Sous un tableau réaliste de la pègre nippone de l'après-guerre, Fukasaku ne déroge pourtant pas à ses manies d'esthète foutraques tout autant qu'épatantes sur le plan technique, en signant une mise en scène bordélique, à grand coup de plans si serrés qu'ils font parfois naître un sentiment de claustrophobie, de mouvements de caméra virevoltants, d'arrêts sur image impromptus et de cadrages inclinés, et que dynamise un découpage nerveux à l'extrême. Le cinéaste oscille ainsi visuellement parlant entre stylisme et pseudo-documentaire, repoussant les limites des audaces du pays et de l'époque dans la manière de mettre en image. Niveau scénario et ambiance, Combat sans code d'honneur se situe quelque part entre le poliziotteschi (polar seventies à l'italienne) et le pendant japonais du Parrain de Coppola, dont il pique sans vergogne certains éléments et scènes-clés; où il va - encore - plus loin que ses modèles, c'est dans la représentation de la violence: il suffit de quelques coups de feu ou de couteau pour prétexter des hectolitres d'hémoglobine inondant l'écran avec crudité. Mais loin d'un Woo ou d'un Peckinpah, Fukasaku filme ses gunfights de manière brute et expéditive, non sans réalisme. Cependant, il y ajoute une légère teinte d'absurdité, en optant pour un sang presque orangeâtre et en plaquant un tintamarre de cuivres jazzy à chaque exécution. Tout ceci pourrait résumer l'originalité du style du futur auteur de Battle Royale, pamphlet raté mais assurément divertissant, fait à la fois d'inspiration sur le moment, à la mode, et de créativité qui ne met pas forcément tout le monde d'accord.
Si le premier tiers du récit apparaît un peu brouillon, tout se clarifie par la suite, le film bénéficiant au final d'une intrigue simple mais captivante une fois la mécanique scénaristique réellement mise en marche. Dans Combat sans code d'honneur, plus rien n'est question de loyauté, de respect des traditions du milieu, il faut trahir et tuer pour grimper les échelons de la gloire, de la reconnaissance et de la fortune. Cette devise culminera lors d'un dénouement d'une brutalité implacable, où la plupart des membres de deux clans adverses se font massacrer dans d'impressionnants bains de sang. Le code d'honneur se voit par conséquent totalement bafoué, le patron d'un gang qui, dixit le héros du métrage, n'est pourtant pas un saint, déplore à juste titre cette ignorance des valeurs, jusqu'à perdre sa place, mais pour en gagner une plus noble encore, simplement par goût de la cupidité.
Saluons par ailleurs l'excellent thème musical du film, mélodie tonitruante et glaciale qui se manifeste régulièrement, en parfaite adéquation avec le caractère nihiliste et opaque de cette uvre en tous points remarquable, fleuron de l'école du yakuza eiga et instigatrice de ce que les ouvrages à budget de série B étaient capables de faire de mieux à l'époque.
9/10




