Autopsie d'un crime

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Messagepar BRUNO MATEI » 06 Juin 2012, 07:23

AUTOPSIE D'UN CRIME
Titre d'origine: The Burning Bed
Télé-film réalisé par Robert Greenwald
Année: 1984
Origine: U.S.A
Durée: 1h40.
Distribution: Farrah Fawcett, Paul Le Mat, Richard masur, Grace Zabriskie, Penelope Milford, Christa Denton, James T. Callahan, Gary Grubbs, David Friedman.

Récompenses: Emmy Award 1985 du Meilleur Réalisateur Robert Greenwald, Meilleure Actrice pour Farrah Fawcett, Meilleur Acteur pour Richard Masur, Meilleur scénario pour Rose Leiman Goldemberg
Golden Globe 1985, Meilleur Acteur pour Paul Le Mat, Meilleure Actrice pour Farrah Fawcett, Meilleur télé-film.

FILMOGRAPHIE: Robert Greenwald est un réalisateur et producteur de cinéma et de télévision, né le 28 Août 1945 à New-York.
1977: Sharon: Portrait of a mistress. 1978: Katie: portrait of a centerfold. 1979: Flatbed Annie and Sweetiepie: Lady Truckers. 1980: Xanadu. 1982: In the Custody of Strangers. 1984: Autopsie d'un Crime. 1986: Shattered Spirits. 1987: On Fire. 1988: Sweet Hearts Dance. L'amour a 4 temps. 1990: Forgotten Prisoners. 1993: Hear no Evil. 1995: Les Tourments du Destin. 1997: Breaking Up
1999: The Living Winess. 2000: Steal This Movie.

Succès télévisuel public et critique lors de sa diffusion dans les années 80, Autopsie d'un crime aura marqué nombre de spectateurs émus de l'étonnante prestance de Farrah Fawcett en victime asservie par un mari tyrannique. Mais aussi du réalisme brut émanant de cette descente aux enfers et de l'intensité dramatique promu à une tragédie conjugale. Lardé de récompenses dans divers festivals, ce télé-film oublié de tous reste un témoignage fort et poignant sur l'allégeance des femmes battues, tributaires de l'autorité impérieuse d'un mari machiste.

Le 9 mars 1977, Francine Hughes quitte son foyer conjugal avec ses trois enfants après avoir incendié sa demeure alors que son mari était à l'intérieur. Appréhendée par la police, elle est assignée au tribunal pour meurtre avec préméditation. Devant son avocat et le jury, elle explique son calvaire interminable au cours duquel son mari alcoolique lui aura fait subir un véritable enfer durant plusieurs années.

Avec la prestance docile de la charmante Farrah Fawcett et son thème racoleur ciblant un public de ménagères de - de 50 ans, adeptes des produits larmoyants, on était en droit de craindre le pire. Pourtant, cette oeuvre de fiction spécialement conçue pour la TV surprend par l'intégrité d'une mise en scène entièrement allouée à la cause des femmes battues, mais aussi à la prestance d'une illustre actrice de série TV, ici dans un tout premier rôle dramatique. En dépit de sa facture télévisuelle et de certaines facilités requises (le procès judiciaire est un peu trop raccourci), Autopsie d'un crime évite admirablement la facilité du voyeurisme et de la complaisance.
Dans une chronologie déclinante, Robert Greenwald nous dépeint ici le fait divers d'une femme abusée et violentée par son mari alcoolique. Comment peut-on en arriver à commettre l'irréparable quand l'existence conjugale d'une femme fustigée est vouée à la terreur de trépasser sous les échanges physiques d'un machiste alcoolique ?
Alors que Francine se retrouve embrigadée derrière les barreaux d'une cellule pour avoir provoquer la mort de son conjoint, nous allons suivre par l'entremise du témoignage de son avocat, les vicissitudes de son passé galvaudé. De sa première idylle romanesque avec son amant insidieux jusqu'à la tragédie imposée en désespoir de cause. Tandis que le tribunal tentera de déceler si le meurtre était prémédité ou s'il y avait lieu de légitime défense en guise d'affliction !

Transcendé par la bouleversante prestance de Farrah Fawcett en victime démunie, Autopsie d'un crime souhaite mettre en lumière les failles du système judiciaire quand une femme battue tente désespérément d'envoyer devant un tribunal son mari pour tentative de meurtre. Sans esbroufe ostentatoire, le récit implacable nous décrit le quotidien d'une femme affable et fidèle, loyalement éprise d'affection pour son conjoint ainsi que ses trois chérubins. Alors qu'au fil des ans, son existence épanouie va vite se transformer en véritable enfer par la cause d'un époux déséquilibré d'une accoutumance à l'alcool. Après avoir rompu avec courage les liens du mariage civil, Francine Hughes va être contrainte de subir les menaces consécutives d'un machiste mégalo, délibéré à récupérer ses enfants par intimidation et par la même occasion reconquérir sa conjointe. Son instinct maternel de daigner choyer ses enfants auprès d'elle va finalement convaincre Francine à renouer avec son ex-époux, au péril de sa vie.
Avec un réalisme d'une brutalité parfois rigide (certaines scènes d'humiliation ou de maltraitance sont d'une intensité dramatique éprouvante) le film met en exergue l'impuissance récursive d'une femme battue, réduite à combattre seule l'autorité orgueilleuse d'un alcoolique incurable. Le récit rigoureux démontre à quel point une femme terrorisée, mais néanmoins courageuse d'avoir osé braver le pacte du mariage, puisse difficilement fuir un homme voué à la supplicier. Alors qu'en désespoir de cause, la victime démunie se résout à perpétrer le meurtre, n'ayant trouvé aucun appui du côté de la police ou des pouvoirs publics.

Si Autopsie d'un crime émeut, voir bouleverse dans sa progression dramatique (des aveux cruciaux de la victime à sa délibération au procès), il le doit à l'interprétation déchirante de Farrah Fawcett. En femme chétive armée de patience et de vaillance, son parcours interminable de femme molestée nous provoque une vibrante empathie. L'actrice digne de conviction évite admirablement l'écueil du pathos auquel son personnage aurait pu facilement se morfondre. Son regard accablé d'amertume morale et son physique tuméfié par les coups imposent un jeu dépouillé, renforcé par l'humilité et la pudeur.

En dépit de son aspect télévisuel, Autopsie d'un Crime tire son épingle du jeu pour livrer un témoignage fort et éloquent sur la détresse des femmes battues, démunies de pouvoir convaincre l'autorité de l'état. Après son épilogue salvateur, nous gardons pourtant en mémoire le calvaire sordide d'une femme traumatisée d'une idylle vénale. Solitude, isolement, perte de confiance en soi, honte, Autopsie d'un crime démontre que les femmes violentées sont souvent dans une attitude de repli, de doute et de souffrance, au péril de leur vie...
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