Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, 1980

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Cannibal Holocaust de Ruggero Deodato, 1980

Messagepar BRUNO MATEI » 17 Juillet 2013, 06:46

Réalisateur: Ruggero Deodato
Année: 1980
Durée: 1h32
Origine: Italie/Colombie/Etats-Unis
Distribution: Robert Kerman, Carl Gabriel Yorke, Francesca Ciardi, Perry Pirkanen, Luca Barbareschi.

Sortie salles France: 22 Avril 1981. Italie: 7 Février 1980

FILMOGRAPHIE SELECTIVE: Ruggero Deodato est un réalisateur italien, né le 7 Mai 1939.
1977: Le Dernier monde Cannibale. 1979: SOS Concorde. 1980: Cannibal Holocaust. 1980: La Maison au fond du parc. 1983: Les Prédateurs du Futur. 1985: Amazonia, la jungle blanche. 1987: Les Barbarians. 1987: Body Count. 1988: Le Tueur de la pleine lune. 1993: The Washing Machine.

Classé X dans certains pays et interdit dans une soixantaine d'états, Cannibal Holocaust perdure son pouvoir de réalisme sordide et ne cesse de provoquer chez les spectateurs du monde entier violente aversion et/ou fascination dérangée. Réputé comme l'un des films les plus controversés de l'histoire du cinéma puis saisi dès sa sortie par un magistrat italien pour délit d'obscénité et suspicion de snuff movie, Ruggero Deodato s'est taillé au fil des décennies une réputation de cinéaste scandaleux. Notamment sa culpabilité (assumé) d'avoir osé assassiner devant la caméra le meurtre d'animaux sauvages. Outre l'aspect impardonnable de s'être complaisamment adonné au snuf animalier (acte qu'il regrette aujourd'hui !), le réalisateur poussera le vice encore un peu lors de son exploitation officielle dans les salles obscures en suggérant une folle rumeur autour du sort des comédiens principaux. Exilés hors de l'Italie durant un laps de temps, ces derniers en connivence avec le réalisateur, auront réussi à simuler à la population italienne leur éventuelle disparition.

Découvrir aujourd'hui pour la première fois Cannibal Holocaust reste autant une expérience qu'une épreuve traumatisante difficilement digérable. Dans le sens où Ruggero deodato redouble de provocation putassière afin de retourner les estomacs les plus solides en se jouant de l'illusion de la fiction et de l'authenticité de la réalité. En effet, par le principe avant-gardiste du Found Footage, le réalisateur mêle ici des images authentiques de snuf-animaliers avec le principe journalistique de la caméra portée à l'épaule. En priorité dans sa seconde partie impartie au docu-vérité auquel quatre journalistes avides d'images chocs vont filmer en pleine cambrousse amazonienne une multitude de mises à mort avec un goût du sensationnalisme hyper racoleur. Que ce soit leurs exactions crapuleuses commises sur une une tortue dépecée ou sur un porcinet abattu d'une décharge de fusil, leur viol pratiqué sur une indigène ou encore l'incendie volontaire perpétré dans la hutte des Yacumos. Avec toujours autant de surenchère voyeuriste, ils n'hésiteront pas non plus à filmer la fausse couche d'une indigène et sa lapidation qui s'ensuit, le rituel barbare préalablement invoqué à une femme empalée sur un pieu, mais aussi le meurtre d'un de leur propre camarade ainsi que le viol en réunion infligé sur la petite amie du caméraman.

Outre l'aspect inévitablement vomitif déversé à cette boucherie primitive (que ce soit du camp des journalistes ou celui des indigènes), Cannibal Holocaust met en exergue une charge corrosive sur notre société dite civilisée, puisqu'ici nos quatre fanfarons reporters partis en expédition amazonienne se vautrent royalement dans la débauche et l'assassinat dans l'unique but de se divertir et pour l'appât du scoop. Par esprit de mégalomanie et sans une once de vergogne, leurs exactions sont notamment une mesure expéditive afin de prouver à l'étranger primitif qu'en cas de survie, la meilleure déontologie à respecter reste la loi du plus fort.
En juxtaposant les coutumes barbares tolérées par des indigènes cannibales, la mise à mort réelle d'animaux vivants et les plaisirs lubriques et meurtriers alloués à nos quatre lurons civilisés, Ruggero Deodato sème un profond malaise et l'ambiguïté dans son désir de choquer, d'écoeurer à tous prix le spectateur pris en otage par un maelström d'images morbides édifiantes de crudité ! Dans cet alliage de fiction et de réalité, nous sommes donc conditionnés à perdre nos repères avec ce troublant sentiment d'assister à un documentaire où l'illusion est transcendée par son degré d'authenticité !
Cette aversion viscérale pour la cruauté morbide, le réalisateur en extrait notamment une réflexion sur notre part de voyeurisme, notre curiosité instinctive à daigner observer la mort sous son aspect le plus ordurier. A la mélodie antinomique d'un score élégiaque inscrit dans la tragédie, il amplifie également avec provocation notre dégoût émotionnel face à notre pulsion animale. Puisque la mort et la souffrance font indubitablement parties du rituel, d'une sentence vindicative ou d'une violence gratuite engendrées par toute forme de civilisation.

MONDO CANE
De ce chaos désordonné résulte un grand film malade, viscéralement éprouvant et hyper dérangeant mais pourvu d'un pouvoir de fascination révulsif et d'une puissance émotionnelle ardue. Cet amoncellement de barbarie explicitement illustrée tend à penser que nous sommes tous coupables de notre voyeurisme interne pour oser observer la cruauté de la mort indissociable du monde sauvage qui nous entoure. Que l'on adhère ou que l'on rejette en bloc ce témoignage intolérable, Cannibal Holocaust ne cessera de provoquer violentes polémiques (comme celle dont j'ai incidemment participé hier sur le net et qui m'a incité à revoir l'objet de scandale) et débats passionnels sur la nature humaine, notre rapport à la violence et notre curiosité malsaine de l'image choc.
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BRUNO MATEI
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