DOG POUND
Réalisateur: Kim Shapiron.
Année: 2010.
Origine: France.
Durée: 1H31.
Distribution: Adam Butcher, Shane Kippel, Mateo Morales, Lawrence Bayne, Alexander Conti, Tim Turnell, Dewshane Williams, Shawn Doucette, Slim Twig, Trent McMullen...
BIO: Kim Chapiron est un réalisateur français né en 1980 à Hô-Chi-Minh-Ville.
Dog Pound est son second long-métrage après la bombe Sheitan (on aime ou on déteste !) sorti en 2005 et qui fit sensation un peu partout dans le monde.
L'ARGUMENT: 3 jeunes délinquants, Davis, Angel et Butch se retrouvent à purger une peine d'emprisonnement dans une centre pour délinquants juvéniles.
Dans un univers impitoyable, ils vont découvrir l'horreur de l'enfermement et des affronts imposés face à des adversaires habités par la haine et la violence.
LES NERFS A VIF.
A travers la description ultra réaliste d'un univers carcéral américain pour jeunes délinquants, Kim Shapiron se résout à nous embarquer dans un voyage au bout de l'enfer dont personne ne sortira indemne !
Nous allons suivre en priorité le parcours de trois nouveaux détenus: Davis, 16 ans, trafiquant de drogue. Angel, 15 ans, vol de voiture avec violence et surtout Butch, 17 ans, transféré pour avoir mutilé l'oeil d'un officier dans son ancienne enceinte de détention.
Dans cet endroit où règne la loi du plus fort, où chaque co-détenu sera livré à lui même, ils vont rencontrer la dure réalité d'une nouvelle épreuve inhumaine, dans un endroit barricadé où la colère et l'agressivité seront difficilement contenues face à l'impromptu.
Surtout quand Banks et ses deux complices, jeunes durs à cuir indociles, insidieux et téméraires s'amusent à brimer chaque nouveau venu sans état de conscience ni moralité.
Dans un souci d'authenticité rarement établi à l'écran, le réalisateur va rapidement nous immerger, nous imprégner du climat d'insécurité omniprésent qui règne dans cet enfer blafard. Un climat perfide alimenté par la barbarie dans lequel nos jeunes héros vont devoir traverser et subir pour tenter d'y survivre.
Devant de telles humiliations quotidiennes et violences renouvelées sur chaque nouveau détenu, difficile de garder son sang froid et rester de marbre par ces multiples bravades de haine et de perversité.
Le choix sera simple: soit on subit devant l'affront et cette gratuite provocation qui s'ensuit ou soit on se révolte dans la plus brutale des ripostes !
Et à ce jeu là, Butch, adolescent passionné par les jeux du cirque mais véritable bombe à retardement, prêt à imploser à tout moment ne vas pas tarder à se laisser aller à ses instincts primaires d'une sauvagerie inouïe dans sa révolte rongée de l'intérieur de son âme.
Un jeune garçon désoeuvré, loyal mais laminé par l'injustice, sans désir de provoquer l'adversaire. Sa nouvelle condamnation à Enola Vale est en elle même la preuve d'un système judiciaire obnubilé par l'autorité punitive et le totalitarisme intolérant.
Car Butch aura auparavant éborgné un officier par le simple fait que ce représentant de l'ordre se délassait à violer chacun de ses camarades.
Une opportunité lui sera alors tout de même offerte par le directeur de la nouvelle prison, conscient de sa légitime défense envers l'ancien surveillant coupable d'actes pédophiles condamnables ! Rester de marbre tout en contenance durant 2 semaines et retrouver sa liberté ou purger sa peine maximale de 4 années dans un nouveau centre de détention.
A travers une narration aussi éprouvante dans son intensité que les âme sensibles sont priés de s'abstenir, Kim Shapiron emploie la radicalité, la violence poreuse sans détour ni anesthésie. Son côté viscéral, sale, lâche, rêche, rendu insupportable par de sévères actes commis éclate à chaque explosion d'insoumission irréversible ! Que ce soit sous la forme de réprimande, revanche ou légitime défense.
Dog Pound nous décrit avec une extrême précision ce quotidien inhumain que vont devoir vivre ces adolescents durant leur incarcération.
Il dénonce avec une lucidité limpide et un aspect brut proche du documentaire, l'impuissance, l'incapacité d'une hiérarchie infructueuse se regardant le nombril plutôt que de tenter d'humaniser, rééduquer chacun de ses personnages davantage engourdis dans la négation de leur fatalité opposée.
UNE TETE D'AFFICHE HORS PAIR.
Les interprètes du film, de jeunes inconnus novices dans le milieu du cinéma sont sidérants de vérité !!! ils ne jouent pas leur rôle, ils le vivent et le subissent un peu dans la tradition du héros principal interprété par Alexei Kravtchenko dans l'inoubliable Requiem pour un massacre de Elem Klimov (Un Rôle si difficile et traumatisant qui valu à ce jeune premier acteur de tomber dans une grave dépression suite au tournage achevé).
Ces comédiens innés pour leur rôle respectif communiquent aux spectateurs avec un rare souci de vérité leur profonde détresse, leur désengagement face à une société, égoiste et obtus, dissout dans sa lâcheté où l'amour, l'acuité humaine, la compassion, l'écoute de l'autre en est totalement expurgé.
Butch, interprété par Adam Butcher, LA révélation du film, possède un jeu instinctif d'une puissance singulière ! Il sait livrer avec profondeur et souci d'authenticité son ressentiment viscéral de haine exacerbée dans sa férocité animale.
Un abrupt regard meurtri, bafoué, rongé par la vengeance, hanté par la rage de vivre devant tant d'iniquité et de réprimandes injustifiées.
On ne connaitra pas son lourd passé, ses raisons punitives pour laquelle il fut interné mais nous serons bien conscients et lucides que ce jeune contestataire aura sans doute dû traverser durant sa jeunesse une autorité parentale démissionnée de son rôle pédagogique. Avec peut-être également des actes de maltraitance laissée en exergue, profondément enracinée dans les entrailles de son coeur asséché.
Le final apocalyptique devant l'aliénation d'une émeute carcérale rendue anthologique par une réalisation virtuose nous achève dans un torrent de révolte désabusé, où aucun échappatoire ne viendra nous libérer face à la dure réalité de la vie pénitentiaire. Une fin nihiliste d'un profond désespoir, d'une amertume dérangée pour tous ces jeunes adolescents endoctrinés dans la haine pour les rendre davantage sauvages et irréductibles.
DEMAIN LES MOMES.
Dans une ambiance immersive de désuétude et d'hostilité, Dog Pound est un uppercut foudroyant qui met KO dès le générique de fin souscrit ! Une descente aux enfers tétanisante dans l'émotion qu'elle nous véhicule de plein fouet.
La mise en scène totalement au service de son sujet sait émouvoir, interpeller avec intelligence, tact et refus de pathos ou de complaisance. Un récit âpre dont les nerfs sont mis à rude épreuve, d'une violence telle qu'elle risque d'en retourner plus d'un !
A la manière de Midnight Express, il sera impossible de sortir indemne d'un tel fardeau retranscrit avec autant de douleur et de cris de rancoeur.
Un choc sensitif livré à vif. Sidérant, bouleversant, essentiel dans son constat alarmant et alarmiste.

