Animal Kingdom

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Messagepar BRUNO MATEI » 15 Janvier 2011, 18:42

ANIMAL KINGDOM
Réalisateur: David Michôd.
Année: 2011.
Origine: Australie.
Durée: 1H56.
Distribution: Guy Pearce, Ben Mendelson, Joel Edgerton, Jackie Weaver, Luke Ford, Sullivan Stapleton, James Frecheville, Tony Hayes, Justin Rosniak.

Date de sortie: 27 Avril 2011.

Récompense: Grand Prix du Jury au Festival de Sundance 2010.

FILMOGRAPHIE: David Michod est un réalisateur et scénariste australien, ancien rédacteur en chef d’Inside Film, l’équivalent australien du Film Français, de 2003 à 2006. Ces divers courts-métrages (Crossbow) lui valurent quelques récompenses dans les festivals de Venise et Sundance.
Animal Kingdom est son premier long-métrage.

LES AFFRANCHIS DEMUNIS.
Après avoir été nominé 18 fois aux AFI Awards (l'équivalent de la cérémonie des Oscars), le premier long-métrage d'un ancien rédacteur en chef de revue de cinéma se voit attribuer 10 récompenses dont celui du Meilleur Film et du Meilleur Réalisateur. Alors qu'au festival de Sundance, il triomphe pour rajouter à son palmarès le Grand Prix du Jury !
Le succès public et critique de cette somptueuse tragédie funèbre est amplement mérité et justifié tant le film de David Michôd hypnotise le spectateur par sa noirceur implacable aux doux airs de requiem mortuaire irréversible, d'une puissance émotionnelle rare dans le portrait pathétique d'une famille incriminée avilie, en chute libre.

Dans la banlieue de Melbourne, après la mort par overdose de sa mère, le jeune Joshua décide d'aller vivre chez sa grand-mère en compagnie de ses fils marginaux, de dangereux criminels sur le déclin. Autant dire que Josh arrive au mauvais moment, surtout après avoir été témoin indirect envers la mort de deux policiers. Dès lors, le jeune garçon ne sait plus à qui s'en tenir ! La police qui lui demande de témoigner devant un tribunal ou sa famille corrompue, dénuée de toute morale pour le prix de leur liberté ?

Dès les cinq premières minutes tragiquement létales, Animal Kingdom adopte directement un sentiment persistant d'amertume et de tristesse nonchalante. Un moment d'égarement accentué par une musique cafardeuse et la gravité d'une voix-off machinalement narrée par notre jeune héros introverti, hagard, perdu au milieu d'un no man's land dénué de raison. A cet instant chargé de torpeur aigrie, on imagine que le passé de notre témoin n'a jamais été fructueux en terme d'éducation parentale, du sens de la moralité dans ces enjeux existentiels. Et la suite narrative de furtivement nous confirmer de manière craintive et pessimiste que le destin de Josh est sans doute voué à un échec imparable, à la prescience d'un sentiment de défaite, tant le miroir de ses états d'âme fébriles est d'une fragilité empathique et contraignante.

Animal Kingdom délivre avec gravité le portrait désenchanté et accablé d'une famille criminelle arrivant à échéance dans la somme de leur méfaits illégaux puis meurtriers (braquages, vente et usage de stupéfiants, fraudes et crimes vindicatifs). Ce drame lourdement ténébreux et nonchalant, accusant le poids des conséquences nous fait partager avec beaucoup d'humanité affligée et de déshumanité gangrenée la chute irrémédiable d'une poignée de rebelles professionnels rongés par les tourments, les contrariétés, la peur panique de la défaite et la mort réprimandée.
Cette traque commanditée par des flics déterminés, fatigués de leur longue labeur à vouloir appréhender des ravisseurs chevronnés trouve enfin son aboutissement grâce au témoignage clef du jeune Joshua. C'est en effet à cause de la mort gratuite de deux flics exécutés de sang froid par ses oncles revanchards que Joshua, cohabitant parmi eux, se trouvera incessamment épié et interrogé par un inspecteur de police, Nathan Leckie, motivé à le faire parler et ainsi lui permettre de réévaluer une prise de conscience rédemptrice.
Tandis que ses oncles paranoïaques, névrosés, intransigeants dans leur soif addictive de liberté et de survie seront davantage sur le qui vive d'une potentiel dénonciation condamnable, blamée par leur neveu introverti.
Josh, témoin malgré lui d'une tragédie familiale qu'il n'a jamais souhaité ne sait plus à qui se confier ou tenir tête. Surtout quand un évènement tragique impromptu va tout remettre en question son état d'esprit lourdement éprouvé, sa prise de conscience et de position indirectement défavorables et éventuellement nuisibles. L'enjeu du conflit familial est alors extrêmement lourd à évaluer pour une décision si fatale. La question corrosive est dans toutes les langues ! Dans quel camp Josh choisira t'il de se soumettre ?

Sur le thème de la déliquescence de la cellule familiale et d'un fils brimé, compromis entre les valeurs autoritaires du Bien et du Mal, certains spectateurs pourraient rapprocher ces envolées lyriques, son ambiance mélancolique et ces effets de ralentis majestueux exacerbant les émotions subjectives de nos protagonistes au magnifique Comme un Chien Enragé de James Foley. Un drame psychologique d'une grande intensité dans les rapports familiaux, dressés avec humanité par Sean Penn dans celui du fils repenti qui ira jusqu'à fustiger et envoyer derrière les barreaux son propre père déprécié, incarné par l'immense Christopher Walken.

Dans le rôle de la matriarche attentive et maternelle, Jacki Weaver dégage avec tempérance un charisme trouble et équivoque, gagné par un regard compatissant mais aussi glacial. Un personnage en demi-teinte, bienveillant de prime abord, mais insidieux et venimeux dans les sombres évènements à venir. Une mère assumée tendrement affectée par l'amour de ses rejetons voués au mal mais capable de commettre le plus ignoble des crimes commandités pour la sauvegarde de sa descendance.
Le jeune Joshua incarné par James Frecheville est proprement prégnant dans le rôle délicat d'un adolescent paumé et taciturne au regard douloureusement neutre. Totalement désorienté, esseulé, ne sachant à qui se fier, jusqu'au moment où il aura la faveur de rencontrer une jeune fille douce-amère pour une liaison amoureuse bénéfique dans sa solitude irréparable. Mais une idylle particulièrement contraignante pour la famille Cody, effrayée à l'idée de tomber dans les mailles du filet par une potentielle jeune commère influençable.

LES LIENS DU MAL.
Cerné par la superbe partition musicale mélancolique d’Antony Partos qui imprègne chaque image d'une teneur dramatique tangible, joliment photographié de manière épurée dans une ville valorisée par ces décors urbains ciselés, Animal Kingdom est un fascinant et somptueux ballet mortuaire d'une puissance émotionnelle éprouvante, lourdement dépressive et punitive. Un cérémonial effleurant le vertige cauchemardesque, transcendant sa psychologie fragilement dépeinte par une sensibilité sous-jacente, brute et rugueuse pour ce destin sans scrupule d'une famille corrompue réduite à la déchéance et l'annihilation.
Son final nihiliste inopiné, d'une profonde détresse dans son amertume inconsolable nous achève longtemps après le générique bouclé. ATTENTION SPOILER !!!! Une conclusion défaitiste aux allures de suicide immoral, désespérément pathétique, sans aucun recours salvateur. FIN DU SPOILER.
Tiré d'une histoire vraie, superbement écrit et interprété par des comédiens méconnus (en dehors du trop rare Guy Pierce), Animal Kingdom est un drame latent inoubliable qui éclate et fustige au grand jour une poignée de salopards déraisonnés, affolés par leur déclin tout en témoignant le portrait poignant et bouleversant d'un adolescent immolé, abandonné par tous.
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