BLACK SUNDAY
Réalisateur: John Frankenheimer.
Année: 1977.
Origine: U.S.A.
Durée: 2h23.
Distribution: Robert Shaw, Bruce Dern, Marthe Keller, Bekim Fehmiu, Fritz Weaver, Steven Keats, Michael V. Cazzo, William Daniels, Walter Gotell, Victor Campos.
Sortie en salles en France le 17 Août 1977.U.S: 11 Mars 1977
FILMOGRAPHIE: John Frankenheimer est un réalisateur américain né le 19 Février 1930 à New-York, décédé le 6 Juillet 2002 à Los Angeles.
1957: Mon père, cet étranger. 1961: Le Temps du châtiment. 1962: l'Ange de la Violence. Le Prisonnier d'Alcatraz. Un crime dans la tête. 1964: 7 Jours en Mai. Le Train. 1966: Grand Prix. l'Opération Diabolique. 1968: l'Homme de Kiev. 1969: Les Parachutistes arrivent. The Extraordinary Seaman. 1970: Le Pays de la Violence. Les Cavaliers. 1973: l'Impossible Objet. The Iceman Cometh. 1975: French Connection 2. 1977: Black Sunday. 1979: Prophecy le monstre. 1982: A Armes Egales. 1985: Le Pacte Holcroft. 1986: Paiement Cash. 1989: Dead Bang. 1990: The Fourth War. 1992: Les Contes de la Crypte (Saison 4, épis 10). 1992: Year of the Gun. 1996: l'Ile du Dr Moreau. 1997: George Wallace. 1996: Andersonville (téléfilm). 1998: Ronin. 2000: Piège Fatal. 2002: Sur le Chemin de la guerre.
Inspiré de la prise d'otages des Jeux Olympiques de Munich en 1972 et adapté du roman de Thomas Harris, John Frankenheimer nous concocte ici un thriller politique mâtiné de suspense catastrophiste dans sa dernière partie fertile en tension et spectacle dantesque. En l'occurrence, on peut s'étonner du caractère prémonitoire de son acte terroriste d'une aussi grande envergure puisque faisant écho aux attentats du 11 Septembre 2001. D'ailleurs, depuis cette date tristement commémorative, les chaînes américaines ont simplement décidé de bannir Black Sunday de leurs écrans TV. En prime, il reste encore aujourd'hui inédit sur n'importe quel support vidéo.
Des terroristes appartenant au groupuscule palestinien du Septembre Noir prévoient de commettre un attentat sur le sol américain avec l'autorité d'une germano Palestienienne, Dahlia Lyad. Avec l'aide d'un ancien vétéran du Vietnam, ils vont tenter de faire exploser un dirigeable au dessus d'un stade attroupé de 82 500 personnes. Une brigade anti-terroriste israélienne ainsi que le FBI vont s'affilier pour entreprendre une traque infernale afin de déjouer ce complot démesuré.
Avec un casting de choix réunissant de solides trognes des seventies comme Robert Shaw (Jaws), Marthe Keller (Marathon Man) et Bruce Dern (Driver), Black Sunday attise l'attention dès son prologue spectaculaire illustrant assidûment l'embuscade savamment planifiée d'une brigade israélienne pour éradiquer l'ennemi terroriste planqué dans un quartier résidentiel. Epaulé par la puissante partition musicale de John Williams (après qu'il ait composé 2 ans au préalable le crescendo de deux notes récursives pour Les Dents de la mer), ce thriller haletant réussit le tour de force de nous maintenir en haleine 2H20 durant ! Dans un habile montage toujours plus assidu et incisif, la narration indocile nous amène à nous familiariser avec un groupe de terroristes palestiniens délibérés à sanctionner les Etats-Unis pour leur soutien avec Israel. Et cette trame politique de se concentrer en particulier sur le profil d'un duo d'amants à nationalité antinomique. Dahlia Lyad, activiste d'origine germano-palestinienne résolue à venger la mort de sa famille exécutée par les israéliens et son comparse américain Lander, ancien prisonnier de guerre traumatisé par le conflit vietnamien et abdiqué par sa propre patrie. Leur but: à l'aide d'un dirigeable bourré d'explosif ils envisagent de projeter des milliers de fléchettes sur un stade sportif où seront réunis 82 500 spectateurs !
Avec une certaine audace, John Frankenheimer n'hésite pas à "humaniser" ses deux protagonistes pernicieux totalement voués à leur cause pour venger l'iniquité du pays le plus puissant du monde. La séquence dévoilant Lander s'apitoyer sur son sort devant sa concubine dépitée de ne pouvoir entreprendre sa besogne pour blâmer les américains provoque une certaine empathie. Car cet ancien combattant détenu 6 ans au Vietnam dans des conditions inhumaines se trouve injustement discrédité par les siens au retour du pays, même s'il fut décoré pour sa bravoure. Pour autant, le réalisateur dévoile également le vrai visage du terrorisme et leur barbarie déployée pour revendiquer leur idéologie politique en exécutant avec un sang-froid implacable de nombreux innocents comme s'ils s'agissaient de cobayes négligeables. A cet égard, l'incroyable séquence de course-poursuite à pied avec un de leur collaborateur cerné par les forces de l'ordre camouflées parmi la population démontre bien leur immoralité à tolérer le crime gratuit en tirant à l'aveuglette sur la foule en état de crise.
Sans jamais faire preuve d'esbroufe complaisante, le suspense maintenu sans relâche nous oriente peu à peu vers un final en apothéose d'une acuité émotionnelle aussi tendue qu'un arc de compétition.
45 minutes d'anthologie nous confinant vers le genre catastrophe alors en pleine vogue avec une maîtrise technique et un soin parcimonique du montage qui laisse sans voix ! L'entreprise périlleuse du chef des membres de la brigade israélienne (Robert Shaw, imperturbable !) déterminé à déjouer les exactions des terroristes Dahlia et Lander réfugiés à bord de leur dirigeable nous offre un florilège de séquences homériques d'une tension échevelée, où les nerfs nous sont mis à rude épreuve.
A deux, trois effets spectaculaires cheaps (faute de temps et d'argent pour la finalisation des effets-spéciaux avouera le réalisateur !), ces séquences oppressantes remarquablement découpées nous laisse pantois de stupeur face au caractère si réaliste d'un évènement saugrenu ! Imaginez vous, un gigantesque dirigeable fonçant tête baissée en interne d'un stade, à deux doigts d'exploser sur des milliers de spectateurs présageant le danger in extremis !
Dominé par l'interprétation solide de comédiens impassibles et inébranlables et réalisé avec un savoir-faire indiscutable, Black Sunday n'a en l'occurrence rien perdu de sa démesure et se révèle l'un des sommets du thriller des années 70, en même temps qu'un modèle de film catastrophe d'une rigueur technique ébouriffante. On pourra autant saluer l'incroyable partition frénétique de John Williams, orchestrée avec beaucoup d'efficience pour amplifier sa dramaturgie implacable.

