, sinon même, pour plusieurs, le supplanter. D'ailleurs, la comparaison entre la saga américaine et celle hongkongaise ne s'arrête pas là: outre le fait que les deux forment une trilogie, on y ressent un traitement narratif et émotionnel semblable, bien que les lieux, les époques et le jeu des comédiens les diffèrent sensiblement.
Infernal Affairs 2 est une uvre essentielle pour les inconditionnels du premier film, mais guère uniquement pour ces raisons: une réalisation exemplaire, un récit dense et foisonnant, des personnages étoffés et de très bons interprètes font de lui un
must see du polar HK contemporain, carrément majeur à défaut de surpasser les qualités rares de son modèle, qui prend par contre plus de risques et se révèle même davantage audacieux d'une certaine façon. Une réussite certes point dénuée de menues faiblesses (quelques lenteurs) mais bien souvent passionnante et exceptionnelle en de nombreux points.
8/10
