LA CORDE RAIDE
Titre d'Origine: Tightrope
Réalisateur: Richard Tuggle.
Année: 1984.
Origine: U.S.A.
Durée: 1h54.
Distribution: Clint Eastwood, Geneviève Bujold, Dan Hedaya, Alison Eastwood, Jennifer Beck, Marco St. John, Rebecca Perle, Regina Richardson, Wes Block.
Sortie en salles en France le 16 Janvier 1985. U.S: 17 Octobre 1984
FILMOGRAPHIE: Richard Tuggle est un réalisateur et scénariste américain.
1984: La Corde Raide
1986: Out of Bounds
Première réalisation du scénariste de l'Evadé d'Alcatraz (1979), Richard Tuggle entame avec la Corde Raide un thriller plutôt audacieux dans sa description glauque et sordide du milieu nocturne des peep-shows et autres boites échangistes de la Nouvelle Orléans. Paradoxalement, à l'époque de sa sortie, une fausse rumeur persistait à dévoiler que Clint Eastwood aurait supervisé la réalisation du film.
Pour authentifier la relation paternelle d'Amanda avec son père endossé par l'inspecteur Block (Clint Eastwood), le réalisateur fit appel à la propre fille de l'acteur, Alison Eastwood afin de mieux souligner leur rapport affectif suite au divorce conjugal entrepris par la femme de celui-ci.
Un maniaque sexuel commet une série de crimes par strangulation dans les bas-fonds de la Nouvelle Orléans. L'inspecteur Block, profondément affecté par le récent divorce de sa femme enquête dans le milieu de la prostitution à la recherche du moindre indice. Mais le tueur semble vouloir l'incriminer en dissimulant des preuves que Block a laissé sur certaines de ses clientes après avoir eu une brève relation sexuelle.
En 1984, le néophyte Richard Tuggle se charge de proposer un thriller particulièrement austère et trouble dans sa description vénéneuse de l'univers de la prostitution et ces dérives sado-masochistes. Sans jamais céder à une quelconque complaisance ou un racolage putassier, l'ambiance nocturne de la Corde Raide entraîne le spectateur vers une vertigineuse descente aux enfers trouble et malsaine. C'est de prime abord le portrait établi envers l'inspecteur Block qui permet de transgresser les conventions balisées du traditionnel flic conformiste et autoritaire. En effet, celui-ci éprouve un besoin ambigu de coucher avec ses partenaires indociles après un interrogatoire laconique. Des prostituées tributaires d'une déviance sexuelle alors qu'un mystérieux maniaque, préalablement fonctionnaire de police, sévit pour assouvir ses pulsions mais aussi incriminer cet inspecteur renommé. Eprouvé par son récent divorce conjugal, Wes Block réside indépendamment dans sa demeure parmi ses deux enfants et ses quatre animaux de compagnie.
La relation attendrie avec sa fille aînée donne lieu à plusieurs séquences touchantes d'une étonnante justesse dans l'empathie accordée d'une adolescente épris d'amour compassionnel pour son père. Block semble sévèrement dépité de son échec sentimental, craintif d'une potentielle nouvelle liaison avec une militante luttant pour la cause des femmes violentées. En amont de cette idylle naissante, il se réconforte brièvement dans les bras de racoleuses débauchées pour l'enquête qu'il mène avec une fascination aussi répulsive que diaphane. En effet, le tueur extrêmement finaud et circonspect semble vouloir inciter son rival à se laisser influencer par une cynique déchéance sexuelle. L'état psychologique de l'inspecteur Block va insinueusement avilir son âme torturée jusqu'à ce qu'une nuit fantasmée, il conçoit dans un cauchemar incongru étrangler sa nouvelle amie !
C'est ce scénario inscrit dans une perversité latente, franchement couillue de la part d'une production hollywoodienne qui ébranle irrémédiablement le spectateur. On peut même par moment songer à Cruising de Friedkin,, voir aussi Basic Instinct pour le portrait immoral établi envers un héros attiré par le Mal. Un spectateur captivé par une enquête lugubre parfois proche d'une bande horrifique comme cette séquence dérangeante qui voit le cadavre d'une femme de ménage encastrée dans une machine à laver et la fille aïnée de Block, retrouvée violentée et ligotée, menottes aux poignets, sur son lit de chambre.
ATTENTION SPOILER !!! Le point d'orgue cinglant va monter d'un cran l'intensité requise pour ce tueur implacable plus que jamais déterminé à inhiber la compagne de Block, réfugiée seule dans sa demeure. Un final haletant et violent culminant sa chute vers la gare d'une rame de métro pour un affrontement physique entamé avec le tueur et Wes Block. FIN DU SPOILER
L'illustre Clint Eastwood endosse avec probité et ambiguïté le personnage interlope d'un flic en proie à ses démons intérieurs du fait de sa douloureuse séparation maritale. Mais surtout un être tourmenté par l'esprit véreux d'un tueur perfide fermement décidé à l'entraîner dans les cimes du Mal.
Un obscur criminel accoutré d'un masque de carnaval quand il ne s'agit pas de la traditionnelle cagoule permettant de lui oblitérer sa trogne licencieuse. Son caractère flegme et son implacable sang froid à décimer ses antagonistes donnent lieu à plusieurs séquences d'une grande intensité dans ses agressions assénées avec une violence monolythique. La candide Alison Eastwood campe avec beaucoup de naturel celle d'une fille débrouillarde et autonome par la cause de parents désunis, prémunissant quotidiennement la garde de sa petite soeur. Une adolescente docile débordante d'attention et de tendresse pour un paternel choyé mais souvent absenté, faute d'une délicate enquête délétère.
Baignant dans une superbe photographie transcendant l'environnement nocturne dans lequel nos protagonistes évoluent et réalisé avec une sobre maîtrise réfutant l'action redondante, La Corde Raide est un fascinant voyage obscur jusqu'au bout de la nuit. Un film noir impeccablement structuré dans une magnétique ambiance blafarde sous-jacente. L'efficacité de son suspense distillé avec minutie et l'étude de caractère entretenue entre le maniaque impassible et un flic obstiné en doute avec son identité permettent d'honorer un des meilleurs thrillers des années 80.

