Le droit de tuer

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Messagepar Killjoy » 12 Avril 2009, 16:36

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aka "The Exterminator"
Ancien membre des commandos pendant la guerre du Vietnam, un homme décide de passer à la vitesse supérieure en appliquant sa justice lui-même suite à l'agression brutale d'un de ses collègues de taf !
Il n'y va pas par quatre chemins et cherchera par tous les moyens les commanditaires de la dite agression et les occira jusqu'au dernier !
Fleurant bon les années 80, ce film culte des vidéoclubs (et ce n'est pas Susu qui me contredira ;) ) a quand même sacrément pris un coup de vieux !
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Malgré des passages d'une brutalité incroyable (un chien tué au couteau électrique -hors champs, bien sur-, une prostituée junkie cramée, une décapitation manu militari au couteau et un broyage humain -effet très mal rendu d'ailleurs à cause d'un montage improbable-),

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on retrouve l'incroyable Robert Ginty ("Vivre pour survivre", un habitué des nanars avec brushing) et un dénouement insultant pour la justice (les flics qui passent leur temps à copuler avec l'infirmière alors que c'est le bordel dehors), ce sous - sous "Death wish" fait pâle figure et a mauvaise mine à côté de Paul Kersey - Charles Bronson- et ne reste qu'un pâle avatar du film d'autodéfense dont il se réclame outrageusement !
Bref, on le voit une fois mais pas deux !
La suite n'est pas terrible non plus !

4/10
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Messagepar ottorivers » 12 Avril 2009, 17:28

A lépoque, il avait fait grand bruit, à cause de la scène de décapitation au vietnam, ou la tête est à moitié découpé au ralentit.
Mais à part ça, le reste est plutot soft, même le type qui tombe dans le hachoir à viande à la fin, et l'action un peu molle je crois.
Une autre époque;
Le 2 était plus fun dans l'esprit du "justicier 3" de Bronson, avec des Punks Mad Maxiens, plus con mais plus jouissif; Il va les chercher avec une benne à ordure.
Avec Mario Van Peebles jeune en chef des méchants.

Les jaquettes déchiraient plus que les films;
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Messagepar SUSPIRIA » 12 Avril 2009, 21:38

Bon je vais faire le gros paresseux là mais je suis plutôt d'accord avec Mr Francis Moury qui avait écrit ce qui va suivre en Novembre 2003:

Le chef-d’œuvre de James Glickhenhaus, qui assure la pérennité de son nom dans l’histoire du cinéma et lui permet d’accéder au rang de producteur indépendant dès son film suivant : The Soldier/ Le soldat (1982). Intelligent et très brillant fleuron dans la lignée des films d’autodéfense (que Death Wish/Un justicier dans la ville de Winner avait initiée en 1974) et qui allie heureusement deux genres : film noir et film de guerre.

James Glickenhaus ne retrouvera jamais, en tant que metteur en scène, une aussi parfaite adéquation entre le fond et la forme. Du moins en ce qui concerne les films que nous avons pu voir en France, car Suicide Cult (1979), par exemple, n’est pas parvenu jusqu’à nous. The Soldier/Le soldat (1982) et Shakedown/Blue Jean Cop (1988) sont plastiquement tout aussi achevés et photographiés (celui de 1982 par le même talentueux Robert M. Baldwin) mais n’ont pas la même unité dramatique, ni la même densité psychologique. Quant à McBain (1991), en dépit d’un budget confortable et la présence prometteuse de Christopher Walken, diffusé comme simple téléfilm en France, il est décevant. En revanche, Glickenhaus, associé à Shapiro, obtient de belles réussites comme " producer " avec Maniac Cop (William Lustig, 1988) dont les deux premiers tiers étaient remarquables et Frankenhooker (Franck Hennenlotter, 1990), l’une des plus originales variations sur le livre de Mary W. Shelley.
Il y a d’ailleurs un signe qui ne trompe pas, c’est que The Exterminator est un " money-maker " alors qu’il est joué par des acteurs qui ne sont pas des vedettes au box-office de l’époque. Christopher George, ancienne star de la T.V. et Samantha Eggar (la vedette de The Brood/Chromosome 3 — David Cronenberg, 1979) sont certes des noms connus du public américain ; Steve James va bientôt devenir une " black-star " chez Mémé et Yoyo, mais enfin…
Or, ils sont ici tous trois remarquables.
Pari risqué : donner le rôle principal à Robert Ginty qui n’est connu du public français que par une courte apparition de quelques secondes dans le rôle d’un vendeur de ballons dans le stade du très beau Two minutes Warning/Un tueur dans la foule (Larry Peerce, 1976) !
Il trouve ici le rôle de sa vie.
Quant aux seconds rôles, ils sont tous bons. La direction d’acteurs est sans faille et le rôle créateur du metteur en scène est évident.
 
Le pré-générique vietnamien de The Exterminator est l’une des plus belles séquences de nuit jamais filmées au cinéma. L’une des plus cauchemardesque (la décapitation du prisonnier américain) et des plus inquiétantes aussi. Elle offre une sorte de synthèse des séquences analogues vues dans Dead Night (Le mort-vivant, 1971) de Bob Clark, Search and Destroy (L’exterminateur, 1980) de William Fruet ou Go Tell the Spartans (Le merdier, 1977) de Ted Post. William Friedkin se souviendra de toutes ces séquences dans son admirable moyen-métrage The Nightcrawlers diffusé dans la série Twilight Zone. Il est incontestablement une des raisons majeures du succès du film et sa puissance dramatique, vingt ans après, n’a pas pris une ride. On conseille sa vision à tout étudiant prétendant apprendre ce qu’est le cinéma moderne.
Le générique proprement dit (vues nocturnes de New-York enchaînées en majestueux fondus et en enveloppant panoramiques) est une prouesse technique depuis souvent pillée : il ressemble à du Piranèse sur pellicule.
Le plus petit détail, le moindre plan, l’action en apparence la plus anodine sont rapportés les uns aux autres avec sûreté. L’écriture du scénario et le découpage sont pointillistes, souvent sophistiqués. Et parfois matière à de surprenants morceaux de bravoure : le patron de la boucherie industrielle semble d’abord bien débonnaire mais on remarque qu’il compte son argent avec une amertume à peine dissimulée. Un petit mouvement de travelling latéral tout simple révèle un revolver, d’abord flou puis net, au canon de 4 pouces posé sur le bureau à côté de lui. La tonalité de la séquence a changé. Lorsque les deux hommes de la Maffia entre dans son bureau prélever leur dîme, on est passé de l’autre côté du miroir : le cinéma révèle le mal. Ce sera tout l’objectif de Glickenhaus de le révéler, à mesure que le film progresse, comme une spirale infernale qui contamine tous les niveaux de réalité. Pour cela, Glickenhaus allie la syntaxe classique à la virtuosité la plus originale.
Ainsi cette séquence oppressante en macro-cinéma de la fabrication des ogives creusées puis empoisonnées par Eastland, pendant laquelle les spectateurs des cinémas populaires étaient fascinés et silencieux dans toutes les salles où nous avons vu le film, provoque une tension étouffante. Et on éprouve aussi un léger malaise lorsque Dalton électrifie sa saucisse entre deux électrodes dans son bureau. Tous deux sont seuls, se nourrissent ou se défendent seuls : personne n’aide celui-là et les collègues de celui-ci ne l’aident pas davantage (mis à part un simple renseignement sur des " rangers ", communiqué par la voix anonyme d’un collègue, peut-être lui aussi ancien du Viêt-Nam, au téléphone).
Comme chez les grands aînés (Ford, Hawks, Walsh) le rapport entre les héros et la réalité technique est important : la vie quotidienne dans le monde moderne est ici critiquée en règle : on produit de la viande, de grosses machines la découpent, de gros camions la transportent : en pure perte puisque le racket de la Maffia la rend trop chère et que le " Congrès " de Washington n’y peut rien. On a des hôpitaux mais les gens ne peuvent qu’y mourir (Pontivini aussi bien que Jefferson). Des cinémas et des vidéos mais qui exploitent la chair humaine sous forme de pornographie. Un système de libre-entreprise mais qui est dévoyé par le mal parce qu’on ne lutte plus assez efficacement contre lui (le proxénète a été arrêté 16 fois mais continue de sévir jusqu’à ce qu’il soit exécuté par Eastland).

Les armes réglementaires ou spéciales utilisées sur le " battlefield " (riot-gun au format bull-pup de Dalton et Colt 45 " 1911-A1 ", fusil d’assaut M16-A1 de Eastland, poignards K-BAR) ont été ramenées dans leur pays d’origine, qui les a produites, et semblent transmettre aux hommes qui les manipulent la malédiction dont elles sont chargées : malédiction du retour du refoulé. On les utilise parce que (et c’est ce " parce que " qui provoque le malaise générateur de l’impact spectaculaire et achève la démonstration suggérée par le scénario), tout bonnement, l’Amérique de Carter est devenue le nouveau Viêt-Nam : les lois civiles n’y sont plus respectées et ne garantissent plus aucun droit ni aucune sécurité : le New-yorkais vit dans une jungle que les trois héros (le policier comme le justicier et son ami) connaissent comme telle.
L’hallucinante attaque d’Eastland par le chien de garde de la villa du mafioso résume cette transmutation effrayante : on a des couteaux électriques mais ils ne servent plus à découper des aliments. Ils servent à éviter d’être soi-même dévoré par les animaux… C’est peut-être autant cette pensée fugitive que la conséquence physiologique de sa lutte physique avec le chien qui sont exprimées par le comportement d’Eastland à la fin de la séquence : il se relève, titube, une lueur de folie dans le regard, tousse, boit de l’eau à l’évier de la cuisine, regarde ses plaies, contemple son corps et le corps de l’animal, s’essuie avec un torchon, efface mécaniquement ses empreintes avec, tousse, souffle... Chaque seconde qui passe nous fait basculer dans une folie glacée. Un mauvais réalisateur aurait coupé la séquence sur le hurlement final du chien mortellement blessé. Glickenhaus, en nous donnant à voir la suite, le restant, renforce d’autant l’identification et obtient un réalisme psychologique qui confine au fantastique symbolique : une lutte avec l’ange, mais en négatif.

On a glosé chez nous, en 1982, sur la symétrie Dalton-Eastland pour dénoncer politiquement la réconciliation de l’Amérique avec les anciens combattants de la guerre du Viêt-Nam. Bien inutilement puisque le film tire précisément sa force de là. Eastland et Dalton sont tous deux présentés comme l’unique source d’espoir d’un monde qui leur est globalement opposé. En effet, les autres personnages sont :
· soit négatifs (les criminels sont décrits, qu’ils soient riches ou pauvres, comme intelligents et faisant le mal en connaissance de cause et les organes du gouvernement démocrate sont corrompus) ;
· soit positifs mais impuissants (la doctoresse ne peut guérir ni Jefferson ni le maffioso passé au hachoir - la veuve de Jefferson est totalement passive et Eastland doit voler le maffioso pour assurer l’avenir de sa famille - les policiers sont sympathiques mais n’opèrent pas une seule arrestation et surtout pas celle d’Eastland qui fait le travail qu’ils devraient faire à sa place - la C.I.A. semble efficace mais sert un gouvernement dénoncé comme inefficace puisqu’il veut abattre celui qui agit bien - le patron de l’entreprise de boucherie voudrait donner plus à ses employés mais se laisse racketter).
De cette opposition globale sourd une virulence qui repose aussi sur l’atrocité des scènes de violence. Atrocité spectaculaire et assumée, dont la vertu cathartique est revendiquée. La purgation, pour réussir esthétiquement, doit être fictionnellement totale. Efficacité américaine = cohérence dramaturgique : la Poétique d’Aristote a été bien lue et surtout bien mise en pratique ! Le scénario ménage, avec une habileté jésuitique, à certains des protagonistes criminels une possibilité de rédemption qui, bien entendu, avorte systématiquement : le maffioso en aurait réchappé s’il avait prévenu Eastland que son chien d’attaque l’attendait, mais il ne l’a pas fait ; Les " Ghouls " auraient pu ne pas vouloir se venger de Jefferson, mais leur racisme les y a poussé ; le sénateur du New-Jersey assouvit pour la Nème fois ses penchants sadiques dans l’arrière-boutique du Sex-shop lorsque Eastland l’abat. Errare humanum est… sed perseverare diabolicum.

La guerre mortelle du Viêt-Nam continue doublement à New-York, car on y utilise les mêmes armes et on y pense de la même façon : celle recommandée par la tactique baptisée officiellement " Search and Destroy ". Le slogan américain du film, fidèlement traduit par l’affiche française lors de la sortie en salles était implicite : In war, you have to kill to stay alive. On the streets of New York, it’s often the same. [À la guerre, vous tuez pour survivre. Dans les rues de New York, c’est souvent pareil.]. Notons que le nouveau slogan de la jaquette du D.V.D. manifeste une perte de sens : il eût fallu conserver l’original. Les très brefs et brillants " flash-backs " lors de la détente sur le toit après la bagarre (celui-ci produit par le " premier sang " civil versé) ou lors de l’exécution du chef des " Ghouls " (réminiscence de l’achèvement du chef de section Viêt-Cong) visualisent le parallélisme. Le dialogue le souligne emphatiquement  : - " C’était comme au Viêt-Nam. Il n’y avait plus à se demander, dit Eastland à son ami paralysé lorsqu’il lui avoue qu’il l’a vengé, si c’était bien ou mal : il fallait le faire… ". Et Dalton boucle la boucle en retrouvant les réflexes physiques du soldat pour sauver celui qu’il devait arrêter, même si c’est au prix de sa vie, manifestant oralement et physiquement son appartenance au " négatif du négatif " donc au bien. Le film exalte d’ailleurs le thème du sacrifice : c’est en risquant sa vie que Jefferson a sauvée celle d’Eastland au Viêt-Nam et dans l’entrepôt new-yorkais — c’est en risquant la sienne qu’Eastland venge Jefferson et nettoie les écuries d’Augias — c’est en sacrifiant la sienne que Dalton sauve celle d’Eastland. Le sacrifice, nous dit Glickenhaus, supprime, certes, mais en supprimant conserve, et de ce fait maintient l’essentiel : le mouvement éthique incarné par chacun de ses héros.
La circularité " Guerre du Viêt-Nam — New-York — Guerre du Viêt-Nam " semble illustrée par le générique final, qui quitte la ville aux premières lueurs de l’aube alors que celui du début l’investissait au crépuscule. Ce mouvement de filmer le même à l’inverse peut, aussi, suggérer qu’on a repoussé la circularité, que la purification est accomplie et que la malédiction de l’éternel retour est conjurée.
FRANCIS MOURY.

Ma note : 8/10

P.S: le 2 est une purge affligeante de crétinerie mais c'est vrai qu'en tant que nanar ça peut rester regardable.
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Messagepar SUSPIRIA » 12 Avril 2009, 21:42

J'ai oublié de préciser la magnifique séquence d'ouverture (filmé au ralenti le gars qui fait un vol plané après une gigantesque explosion) et l'intro se déroulant en plein Vietnam avec en sus sa scène de décapitation, l'une des plus belles que j'ai vu, signé Ed French.
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Messagepar SUSPIRIA » 13 Avril 2009, 12:19

J'ai une anecdote plutôt surprenante pour une série B si violente et de plus interdite au moins de 18 ans lors de sa sortie en salles: le film est resté 12 (ou 14) semaines à l'affiche dans la salle de ciné l'APPOLO à Lens !!!
Un incroyable succès dont tout le monde parlait dans les cours de récré et qui s'est renforcé quelques années plus tard avec la sortie vhs d'Hollywood Vidéo: le film était tellement loué, la bande si usée que l'image bouillonnait de rayures, graviers, parasites perdue dans un épais brouillard, lol. Et malgré cette image excécrable nous étions complètement fascinés par ce nouveau justicier armé d'un lance flamme et d'un casque de soudeur !!!
J'ai dû voir durant mon adolescence la superbe bande annonce superbement montée par Hollywood Vidéo une cinquantaine de fois !

Bref un film sauvage et brutal (reflet de ce que pouvait se permettre les années 80 avec certains polars urbains nommés aussi vigilantes movies) qui me tient beaucoup à coeur, plus encore que les "Justiciers dans la ville". Disons que je le mets du même niveau que Vigilante de Lustig ou du très bon et mésestimé Philadelphia Sécurity.

P.S: j'aime beaucoup aussi la chanson du début, à chaque fois que je la réécoute j'ai des souvenirs d'ados plein la tete qui reviennent quand je me mattais avec mes potes le samedi soir Le Droit de tuer en vhs (j'ai dû le voir 11/12 fois, je sais plus... et dernièrement je l'ai revu en dvd en 2005)

En tous cas merci Killjoy d'avoir ouvert ce topic même si nos avis divergent.
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Messagepar SUSPIRIA » 13 Avril 2009, 12:22

La superbe jaquette d'Hollywood vidéo
Vous n’avez pas les permissions nécessaires pour voir les fichiers joints à ce message.
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Messagepar SUSPIRIA » 13 Avril 2009, 12:25

P.S: euh pour le casque c'est plutôt un casque de moto :D
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Messagepar BRUNO MATEI » 01 Février 2012, 10:10

Gros succès en salles en France et aux Etats-Unis, carton vhs dans les rayons des vidéos-clubs, Le Droit de Tuer (ou l'exterminateur pour reprendre son terme originel) fut un véritable hit des années 80 sous la bannière étoilée d'Hollywood Vidéo ! Néanmoins, ce film d'exploitation d'une violence rare rencontra de sérieux problèmes avec la censure de l'époque. Il faut dire que l'oeuvre nihiliste de James Glickenhaus va parfois très loin dans la brutalité expéditive et que son ambiance sordide renforce allègrement son caractère putassier. En l'occurrence, Le Droit de Tuer n'a rien perdu de sa force sur le sujet traité (la réinsertion insoluble des laissés-pour-compte après le trauma vietnamien) et de son dynamisme d'action cinglante parfois noyée dans une violence décomplexée.

John et Michael sont deux acolytes de longue date, revenus au pays après avoir subi l'enfer du Vietnam. Ouvriers sous exploités par un patron véreux, ils tentent tant bien que mal de survivre dans une cité urbaine où la délinquance est en pleine recrudescence. Pour preuve, Michael se fait agresser par une bande de voyous après avoir porter assistance à son ami molesté. Hospitalisé dans un état grave et devenu tétraplégique, son ami John décide de le venger en traquant les délinquants tributaires de la bande des ghouls. Dès lors, John se lance dans une folie meurtrière vindicative qui lui vaudra le surnom de l'exterminateur par les médias avides de sensationnalisme.

Qui pourrait oublier son incroyable prélude belliqueux (tourné en 5 jours avec 15% du budget) localisé dans un camp vietnamien où sont retenus prisonniers nos deux américains ! Alors que son plan d'ouverture filmé en slow motion (un soldat éjecté dans le vide par l'impulsion d'une gigantesque explosion de feu) détonnait déjà par son ampleur visuellement dantesque. S'ensuit ensuite une décapitation hallucinante de réalisme (merci Stan Wiston !) perpétrée par un officier Vietcong afin d'impressionner John, tributaire d'un interrogatoire forcé. Après un subterfuge audacieux, Michael réussit à se délier les mains de fil de barbelé pour s'en servir afin d'égorger son ennemi positionné devant lui. Il s'empare ensuite de sa carabine et provoque une sanglante rixe alors que John réussit également à s'interposer dans la confrontation. Les séquences d'action cinglantes savamment coordonnées impressionnent le spectateur ébranlé par le dynamisme du montage et de ses effets gores déployés.
De retour au pays, nos deux vétérans se retrouvent livrés à eux mêmes, contraints d'exercer un emploi précaire dans une boucherie industrielle. Comme au Vietnam, une nouvelle rixe aléatoire s'organise autour de John encerclé par ses ennemis dans un entrepôt alors que Michael va une fois de plus lui porter secours. Dépités, les délinquants racistes décident une bonne fois pour toute de donner une sévère correction au redresseur de tort en lui mutilant les cotes dorsales à l'aide d'une fourche. Réduit à l'état de légume dans un centre hospitalier, Michael semble condamner à subir un handicap majeur.
John décide alors de renouer avec les armes et sa folie belliqueuse en allant traquer un à un les tortionnaires responsables de l'agression de son frère d'arme.

A la manière du célèbre Justicier dans la ville, en forçant la donne d'une violence sordide jusqu'au-boutiste, le Droit de tuer est un vigilante movie bien ancré dans son époque anarchiste des années 80. En militant pour l'auto-défense, la besogne meurtrière de John Eastland se solde d'une illustration amère sur les laissés-pour-compte de l'après Vietnam. Quand les soldats américains revenus au bercail n'avaient aucune considération pour leur bravoure par un gouvernement orgueilleux érigé sous l'ère Reagan. En pourfendeur intransigeant, James glickenhaus n'y va pas avec le dos de la cuillère pour décrire une Amérique hostile en pleine agonie où la corruption règne en maître. S'y succède dans cette jungle urbaine en ébullition une délinquance raciste et droguée, une prostitution juvénile et l'exploitation de mineurs soumis à une clientèle pédophile, une politique totalitaire contrainte d'enrôler des agents de la CIA pour supprimer notre exterminateur prolifique, un sénateur pervers et homosexuel et enfin un patron mafieux responsable d'une boucherie industrielle.
Ce climat d'insécurité prégnant provoque souvent chez le spectateur le malaise diffus et exacerbe son aura malsaine par la maladresse de dialogues concis et de certains personnages ternes. Mais la dimension humaine de nos protagonistes issus d'une classe ouvrière et exploités par une société cupide renforce le côté désenchanté d'une époque contemporaine sans aucun repère. L'interprétation de seconde zone (Christopher George, Samantha Eggar, Steve James) ajoute une saveur autonome à l'entreprise subversive et offre par la même un rôle révélateur pour la prestance charismatique du regretté Robert Ginty. Hormis le peu d'expressivité qu'il s'alloue dans ses exactions sordides, c'est justement sa physionomie quelconque qui rend sa traque meurtrière si dérangeante et percutante au sein des bas-fonds new-yorkais.

L'Amérique Interdite
Mis en scène avec efficacité et non dénué d'un certain savoir-faire dans le sens du cadrage et des séquences d'action spectaculaires, le Droit de tuer reste un fleuron d'ultra violence nauséeuse dont certaines scènes incongrues secouent les esprits (prostituée torturée au fer a souder, mafieux broyé dans un hachoir a viande, mutilation au tisonnier, pédophile brûlé vif et surtout une décapitation à la machette inégalée !). A la lisière d'un Taxi Driver sous formol, un brûlot implacable et incisif pour dénoncer une Amérique malade de sa violence ancrée dans les mentalités et auquel certains vétérans du Vietnam discrédités se voient contraints de reprendre les armes sans aucune éthique. Hormis son montage elliptique et sa psychologie sommaire, ce vigilante movie au vitriol dresse un tableau impitoyablement pessimiste sur la nature humaine. Sur la précarité de l'homme abdiqué par sa patrie, reconverti ici en machine à tuer et résolu à enrayer lui même le venin du Mal dans une immoralité enseignée par son propre pays.
A ne pas mettre entre toutes les mains...

Note subsidiaire: Une suite nanardesque a été réalisé en 1984 par Mark Buntzman sous le titre Exterminateur 2 avec Robert Ginty et l'insupportable Mario Van Peebles dans celui du leader punk excentrique. Une suite risible digne d'une bisserie ritale post-apocalypse où le rire le dispute à la consternation.
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