IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST
Titre Original: C'era una volta il West
Réalisateur: Sergio Leone.
Année: 1968.
Origine: Italie/U.S.A.
Durée: 2H46.
Distribution: Charles Bronson, Henry Fonda, Claudia Cardniale, Jason Robards, Gabriele Ferzetti, Frank Wolff, Lionel Stander, Keenan Wynn, Paolo Stoppa, Jack Elam, Woody Stroode.
Sortie Salles Italie: 21 Décembre 1968. France: 27 Aout 1969.
FILMOGRAPHIE: Sergio Leone est un réalisateur, scénariste et producteur italien, né le 3 Janvier 1929 à Rome, décédé le 30 Avril 1989.
1959: Les Derniers Jours de Pompéi, 1960: Sodome et Gomorrhe, 1961: Le Colosse de Rhodes, 1964: Pour une poignée de Dollars, 1965: Et pour quelques Dollars de plus, 1966: Le Bon, la Brute et le Truand, 1968: Il Etait une fois dans l'Ouest, 1971: Il était une fois la Révolution, 1973: Mon Nom est Personne (co-réalisé avec Tonino Valerii), 1975: Un Génie, deux Associés, une Cloche (co-réalisé avec Damiano Damiani), 1984: Il Etait une fois en Amérique, 1989: Les 900 jours de Leningrad (inachevé).
Fondateur du western spaghetti, Sergio Leone réalise en 1968, juste après l'achèvement de sa trilogie du dollar, la quintessence finale du genre, Il Etait une fois dans l'Ouest. Une clef de voute emphatique hantée par la partition musicale d'Ennio Morricone pour entrer dans la légende du 7è art. Paradoxalement, à l'époque de sa sortie US, il fut un échec commercial et critique alors que quelques scènes seront même censurées ! (22 minutes sont ôtées pour privilégier sa durée écourtée du nombre de séances projetées). Certaines sources affirment que le rôle attribué à l'illustre acteur Henry Fonda dans celui d'un tueur d'enfant était débouté par le public américain, rebuté d'une composition à contre-emploi aussi immorale. Quatre scénaristes ont été crédités pour la réalisation du projet, dont le célèbre réalisateur Bernardo Bertolucci. Mais c'est au débutant Dario Argento à qui l'on doit de sa funeste signature la fameuse séquence d'anthologie illustrant avec sadisme licencieux une mise à mort machiavélique flagellant une victime par pendaison !
Dans l'Ouest des États-Unis, près de Flagstone, la conception d'une ligne de chemin de fer est en projet. Attendu par un trio de tueurs déterminés, un inconnu accoutré d'un harmonica descend d'un train arrivé à destination et abat méthodiquement ces trois rivaux Dans cette contrée en pleine mutation pour l'entreprise de la modernité urbaine, l'homme sans nom est à la recherche de Frank, un impitoyable tueur à gages responsable de la mort de son frère et affilié au directeur cupide de la construction du chemin de fer, Morton.
Dès les premières secondes du préambule aphone, Il Etait une fois dans l'Ouest nous attèle avec jubilation à une introduction semi-parodique auquel un trio d'individus suspicieux attendent patiemment l'arrivée d'un train pour exécuter l'homme qui doit en descendre. Dans un quasi mutisme elliptique, les dix premières minutes rivalisent d'inventivité et de maîtrise dans la gestion du plan large et des cadrages alambiqués pour ausculter les regards sournois de nos protagonistes interlopes aux trognes patibulaires de bandits mesquins.
Un air d'harmonica est soudainement entendu derrière le train alors qu'un homme mystérieux dévoile sa silhouette avant d'envisager de supprimer le trio d'assassins. Cet air musical concis, se répétant à l'infini est un lointain écho lancinant afin d'annoncer la mort redoutée. Le ton lyrique est donné ! Ce western crépusculaire sera opératique, nonchalant, élégiaque et flamboyant dans son florilège d'émotions scandées par une inoubliable partition musicale d'une rare acuité romanesque, voire aussi cinglante dans les moments les plus dramatiques.
Sergio Leone, qui ne souhaitait pas de prime abord réentreprendre un nouveau western (il envisageait plutôt de mettre en scène l'univers contemporain du gangstérisme dans les années 1920 avec Il Etait une fois en Amérique, avant le désistement des producteurs), réalise ici le point d'orgue funèbre afin d'annoncer la fin d'une époque obsolète dans l'Ouest sauvage. Il nous narre donc une dernière fois la destinée désespérément esseulée de cow-boys marginaux sur le déclin avant qu'un nouveau monde ne dévoile son visage envers l'ambitieux projet capitaliste d'une construction de ligne de chemin de fer.
A travers le thème de la vengeance abrupte alimentée par le deuil familial insurmontable, nos personnages au caractère distinct vont se rencontrer, se fréquenter, s'agencer au mal pour deux d'entre eux (le viol de Jill McBain commis par le responsable du massacre de sa famille, l'homme à l'harmonica décimant les comparses de Frank venus l'assassiner) pour entamer leur devise, sauver leur vie et oublier leur morne existence. Durant ce long cheminement entrepris pour un motif vindicatif, la mort semble planer sur chacun de nos anti-héros condamnés à survivre dans une solitude amère à l'aube d'un Ouest en mutation.
Dans un florilèges de séquences d'anthologie d'une grande intensité empathique, la vengeance impitoyable qui était le pilier central culmine enfin son apogée dans un flash-back révélatif hallucinant de perversité déloyale. Ce moment tendancieux va enfin révéler au spectateur une réminiscence torturée illustrant avec l'âpreté rugueuse d'un soleil écrasant une mise à mort machiavélique par pendaison. Un acte odieusement cruel incriminant contre son gré un frère obligé de supporter du poids de ses épaules un aîné attaché d'une corde au cou, élevé au sommet d'une arche. Pour amplifier ce marasme commun administré à deux frères suppliciés, l'instrument musical d'un harmonica sera imposé dans la bouche du jeune garçon afin d'accélérer l'agonie fatale de son frère déprécié. On comprend dès lors que cet instrument à vent monocorde entendu durant tout le film n'était donc qu'une mélodie funéraire afin de rappeler et présager le dernier souffle d'agonie avant de mourir (à la fin de la vengeance accomplie, l'appareil musical sera cette fois-ci administré dans la bouche du bourreau).
Après ce duel laconique envisagé depuis des décennies entre deux rivaux réunis pour un affrontement légendaire, la potentielle romance escomptée par la veuve démunie Jill McBain est ici éludée d'une quelconque rédemption amoureuse. Puisque chacun repartira indépendamment avec sa terne solitude et ses souvenirs néfastes avant que la mort ne rattrape une ultime fois un bandit reconverti.
Charles Bronson n'aura jamais été aussi magnétique que dans ce personnage flegme et taciturne au regard inflexible impénétrable. Un homme sans identité condamné à mûrir une vengeance implacable pour le compte d'un tueur qui aura machiavéliquement prémédité la mort de son propre frère. Sa posture rigide de cow-boy errant jouant simultanément un air d'harmonica de façon intermittente distille une aura hermétique à chacune de ses apparitions. Celle d'une démarche contrôlée d'un état d'esprit hanté par un passé inéquitablement mortuaire. La radieuse et sensuelle Claudia Cardinale endosse avec fragilité meurtrie puis aigreur lamentée celle d'une prostituée au grand coeur qui avait décidé de rompre avec son passé racoleur pour l'amour sincère de son riche époux. Mais le massacre perpétré envers cette nouvelle filialité tant idéalisée démotivera de prime abord une femme endeuillée, mais délibérée à rester combattive, garder la tête haute pour présager un nouvel avenir en effervescence. Dans le personnage licencieux de tueur d'enfant sans vergogne, Henry Fonda déconcerte au plus haut point pour ceux qui s'attendaient à ce que l'acteur bellâtre compose un rôle instinctivement docile. Enraciné dans la lâcheté, l'immoralité, le mépris et la violence gratuite, il excelle et fascine dans une tenue vestimentaire opaque à insuffler un regard indocile bleuâtre inscrit dans la perversité et le sadisme sournois. Jason Robards en bandit empathique et vieillissant apporte une touche de compassion cordiale dans son soutien loyal à l'homme à l'harmonica et à la veuve auquel il semble timidement épris d'affection.
IL ETAIT UNE FOIS L'OUEST NOUVEAU ou L'ADIEU AU WESTERN SPAGHETTI.
Mis en scène avec la maitrise assidue d'un pionnier du western italien motivé par la perfection, Il Etait une fois dans l'Ouest est une danse baroque avec la mort, un opéra lyrique inscrit sur l'emphase stylisée et l'accord musical d'un artiste prodige, magnifiant le destin de personnages aigris dépassés par les évènements d'une époque révolue. Avec la densité d'un scénario admirablement structuré, ce dernier western ancré dans une mélancolie chétive dépeint en outre le magnifique portrait d'une femme accablée lourdement endeuillée mais motivée à regagner son honneur, sa fierté et son autonomie féministe, unique protagoniste prête à s'adapter malgré tout à la nouvelle civilisation. Enfin, cette sombre histoire de vengeance obsédante décrit l'achèvement d'un aventurier silencieux insoluble à co-exister, préférant s'éloigner d'une époque récente pour s'effacer vers une horizon indéterminée.

