Titre d'origine: The Driver
Réalisateur: Walter Hill
Année: 1978
Origine: U.S.A
Durée: 1h31
Distribution: Ryan O'Neal, Isabelle Adjani, Bruce Dern, Ronee Blakley, Matt Clark, Felice Orlandi.
Sortie salles France: 23 Août 1978. U.S: 28 Juillet 1978
FILMOGRAPHIE: Walter Hill est un producteur, réalisateur et scénariste américain, né le 10 janvier 1942 à Long Beach, en Californie (États-Unis).
1975 : Le Bagarreur (Hard Times),1978 : Driver,1979 : Les Guerriers de la nuit, 1980 : Le Gang des frères James,1981 : Sans retour, 1982 : 48 heures, 1984 : Les Rues de feu,1985 : Comment claquer un million de dollars par jour,1986 : Crossroads, 1987 : Extrême préjudice, 1988 : Double Détente, 1989 : Les Contes de la crypte (1 épisode),1989 : Johnny belle gueule,1990 : 48 heures de plus,1992 : Les Pilleurs,1993 : Geronimo,1995 : Wild Bill, 1996 : Dernier Recours,1997 : Perversions of science (série TV),2000 : Supernova, 2002 : Un seul deviendra invincible, 2002 : The Prophecy, 2004 : Deadwood (série TV).
Bien avant le succès inattendu de Drive et la révélation Ryan Gosling, Walter Hill avait réalisé en 1978 un western urbain insolite, avec comme antagoniste principal, un chauffeur tout aussi mutique, conducteur infaillible de braqueurs de banque ! Honteusement occulté et toujours inédit en format numérique dans l'hexagone, ce polar dense magnifiquement interprété par le bellâtre Ryan O'Neal (à contre emploi de sa docilité !) est une véritable perle noire d'une intensité acérée. Pour l'anecdote singulière, aucun protagoniste du film ne possède un quelconque patronyme ! Les personnages évolutifs se prénomment donc le "chauffeur", la "joueuse", le "détective" et le "contact" !
La trame, limpide, se résume à une traque incessante entre un chauffeur inébranlable et un flic bourru dans une métropole clairsemée. Délibéré à mettre en cabane ce roi de la conduite, le détective négocie la manigance d'un énième braquage de banque avec la complicité d'un gangster minable. Au préalable, une mystérieuse femme adepte des jeux de casino avait sauvé la mise du conducteur pour feindre un alibi après avoir été témoin du braquage. Pendant que le détective reste sur le qui-vive, une étrange relation équivoque se noue entre le couple.
Driver démarre sur les chapeaux de roue avec une séquence vertigineuse de poursuite automobile remarquablement coordonnée par un réalisateur assidu. Dans les rues nocturnes de New-York, une armada de véhicules de police est lancée à vive allure afin d'appréhender le fameux conducteur. Ce prologue incisif au montage fluide est l'entrée en matière d'un western urbain transcendant le portrait d'un anti-héros taciturne (Ryan O'Neal est habité par sa prestance austère), pourchassé par un flicard rancunier. Walter Hill organise ici leur confrontation à la manière d'un jeu de compétition auquel son scénario charpenté va multiplier trafalgars et revirements. Dans une ambiance de film noir typiquement seventie, Driver exploite magnifiquement le cadre d'un New-York ténébreux dont flics et gangsters semblent dominer la ville pour un enjeu imparti à l'appât d'une mallette noire. D'une efficacité redoutable dans sa conduite narrative jalonné de deux poursuites automobiles effrénées, le réalisateur dessine notamment le portrait subversif de trois antagonistes. Celui d'un détective cynique auquel Bruce Dern endosse son rôle perfide avec une hargne opiniâtre (non exempt d'une certaine dérision). Celle d'une joueuse équivoque qu'Isabelle Adjani entretient avec un charme trouble, étrangement félin. Et enfin celui du fameux chauffeur de voiture, casse-cou stoïque que Ryan O'Neal transcende avec une stature aussi hautaine que opaque ! (Georges Miller s'en est d'ailleurs peut-être inspiré pour mettre en exergue la pugnacité suicidaire du personnage de Max !).
Rythmé par le tempo d'une bande son ombrageuse, dominé par la présence charismatique d'un trio d'antagonistes retors et mis en scène avec une rigueur formelle, Driver s'impose en modèle du film d'action, véritable western vénal à la photogénie urbaine crépusculaire.
