Barton Fink

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Messagepar Sir Gore » 15 Octobre 2006, 14:38

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Cinquième réalisation des frères Coen, Barton Fink est une singulière comédie dramatique dans laquelle l'on ne sait trop quoi discerner; pamphlet à l'encontre du business d'Hollywood ou simple délire en roue libre caractéristique du style de ses deux auteurs ? Après Blood Simple, génialissime polar noir, la - décevante - comédie Arizona Junior ou encore le film de gangsters historique Miller's Crossing, les frangins optent pour un certain mélange de genres tout en radicalisant leur univers. Quoiqu'il en soit, en l'occurrence la sauce ne prend pas, la faute à une multiplication de longueurs que l'on voudrait sans doute faire passer pour de subtils élans de parodie décalée. La durée du film paraît ainsi interminable et la prestation de John Turturro en écrivain tourmenté irrite vite. On lui préférera d'ailleurs le personnage de John Goodman, excellent en voisin de chambre d’hôtel à la fois débonnaire et énigmatique.

La première heure de Barton Fink, d'un déplorable ennui, se révèle presque un calvaire à suivre. Heureusement que les trente dernières minutes sortent quelque peu l'ensemble de sa torpeur à défaut de le transcender, avec une pincée de suspense et d'humour bien senti.

Loin d'un Fargo ou d’un The Big Lebowski, ce Barton Fink dont on s'étonnera de la Palme d'Or qui lui fût accordée au Festival de Cannes en 1991 s'avère à peu près aussi passionnant qu'un épisode de Derrick. Les frères Coen ont fait nettement mieux et plus d'une fois.

4/10

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Messagepar Killjoy » 15 Octobre 2006, 14:41

pas vu celui là, mais je sais qu'à l'époque de sa sortie les critiques en ont dit que du bien !
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Messagepar Sir Gore » 15 Octobre 2006, 15:37

C'est un vrai somnifère ce truc, sérieux... :wacko:
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Messagepar Killjoy » 15 Octobre 2006, 15:48

clair qu'il doit être bien daté (1991) !
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Messagepar Sir Gore » 15 Octobre 2006, 15:55

Bah 1991 ça doit pas être si vieux que ça non plus, si on prend son pied sur de vieilles ritaleries des années 60-70-80 ! :P :P :D :D :D :D :D
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Messagepar Killjoy » 15 Octobre 2006, 16:01

touché ! ti père ! :D :D :D :D :D :D :D
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Messagepar BRUNO MATEI » 19 Juillet 2012, 06:19

Etrange, insolite, baroque, dérangeant mais aussi loufoque et décalé ! la Palme d'Or de Cannes 1991 est une oeuvre hybride inclassable noyée dans une ambiance anxiogène, où chaque personnage interlope endosse un rôle cynique pour mieux écorner la posture pernicieuse de l'industrie d'Hollywood.

Un auteur de théâtre en ascension se retrouve plongé dans l'univers d'Hollywood après qu'un producteur nanti lui ait proposé de collaborer au scénario d'un film de catcheur. Blotti dans un hôtel à la chaleur étouffante, Barton se lie d'amitié avec un étrange voisin particulièrement bruyant. Déconnecté de sa propre réalité en chute libre et perdant peu à peu ses repères, le scénariste se retrouve incapable de rédiger la moindre ligne. Jusqu'à ce qu'un contexte meurtrier le ramène à l'inspiration !

Un scénario substantiel qui bouscule les conventions du genre pour mieux ébranler son spectateur, entraîné ici dans un cauchemar kafkaïen ! Tel est la marque de fabrique des frères Cohen ! Permettre à l'outil cinématographique de se renouveler dans un fond novateur où l'argument narratif et les protagonistes sont compromis à nous surprendre au sein de leur sombre entreprise.
Avec ironie caustique, les réalisateurs nous concoctent une descente aux enfers au cours duquel un auteur timoré est contraint d'écrire un scénario de série B. Peu inspiré par ce nouveau projet à valeur mercantile, Barton sombre peu à peu dans une paranoïa diffuse au fil de ses rencontres impromptues avec des personnages autoritaires. Que ce soit l'arrivée soudaine de son voisin de palier bedonnant et désinvolte (dont l'identité réelle va lui permettre de renouer avec la création), son producteur véreux et sournois, deux flics mesquins et orgueilleux ou encore un illustre cinéaste alcoolo et violent. Avec la scénographie baroque d'un hôtel inoccupé où la tapisserie murale suinte l'humidité au contact d'une chaleur feutrée et avec l'amertume d'un écrivain humaniste dévoué corps et âme pour sa passion de l'écriture, le film nous entraîne dans un dédale psychotique. De façon sous-jacente, les frères Cohen nous élabore une douloureuse farce corrosive sur l'univers du cinéma d'exploitation en caricaturant une galerie de protagonistes cyniques et condescendants. A travers l'esprit névrosé de Barton, davantage assujetti à un environnement qu'il ne tolère pas, sa fragilité neurotique va davantage le confronter à un climat oppressant où ses pires démons vont se matérialiser sous l'apparence d'un tueur en série sorti tout droit de l'enfer ! Cette ambivalence d'un scénario désordonné mais clairement planifié nous piège adroitement dans une chimère départagée entre illusion et réalité. En perte de nos repères, les réalisateurs bousculent nos habitudes de spectateur épanoui et nous confrontent à une forme de thriller sarcastique particulièrement insolent.

En jouant sur la peur de l'échec mais aussi le dépassement de soi par l'accumulation de vicissitudes sordides, Barton Fink dérange, déroute, inquiète et implique le rire nerveux. Son aura insolite découlant d'une allégorie sur le libéralisme et la dimension chétive impartie à son héros malmené en quête d'idéologie humaine lui octroient des allures de conte désabusé sur l'aspiration créative.
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